Décarbonisation de l’énergie : deux visions s’affrontent

Le 03 février 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'énergie nucléaire pourrait être élevée au rang d'énergie décarbonée.
L'énergie nucléaire pourrait être élevée au rang d'énergie décarbonée.

Faut-il tout miser sur les renouvelables ou sur les énergies « décarbonées » ? Le débat s’ouvre demain à Bruxelles, à l’occasion du Conseil européen. Il ne devrait pas être tranché de sitôt.

C’est l’un des premiers temps forts de la présidence hongroise de l’Union européenne. Vendredi 4 février, Bruxelles accueille un conseil européen spécial consacré à l’énergie.

Les conclusions, que le Journal de l’Environnement a pu consulter, ne seront pas transcendantes. Sans surprise, la Commission et les 27 vont appeler à achever le marché unique de l’énergie d’ici 2014.

Avant la fin de l’année, les pays de l’Union devront adopter une norme commune pour les systèmes de recharge des véhicules électriques. Ils bénéficieront d’un an de plus pour harmoniser les règles encadrant l’utilisation des compteurs et des réseaux « intelligents ».

Bien évidemment, le grand enjeu reste la décarbonisation progressive du secteur européen de l’énergie qui émet 13 % du CO2 anthropique mondial. A cet égard, l’UE s’est fixé deux grandes échéances. En 2020, les 27 devront avoir réduit de 20 % leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), par rapport à 1990. Un but qui devrait être facilement atteint, grâce à la disparition des industries lourdes polluantes d’Europe de l’Est, à la réduction de l’utilisation du charbon au Royaume-Uni et en Allemagne et à la… crise économique.

Pour 2050, le challenge est nettement plus ambitieux. Il s’agit d’abattre de 80 à 95 % les rejets de GES. Cette fois, et le sommet de Bruxelles le dira aussi, il faudra vraiment faire une révolution énergétique.

Son contenu est connu : efficacité énergétique, maîtrise des consommations, intelligence du système électrique (les électrons pourront être stockés et délivrés à bon escient), captage et stockage géologique du gaz carbonique, déploiement massif des énergies renouvelables.

Paradoxalement, c’est sur ce dernier point que les Européens débattent encore. Malgré les contraintes imposées par la seconde directive « Renouvelables » (2009/28/EC) - qui impose que 20 % d’énergie finale soit produite par des énergies renouvelables d’ici 2020 -, la généralisation des énergies vertes marque encore le pas. Publiés coup sur coup, deux rapports, l’un de la Commission, l’autre de l’Agence européenne de l’environnement, constatent qu’au rythme actuel, les 27 ne produiront pas 20 % de leur énergie finale, en 2020, avec des éoliennes, des panneaux solaires ou des chaudières à bois.

La Commission et le Parlement européens n’ont de cesse de rappeler les Etats membres à leurs devoirs. Mais tous ne sont pas d’accord avec cette vision. Certains estiment trop élevé le prix à payer pour verdir le secteur électrique. Selon une étude publiée mardi par Barclays et Accenture, le montant de l’addition pourrait s’élever à plus de 1.000 milliards d’euros en 10 ans, pour le seul secteur de l’électricité.

Pour d’autres pays, comme la France, le choix du tout renouvelable contrarie une vision industrielle qui prévoit de laisser une place léonine à l’énergie nucléaire. Raison pour laquelle, vendredi, Paris, Prague et Rome tenteront de faire remplacer, dans le jargon communautaire, la notion d’énergie « renouvelable » par celle d’énergie « décarbonée ».

Ce changement de vocable est inadmissible pour les organisations écologistes, et notamment pour le WWF. Avec l’aide du bureau d’études Ecofys, l’institution au panda a publié ce matin un volumineux rapport sur le potentiel des énergies renouvelables. Conclusion : il est « techniquement possible » de fournir 95 % de l’énergie nécessaire à l’humanité avec les énergies renouvelable à l’horizon 2050. Ce qui permettrait de réduire de 80 % les émissions de GES du secteur de l’énergie.

Une conclusion très proche de celle du prochain rapport spécial du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec), qui doit être adopté dans les toutes prochaines semaines.

 



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