Débat sur les pesticides: la réponse gouvernementale

Le 29 juin 2006 par Agnès Ginestet
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Un plan interministériel de réduction des risques liés aux pesticides a été présenté mercredi 28 juin en Conseil des ministres. Développé autour de 5 axes, il s’inscrit dans le plan national santé-environnement lancé en 2004. Mais il est loin de faire l’unanimité.

Malgré la réglementation en vigueur contrôlant la mise sur le marché des pesticides, la France est le troisième consommateur mondial. Les ministres chargés de la santé, de l'agriculture, de l'environnement et de la consommation ont donc présenté le mercredi 28 juin un nouveau plan interministériel destiné à réduire l'utilisation et les risques liés aux pesticides.

Faisant suite au plan de 2000 qui a conduit à la mise en place de groupes régionaux de lutte contre les pollutions par les produits phytosanitaires, il s'articule autour de 5 axes principaux: agir sur les produits, agir sur les pratiques, former les professionnels et protéger les utilisateurs, renforcer les connaissances et la transparence concernant l'impact sur la santé et l'environnement, et évaluer les progrès accomplis.

Parmi les mesures évoquées, on retiendra plus particulièrement la volonté de diminuer de 50% la vente des substances les plus dangereuses, la mise en place de zones non traitées d'une largeur minimale de 5 mètres au bord des cours d'eau et le lancement d'un observatoire des résidus de pesticides accessible dès le 28 juin. «L'intérêt de ce plan est de passer à la vitesse supérieure par rapport au plan de 2000 qui avait permis une prise de conscience mais qui s'est avéré insuffisant», a déclaré Pascal Berteaud, directeur de l'eau au ministère chargé de l'environnement. Examiné en Conseil des ministres dans la matinée du 28 juin, il concerne la période 2006-2009.

«Ce plan n'a pas d'envergure. On voit bien le manque de volonté des décideurs d'impliquer les ONG dans son élaboration», dénonce Nadine Lauverjat, chargée de mission au Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF). Consultée à deux reprises depuis janvier 2005, cette ONG a vu ses propositions disparaître progressivement des différents plans proposés. Pour Nadine Lauverjat, les mesures finalement présentées par les quatre ministères, qu'elle qualifie volontiers de «mesurettes», ne sont pas ambitieuses.

Elles ne prennent pas suffisamment en compte les résultats de l'expertise publiée en décembre 2005 par l'Inra et le Cemagref (1). Le rapport a montré par exemple que le recours à la monoculture favorise la présence de ravageurs et donc l'utilisation de pesticides. Le MDRGF déplore également l'absence de soutien aux systèmes de production intégrée qui ne nécessitent l'utilisation d'insecticides qu'en dernier recours (et non dans un cadre préventif). Au sujet des zones non traitées en bordure des cours d'eau, Nadine Lauverjat reste dubitative: «C'est mieux que rien mais cela n'empêchera pas la propagation des substances toxiques par l'air ou par lessivage en cas de fortes pluies». Au final, l'ONG dénonce un manque de transparence de la part des autorités qui vantent par ailleurs leur désir d'informer le public dans le quatrième axe du plan.

Du côté du secteur agrochimique, l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) a plutôt bien reçu ce plan. «Nous sommes prêts à travailler sur les 5 axes et ce, en cohérence avec les actions de bonnes pratiques phytopharmaceutiques que nous menons déjà», explique Jean-Charles Bocquet, le directeur général. Il est cependant réservé sur certains points. «L'objectif quantitatif de diminution de 50% des substances les plus dangereuses est en contradiction avec l'objectif pédagogique qui sous-tend l'ensemble des axes», précise-t-il. La mise à disposition du public de données concernant la vente et l'utilisation des produits pesticides n'est pas non plus du goût des producteurs. «Ces données sont sensibles car elles profitent à la concurrence», souligne Jean-Charles Bocquet. Toujours dans un souci d'équilibre économique pour les agriculteurs, l'UIPP remet en cause le principe de substitution. Malgré ces récriminations, la France devrait avancer sur le sujet, en présentant à la Commission européenne un mémorandum sur ce principe qui a pour objectif de favoriser la commercialisation de substances présentant le moins de risques sanitaire et environnemental possibles.



(1) Voir l'article du JDLE intitulé «Pesticides : les scientifiques prennent la parole».




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