Débat sur le nucléaire : non merci

Le 03 mai 2011 par Célia Fontaine et Valéry Laramée de Tannenberg
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Le Président veut continuer à investir dans le nucléaire.
Le Président veut continuer à investir dans le nucléaire.

Malgré les pressantes demandes des écologistes, Nicolas Sarkozy n’a pas voulu d’évaluation financière, ni de débat sur le nucléaire. A Dunkerque, le président de la République a réaffirmé sa confiance dans l’atome et annoncé la construction d’un terminal méthanier.

Les écologistes en sont pour leurs frais. Lundi 2 mai, au sortir d’un déjeuner à l’Elysée, le WWF annonçait comme acquise une prochaine «évaluation de la Cour des comptes du coût intégral du nucléaire français». «Une étape nécessaire pour envisager sereinement un débat sur le mix énergétique et la révision des objectifs des politiques françaises de l’énergie, que ce soit la programmation pluriannuelle des investissements de production d’électricité ou le plan indicatif pluriannuel», martelait l’association au panda.
 
Une proposition qui n’a pas manqué d’hérisser le poil d’autres participants au déjeuner des anciens du Grenelle. Agir pour l’environnement (APE) craint qu’une telle étude ne permette aux lobbies pro-nucléaire de minorer le coût du nucléaire. «Cette proposition offre une porte de sortie au chef de l’Etat, qui doit maintenant être considéré comme un candidat en campagne. Autant assumer pleinement les divergences maintenant», explique Stephen Kerkhove, délégué général d’APE. «En outre, un tel audit a déjà été réalisé par la Cour des comptes en 2003, les choses n’ont pas avancé pour autant», précise-t-il. A sa liste, l’auteur de Grenelle de l’environnement: l’histoire d’un échec aurait pu ajouter le rapport Charpin-Dessus-Pellat, paru en 2000.
 
Profitant, peut-être, de la discorde écologique, Nicolas Sarkozy a pris tout le monde à contre-pied. Mardi matin, après une rapide visite de la centrale nucléaire de Gravelines (la plus puissante de France!), le président de la République a non seulement écarté toute idée d’évaluation ou de débat, mais réaffirmé toute sa confiance en l’énergie nucléaire.
 
Entouré du président d’EDF, Henri Proglio, et de la ministre en charge de l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, Nicolas Sarkozy a commencé par fustiger les anti-nucléaire. «Ceux qui voudraient qu'on arrête le nucléaire n'ont pas le courage de dire aux Français que dans ce cas, le prix de l'électricité pour les particuliers serait multiplié par 4. Pendant 50 ans, nos prédécesseurs ont investi dans cette technologie et il faudrait parce qu'il y a eu un tsunami, au Japon, qu'on remette en cause ce qui fait la force de la France, la fierté, l'indépendance de la France? Ce serait un choix irréfléchi et déraisonnable», a-t-il martelé. «Si je prenais la décision folle de fermer le parc nucléaire français, c'est 45 milliards d'euros qu'il faudrait dépenser. Où trouverait-on cet argent?», a-t-il interrogé.
 
Comme son premier ministre, il y a quelques jours, le locataire de l’Elysée a réaffirmé que les 58 réacteurs français subiraient un audit de sûreté et «s'il s'avérait qu'ici ou là il y ait la moindre faiblesse, nous n'hésiterions pas à en tirer les conséquences et à arrêter la centrale qui présenterait des problèmes». Il a aussi refusé d’arrêter le chantier de l’EPR de Flamanville: «Pas question d’arrêter la construction de la centrale la plus moderne et la plus sûre de France».
 
Mais il ne sera pas dit que le nucléaire portera seul la politique énergétique sarkozyenne. «Nous encourageons EDF à investir aussi dans les énergies renouvelables», a d’ailleurs indiqué le président de la République. Cet «encouragement» ne manquera pas de faire sourire les observateurs: avec près de 500 mégawatts éoliens et plus de 60 MW crête photovoltaïques en service, EDF Energies nouvelles est l’un des principaux acteurs français des énergies vertes. Les mêmes observateurs noteront, au passage, que les ambitions vertes du président se sont quelque peu amoindries. Devant l’Institut national de l’énergie solaire, Nicolas Sarkozy avait lancé, en juin 2009, un volontaire «Là où on dépense un euro pour le nucléaire, on dépensera un euro pour les énergies propres». A l’évidence, nous n’en sommes plus là.
 
Car, aujourd’hui, le gros investissement énergétique annoncé par le président de la République porte sur la réalisation, pour la fin 2015, d’un terminal méthanier (1,5 milliard €), situé à moins de 4 kilomètres de la centrale de Gravelines. Portée par EDF et Total, cette installation aura une capacité annuelle de regazéification de 13 milliards de mètres cubes, ce qui accroîtra de 20% les capacités d'importation de gaz naturel sur le territoire français. Et alourdira, de facto, le bilan carbone de la France.


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