De moins en moins d’eau pour les producteurs d’électricité

Le 24 juillet 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La future centrale de Romanche-Gavet aura-t-elle assez d'eau à turbiner?
La future centrale de Romanche-Gavet aura-t-elle assez d'eau à turbiner?
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Une étude, publiée par Nature Climate Change, esquisse une nouvelle carte de la vulnérabilité à la sécheresse des électriciens européens. La France n’est pas épargnée.

C’est l’une des plus grandes craintes des responsables des compagnies d’électricité. Bien plus qu’une envolée des cours du charbon, du gaz ou de l’uranium, le manque d’eau fait figure de grand épouvantail. Il y a quelques années encore, la menace étant cantonnée aux années de grande sécheresse. Or, un nombre croissant d’études prospectives montre qu’un été comme celui de 2003 sera la norme à moyen terme. Entre boire, se laver, irriguer ou produire de l’électricité, il faudra, peut-être choisir ?

100 tonnes d’eau/MWh

Dans un rapport, publié en novembre dernier, l’agence internationale de l’énergie (AIE) attirait l’attention des professionnels sur l’importance de la demande en or bleu du secteur énergétique, en général, et électrique, en particulier. Une centrale au charbon sous-critique consomme, environ, 100 tonnes pour produire un mégawattheure (MWh): dix fois moins que des centrales à géothermie, solaires thermodynamiques ou des cycle combiné à gazéification intégrée. En France, le seul parc électronucléaire d’EDF utilise la moitié de l’eau, loin devant l’irrigation (14 %), l’industrie (11 %) ou la production d’eau potable (18 %).

Que l’eau du Rhône, de la Loire ou de la Garonne vienne à manquer et c’est toute la sécurité d’approvisionnement en électricité qui serait mise à mal. C’est très précisément ce que soulignent une équipe de climatologues dirigée par Paul Behrens (université de La Haye).

818 bassins hydrographiques

Dans un article, publié, ce lundi 24 juillet, par Nature Climate Change, les auteurs ont évalué, pour 2020 et 2030, les effets du réchauffement pour 1.326 centrales thermiques européennes[1] situés dans 818 bassins hydrographiques du Vieux monde. Les auteurs ont pris pour base les scenarii 8,5 et 4,5[2], le parc actuel (en l’adaptant en fonction des fermetures et des constructions annoncées).

Quand la Loire s’échauffe

Conclusion : l’eau va devenir de plus en plus disputée. De 47, le nombre de bassins hydrographiques connaissant régulièrement des stress hydriques devrait passer à 54 d’ici à 2030. Selon les chercheurs, les pays où le système électrique sera le plus vulnérable sont l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Bulgarie, l’Allemagne et … la France. Aussi, surprenant que cela paraisse, c’est la vallée de la Loire qui est mise en exergue par les chercheurs. EDF a construit 4 centrales sur les bords du plus grand fleuve de France, pour une puissance installée de 11,9 GWe: 19 % de la puissance nucléaire tricolore.

Plus dur sera l’été

Les chercheurs ne se prononcent pas, en revanche, sur l’évolution du productible. Ce travail a été déjà réalisé par des scientifiques néerlandais en 2012. Michelle van Vliet (université de Wageningue) et ses collègues avaient estimé, entre 6 et 19 %, la baisse de la production estivale des centrales européennes. Problématique, alors que l'été est devenue (climatisation oblige) une période de forte consommation d'électricité.

Pour autant, le pire n’est pas le plus probable veulent croire les chercheurs. Paul Behrens et ses confrères rappellent que les électriciens peuvent adapter aux nouvelles contraintes environnementales leur système de production. Par exemple, en privilégiant les dispositifs de refroidissement à l’air par rapport à ceux consommant de l’eau. Autre préconisation: bâtir les centrales thermiques du futur au bord de la mer, où la ressource hydrique n’est pas prête de manquer. A moins, bien sûr, d’opter pour des centrales solaires ou éoliennes dont la consommation d’eau est nulle, une fois mises en place.



[1] A l’origine de 90 % de la production d’électricité du continent.

[2] Ces deux familles de scenarii climatiques, utilisées pour la rédaction du dernier rapport du Giec, annoncent un réchauffement compris entre 2,6 °C et 4,8 °C, pour la première, et de 1,1 °C à 2,6 °C pour le seconde.

 



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