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De la difficulté à faire évoluer la politique française d'aide au développement

Le 15 mars 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
La France ne subventionnera plus la construction de centrales au charbon.
La France ne subventionnera plus la construction de centrales au charbon.

Depuis le 1er mars, la France s’interdit de financer des centrales au charbon dans les pays en développement. Ce qui irrite lesdits pays, les industriels français et les opérateurs publics de l’aide au développement. Explications.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans le monde de l’aide au développement. Le 1er mars dernier, dans son discours de clôture des assises du développement et de la solidarité internationale, François Hollande a lâché une petite phrase que d’aucuns décrivent comme potentiellement dévastatrice.

Rappelant que la France allait investir «5 à 6 milliards d’euros sur trois ans dans les énergies durables au Sud», le président de la République a indiqué qu’il interdisait à l’Agence française de développement (AFD) de financer des centrales thermiques au charbon «dès lors qu’elles sont sans captage ou stockage du CO2».

L’annonce a aussi consterné l’un des plus prestigieux invités de la manifestation parisienne. Le président du Sénégal Macky Sall a, en effet, toutes les peines du monde à financer la construction de la centrale au charbon de Sendou (35 kilomètres au sud-est de Dakar). Devant être érigée par des industriels Sud-Coréens, cette installation de 250 mégawatts électriques doit, en principe, être mise à feu en 2015. Elle devrait doubler la capacité du parc de production locale d’électricité. C’est peu de dire que l’annonce du président français a déplu au président sénégalais.

Hôte pressenti du sommet climatique de 2015, au cours duquel pourrait être conclu le prochain accord mondial sur la protection du climat, Paris se pare de tous les atours du chasseur de CO2. Potentiellement payante dans l’Hexagone, cette démarche peut irriter hors des frontières.

Dans des pays connaissant, comme la France, des problèmes de compétitivité, on fait remarquer que les énergies «vertes» restent souvent beaucoup plus coûteuses que les sources d’énergie classiques. De même, une centrale thermique à flamme équipée d’un système de captage-stockage de carbone sera moins efficace et pourra coûter jusqu’à deux fois plus cher qu’une centrale classique. Enfin, une centrale au charbon de dernière technologie (ultra supercritique) affiche un rendement supérieur à 45%, contre 30% en moyenne pour les autres centrales au charbon dans le monde: ses émissions sont donc comparables à celles d’une centrale à gaz. «Pourquoi l’industrie textile africaine est-elle à la peine, c’est parce que l’énergie et les transports chinois et indien sont moins chers qu’en Afrique», remarque Bernard Esnouf, directeur du département du pilotage stratégique et de la prospective de l’AFD.

L’inflexion verte française est également mal vue des pays dont le sous-sol regorge de combustibles fossiles. Difficile, à moins de risquer de se faire taxer de colonialiste énergétique, de faire évoluer le mix énergétique des Congo ou de l’Afrique du Sud, à coups de prêts ou de subventions tricolores. «Les notions de transition énergétique diffèrent selon que l’on trouve de l’énergie partout, comme en France, ou que l’on ne dispose que de 4 heures par jour d’électricité», souligne Bernard Esnouf.

Empêcher des pays «consommateurs» d’aide française au développement d’acquérir des centrales thermiques à haut rendement (et donc moins émettrices que l’installation que projettent de construire les industriels coréens au Sénégal), c’est aussi barrer l’accès à des marchés potentiellement dynamiques (l’Afrique du Sud, par exemple) aux industriels français, comme Alstom ou Schneider. Et s’exposer aux foudres du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg.

L’interdit présidentiel n’est pas non plus sans poser quelques problèmes à l’AFD elle-même. L’opérateur public commence à en souper de changer de stratégie. La dernière en date a été validée par l’administration Sarkozy, peu de temps avant les élections présidentielles. «Nous avons jugé prudent de la soumettre aussi au nouveau gouvernement», indique-t-on rue Roland Barthes. Avec raison.

A peine installé, Pascal Canfin a réorienté sa politique énergétique. L’établissement public, insiste le ministre du développement, doit désormais mettre le paquet sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la décarbonisation de l’économie des pays en développement et émergents. «Cette politique d’atténuation sera complétée par des aides à l’adaptation aux changements climatiques (meilleure gestion de l’eau, par exemple) et à des soutiens aux politiques publiques prenant en compte les changements climatiques», précise Catherine Garetta, directrice des appuis transversaux.

Ces nouvelles priorités devront être avalisées par les conseils d’administration de l’agence avant l’été. La bataille diplomatique pour la désignation de Paris comme capitale 2015 de la lutte contre le réchauffement climatique pourra alors débuter.



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