De l’eau contaminée, comme s’il en pleuvait

Le 10 mars 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Fukushima : une région à tsunami, rappelle ce panneau routier.
Fukushima : une région à tsunami, rappelle ce panneau routier.
VLDT

Pour éviter une nouvelle catastrophe, les techniciens de Tepco doivent arroser en permanence 4 réacteurs de Fukushima. Des installations dont les bas-fonds sont envahis par la nappe phréatique. Que faire pour que l’eau ne soit pas le problème insoluble de Fukushima?

«La gestion de l’eau contaminée dans la centrale nucléaire de Fukushima Dai-Ichi constitue sans doute l’un des plus grands défis à relever pour Tepco et le gouvernement.» Pas rassurante, cette phrase est extraite du compte rendu de la dernière mission d’inspection sur le site accidenté mené par des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Elle a le mérite de poser le problème.

D’une surface de 3,5 kilomètres carrés, la centrale de Fukushima Dai-Ichi abrite de très nombreuses installations: 6 réacteurs, leurs bâtiments turbines et de nombreux immeubles administratifs ou de soutien. Sans oublier le nouveau poste de commandement antisismique. Le site, où 4.000 personnes travaillent, est vallonné, planté de nombreux résineux et sillonné de routes qu’empruntent nombre de camions et bus. Une vraie petite bourgade rurale, habitée d’hommes casqués, masqués et vêtus d’une combinaison immaculée.

Des fondations qui baignent

Précision de taille, le site est coincé entre des collines boisées et l’océan Pacifique. Invisible en surface, le danger se tapit dans le sous-sol. C’est de l’eau qu’il s’agit. Les eaux de collines nourrissent rus, ruisseaux et nappes phréatiques. Le niveau de certaines baigne les fondations des bâtiments abritant les réacteurs. Ce qui n’est pas sans causer quelques problèmes.

Pour éviter toute nouvelle catastrophe nucléaire, l’exploitant de la centrale, Tepco, est obligé de refroidir les 4 réacteurs qui étaient en service le jour du tsunami en les «aspergeant» d’eau douce. A leur contact, cette eau se charge en radioactivité. Chaque jour, les sous-sols de la centrale reçoivent ainsi 350 mètres cubes d’eau contaminée. Après la pluie, le niveau des nappes monte et l’eau souterraine envahit aussi les bas-fonds de Fukushima. Ces eaux sont pompées. Elles passent ensuite dans une machine expérimentale, baptisée Alps, qui les débarrassent de la plupart des radionucléides dont elles sont chargées. D’une capacité (insuffisante) de 250 m3 par jour, cette station d’épuration retient césium et strontium. En revanche, le tritium passe entre les mailles des filtres. Raison pour laquelle ces masses d’eau sont stockées dans une véritable forêt de réservoirs.

Largage vers le Pacifique

A quelques centaines de mètres des réacteurs se dressent près d’un millier de réservoirs métalliques, contenant globalement 400.000 m3. Le dispositif est complété par 7 citernes souterraines. Difficiles à surveiller (rester trop longtemps entre les cuves peut être dangereux pour les personnels), parfois mal conçues ou mal assemblées, ces citernes relâchent parfois quelques mètres cubes d’eau polluée, dont l’essentiel reste dans l’enceinte de la zone de stockage. Leur objet est simple: attendre que l’activité du tritium baisse naturellement (sa demi-vie est de 12 ans), avant de relarguer l’eau dans le Pacifique. Avant cela, Tepco devra obtenir bien des autorisations, mais aussi le feu vert des associations de pêcheurs professionnels. C’est loin d’être gagné.

En attendant, l’électricien tokyoïte continue à jeter l’argent à l’eau. D’ici 2016, il prévoit de doubler ses capacités de stockage d’eau radioactive et de construire deux nouvelles lignes Alps. Ce qui doublera aussi les volumes de boues de traitement, très contaminées, qu’il faudra stocker sur site. En installant des systèmes de pompage en amont de la centrale, les techniciens espèrent diminuer les apports d’eaux collinaires. Et pour réduire les risques de fuite vers le Pacifique, Tepco envisage de construire une barrière souterraine gelée, entre les bâtiments réacteurs et le port de la centrale.



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