DCNS se jette à l’eau

Le 13 avril 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email

Le constructeur français de navires de guerre nourrit de grandes ambitions dans les énergies marines. Mais les obstacles à franchir sont encore nombreux.

Les anciennes constructions navales ont de l’ambition. Trois ans après l’ouverture de son capital à Thalès, le constructeur de frégates furtives et de sous-marins nucléaires lanceurs d’engin prévoit d’accroître de 50% à 100% son chiffre d’affaires en 10 ans. Pour atteindre l’objectif du plan Championship, l’entreprise cible un secteur: les énergies marines renouvelables. Plusieurs raisons expliquent ce choix.

D’abord, des besoins croissants en énergie décarbonée. Ensuite, la capacité théorique des mers à produire de grands volumes d’électrons. Dompter la houle, les courants des marées ou l’énergie thermique des mers permettrait, selon DCNS, d’injecter sur les réseaux autant d’électricité que toutes les centrales nucléaires de la planète. Soit un peu plus de 700 millions de tonnes équivalent pétrole par an. De quoi éviter l’émission de plusieurs milliards de tonnes de gaz carbonique par an.


Héritier des arsenaux de Richelieu, DCNS est aussi un grand habitué de l’ingénierie et de la maîtrise d’œuvre des projets marins complexes. «Il faut 100.00 plans, un million de composants et 15 millions d’heures de travail pour construire un sous-marin nucléaire comme Le Terrible», résume Bernard Planchais, directeur général délégué.


Le besoin existe, la force motrice est omniprésente, l’entreprise a toutes les compétences requises. Et après avoir créé, il y a quelques semaines, un incubateur de ces technologies nouvelles, elle est désormais en ordre de bataille. Ne manquent que les produits. Depuis deux ans, le groupe travaille à la mise au point de 4 systèmes différents. Le plus avancé est le projet Winflo. Conçu avec Nass-Wind, Saipem, Ifremer et l’Insieta, ce programme vise la réalisation d’éoliennes flottantes. D’une puissance de 3 mégawatts (MW), chaque turbine serait fixée à un tripode flottant. En principe, le démonstrateur devrait produire ses premiers électrons, au large de la Bretagne, en 2012. Le marché mondial est estimé à 23.000 MW d’ici 2020, dont 30% dans les eaux tricolores.


Concepteur reconnu de submersibles, DCNS travaille aussi sous la surface. A quelques encablures de l’usine nucléaire de La Hague, l’entreprise envisage d’installer, en 2013, un prototype d’hydrolienne (éolienne sous-marine). D’une capacité de 20 MW, elle serait située à l’extrême pointe ouest du Cotentin, au cœur du Raz Blanchard, l’un des courants les plus puissants du monde.


Technologie développée par l’ingénieur français Georges Claude (le fondateur de l’Air Liquide), l’énergie thermique n’est pas moins prometteuse. En utilisant le différentiel de température entre les eaux profondes et les eaux de surface de la zone intertropicale, on peut produire de l’énergie en suivant le principe inverse de celui du réfrigérateur. En partenariat avec la Région et l’université de la Réunion, DCNS conçoit le système de centrale thermique marine. Complexe, il comprendra une centrale flottante (où seront logés les échangeurs thermiques et les turbines), des tuyaux d’aspiration de l’eau de grands diamètres et de plus de 1.000 mètres de long, une sous-station et un raccordement au réseau électrique. Les premiers éléments pourraient être testés à terre, dès l’année prochaine. DCNS espère pouvoir expérimenter un prototype en 2012. La tête de série (10 MW) pouvant être mise à l’eau vers 2015.

Toujours dans l'ancienne île Bourbon, l’industriel devrait tester, en 2011, un système australien de conversion électrique de l’énergie de la houle à partir de bouées sous-marines. Baptisé Ceto, ce dispositif est commercialisé, dans l’hémisphère nord et à la Réunion, par EDF Energies nouvelles.


L’entreprise semi-publique ne manque donc pas d’ambition. «Nous sommes probablement la seule industrie dans le monde à développer les 4 technologies de conversion d’énergie marine», remarque Bernard Planchais. Mais l’exploitation de l’énergie des mers n’est pas un long fleuve tranquille. Notamment financier. Le montant du devis du développement des 4 systèmes s’élève à quelque 400 millions d’euros. Une somme que l’exploitant de chantiers navals n’entend pas débourser seul. «Nous sommes dans l’attente d’une décision de l’Ademe pour le financement de près de 40% du projet Winflo», indique Bernard Planchais. Pour le reste, l’industriel cherche partenaires et soutien des pouvoirs publics.


Très attendu, ce soutien peut d’ailleurs se manifester de plusieurs façons. Financier, bien sûr. DCNS a déjà utilisé des subsides du plan de relance pour lancer ses projets réunionnais. Et des discussions sont en cours pour grappiller des euros issus du Grand emprunt. L’entreprise discute aussi avec les autorités pour établir un tarif de rachat permettant aux technologies marines d’être compétitives avec l’éolien, terrestre ou offshore. Autre question non résolue: le raccordement. Aujourd’hui, ERDF et RTE font payer au producteur d’énergie renouvelable le raccordement au réseau de ses machines. Ce qui pourrait plomber l’économie de l’énergie offshore. Raison pour laquelle Bernard Planchais rêve d’une prise en charge par l’Etat (via la CSPE?) de cette opération, comme cela se pratique d’ailleurs dans certains pays d’Europe du Nord. Enfin, comme les opérateurs de fermes éoliennes offshore, DCNS espère beaucoup d’une simplification des procédures d’installation des centrales marines. «Aujourd’hui, plusieurs ministères sont impliqués dans le traitement de chaque dossier, regrette Bernard Planchais. Il faudrait faciliter ce processus.» Réponse dans les semaines à venir, après l’adoption des lois Grenelle.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus