Dans les Pyrénées, l’ours s’apaise

Le 29 septembre 2015 par Romain Loury
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Une population en hausse
Une population en hausse

Dans les Pyrénées, le nombre de dégâts imputés à l’ours, en termes d’animaux d’élevage et de ruches, est en chute d’environ 40% cette année, a annoncé la Dreal Midi-Pyrénées [1] début septembre. Et ce alors que le nombre d’ours est en progression.

Au 31 août dernier, ce sont 79 animaux d’élevage dont la mort a été imputée à l’ours (et 4 ruches détruites), contre 135 en 2014. Jamais ce chiffre n’avait été aussi bas, après les 258 bêtes tuées en 2007. Avec 56 animaux tués, l’Ariège arrive en première position pour 2015, devant le Parc naturel des Pyrénées (à cheval entre les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées, 18 animaux) et la Haute-Garonne (5 animaux).

Quant au nombre de dossiers traités, à savoir le nombre total d’attaques imputées à l’ours, il est de seulement 57, contre 101 en 2014.  Pourtant, la population d’ours est en hausse: selon les derniers chiffres disponibles, 31 plantigrades ont été détectés en 2014 -dont deux trouvés morts en cours d’année-, contre 28 en 2013. Et au moins six oursons sont nés cette année.

Comment expliquer la baisse du nombre d’attaques? La Dreal se montre prudente: «ces données ne constituent à l'heure actuelle qu'une tendance et sont bien évidemment à prendre avec précaution, tant que la saison d'estive n'est pas achevée. Il faudra attendre la fin de l'année pour pouvoir comparer réellement les chiffres 2015 avec ceux des années précédentes».

Meilleure protection, bon climat

Contacté par le JDLE, Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours/Adet, évoque «une extension des mesures de protection des troupeaux», qui incluent l’embauche de bergers, le regroupement nocturne des troupeaux (si besoin derrière des clôtures), et l’emploi de chiens de protection. «Ces mesures ont fait leur preuve: il est possible de faire chuter la prédation, peut-être pas à zéro, mais presque», ajoute Alain Reynes.

Autre possibilité, également évoquée par la Dreal auprès du JDLE, l’année aurait été climatiquement favorable à la nourriture de l’ours, par exemple en termes de baies. Omnivore, l’animal aurait eu moins besoin d’attaquer des troupeaux pour se nourrir.

Pour Alain Reynes, les deux explications, meilleure protection des troupeaux et recours à d’autres aliments, ne s’excluent pas. Elles pourraient même se renforcer: «plus on protège les troupeaux, moins les ours viennent y chasser, et moins ils forment leurs oursons à venir y chasser», avance-t-il.

A quand de nouveaux lâchers?

Pour les défenseurs du plantigrade, ces chiffres constituent un nouvel argument à l’introduction de nouveaux individus en provenance de Slovénie. «Il ne faut pas s’arrêter au milieu du gué: grâce à l’ours, les Pyrénées peuvent aussi bien conserver leur forte ‘naturalité’ que leur caractère humanisé, économique. Les deux sont gagnants: d’une part parce que l’arrivée de l’ours a facilité la protection des autres espèces, d’autre part parce que les éleveurs ont pu mieux s’équiper, grâce aux aides», juge Alain Reynes.

Pourtant, l’arrivée de nouveaux ours, dont les derniers lâchers remontent à 2006, se fait attendre. Les associations se montrent particulièrement inquiètes pour les ours mâles Néré (18 ans) et son fils Cannellito (11 ans), seuls membres de la population l’ouest des Pyrénées. Sans lâcher de femelles, ils pourraient s’éteindre sans laisser de descendance. Du côté du ministère de l’écologie, c’est pour l’instant «le grand silence», regrette Alain Reynes.

En novembre 2012, la Commission européenne avait envoyé à la France une lettre de mise en demeure pour manquement à ses obligations de protection de l’espèce, suite à l’annulation, l’année précédente, de lâchers d’ours sous la pression d’agriculteurs et de chasseurs. Mi-septembre, la coordination Cap Ours a annoncé s’être rendue à Bruxelles pour réactiver la procédure d’infraction. En avril, Ferus et Pays de l’Ours/Adet ont déposé un recours devant le tribunal administratif contre l’Etat.

[1] Dreal: Direction régionale environnement aménagement logement.



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