Dans les mers australes, la pêche illégale touche plus d’1 bateau sur 3

Le 29 janvier 2020 par Stéphanie Senet
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Première mission réussie
Première mission réussie
C. Matheron

La pêche illégale concerne plus d’un bateau sur trois dans les eaux internationales des mers australes, selon l’étude publiée le 27 janvier dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences).

Les albatros sont les amis des poissons. Couvrant de très larges distances de vol et fortement attirés par les bateaux de pêche, ils ont été choisis par des chercheurs du CNRS et de La Rochelle Université pour pister les pêcheurs agissant en toute illégalité.

47 millions de kilomètres carrés

Pendant 6 mois[1], 169 albatros ont ainsi patrouillé dans l’extrême sud de l’océan indien, dans le cadre du programme Ocean Sentinel mis en œuvre en collaboration avec la réserve naturelle des terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et l’entreprise néo-zélandaise Sextant Technology. Equipés d’une balise Argos, un GPS et un détecteur de radar, ces oiseaux de mer ont permis de surveiller plus de 47 millions de kilomètres carrés de l’océan austral, situés autour des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam. Soit environ 100 fois la superficie de la Suède.

AIS éteint

Le principe est simple : lorsqu’ils s’approchent d’un bateau, leur balise détecte aussitôt le signal radar et transmet sa position aux scientifiques. Si celle-ci ne correspond pas à un l’identification d’un navire par l’AIS (système d’identification automatique), il y a de fortes chances que le bateau pratique une activité illégale. Une prouesse bien plus efficace qu’un système d’observation satellitaire qui est au contraire «coûteux, soumis aux intermittences de survol et très sensible à l’état de la mer, souvent déchaînée», note Henri Weimerskirch, auteur principal de l’étude.

De 20% à 100% de pêche illégale

Résultat : plus d’un tiers des bateaux contactés au niveau radar sont soupçonnés d’exercer une activité illégale. Les résultats sont toutefois très différents selon les zones économiques exclusives touchées. «Dans les eaux territoriales françaises, contrôlées par la Marine nationale, le taux serait d’environ 20%. Mais dans les quarantièmes rugissants, autour des îles Marion Prince Edouard sous contrôle sud-africain, il grimpe à 100%», relève le chercheur. Forts de leur succès, les albatros devraient bientôt participer à de nouvelles études.

 



[1] Entre novembre 2018 et mai 2019