Dans les Landes, les pins victimes de la sécheresse

Le 13 mars 2020 par Romain Loury
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Réchauffement et herbivores sont les deux mamelles du déclin de la forêts des Landes.
Réchauffement et herbivores sont les deux mamelles du déclin de la forêts des Landes.
INRAE/Arthur Guignabert

Dans les forêts dunaires des Landes de Gascogne, la régénération naturelle du pin connaît des ratés depuis les années 1990. Des chercheurs de l’Inrae ont trouvé l’explication: des étés toujours plus secs et plus chauds, ainsi qu’une pression élevée des herbivores.

Couvrant près d’un million d’hectares, la forêt des Landes de Gascogne est principalement composée de pins maritimes. Appelée forêt dunaire, la partie bordant l’océan «s’étend sur environ 240 km de l’estuaire de la Gironde à l’embouchure de l’Adour, sur une largeur de 4 à 6 km», rappelle l’Inrae[i].

Or sur une portion centrale de 11.000 hectares, cette forêt dunaire présente, depuis les années 1990, des signes de souffrance. Du moins après la coupe rase, lorsque tous les arbres ont été coupés sur une parcelle: après le semis de graines, il est fréquent que la forêt ne repousse pas.

La sécheresse estivale s’intensifie

Appelés à la rescousse, Laurent Augusto, de l’unité mixte de recherche ISPA («Interaction sol, plante, atmosphère», Inrae) et ses collègues[ii] ont cherché à connaître les raisons de ces échecs. Présentés début mars à Lacanau aux professionnels et partenaires institutionnels, les résultats de leur étude Ecodune dévoilent le principal coupable: la sécheresse estivale, toujours plus intense et fréquente dans les Landes, particulièrement dans cette portion centrale de la forêt dunaire.

Face à cette situation, directement liée au réchauffement climatique, Laurent Augusto conseille d’éviter la coupe rase, pour laisser cette régénération naturelle à quelques pins «semenciers» plutôt qu’à un semis artificiel. «L’arbre continue à semer des graines, puis il fait de l’ombre aux jeunes pins: sous ce couvert, il fait un peu moins chaud, un peu moins sec et un peu moins venteux», explique le chercheur.

«Il faut maintenir ces ‘semenciers’ jusqu’à ce que [le gestionnaire forestier] obtienne satisfaction: il faut environ trois à quatre ans pour qu’un jeune pin soit sorti d’affaire, le temps qu’il atteigne 30 à 40 centimètres de haut, qu’il ait généré un système racinaire suffisant», ajoute Laurent Augusto.

Les herbivores aussi en cause

Si elle est la principale coupable, la sécheresse estivale n’est pas la seule responsable: les résultats d’Ecodune révèlent aussi l’effet négatif des herbivores, en particulier les rongeurs (dont le campagnol) et les cervidés (cerfs et chevreuils), «plus présents dans la zone d’échec».

«Peu appétents» pour les herbivores, les jeunes pins peuvent constituer pour eux un apport alimentaire important en hiver. Face à cette nuisance, Laurent Augusto et ses collègues conseillent de revoir les plans de chasse des cervidés, mais également de favoriser les prédateurs des rongeurs, dont les renards et les rapaces nocturnes.

Autre piste explorée par les chercheurs, la compétition avec d’autres espèces végétales, en particulier l’arbousier. Les résultats sont contrastés, avec des effets pouvant être positifs ou négatifs selon le contexte: en cas de sécheresse modérée, l’arbousier peut certes apporter de l’ombrage aux jeunes pins, mais entrer en compétition avec eux en cas de forte sécheresse. Le couvert des arbousiers peut par ailleurs attirer les rongeurs, qui trouvent protection contre leurs prédateurs, mais au contraire cacher les jeunes pins des cervidés.



[i] Institut national de recherche en agriculture, alimentation et environnement. L’Inrae est né en janvier 2020, de la fusion de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture (Irstea).

[ii] Ecodune est le fruit d’une collaboration de l’Inrae, de l’Office national des forêts (ONF) et de Bordeaux Sciences Agro.