Dans le rouge, l’automobile doit virer (un peu) au vert

Le 26 mai 2020 par Victor Miget
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Au total, le plan de relance du secteur automobile représentera plus de huit milliards d’euros d’aides, d’investissements et de prêts.
Au total, le plan de relance du secteur automobile représentera plus de huit milliards d’euros d’aides, d’investissements et de prêts.
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Le président Emmanuel Macron a annoncé, mardi 26 mai, un plan de relance de la filière automobile. Au menu : relance de la demande, voiture électrique et relocalisation. 

 

En raison de la pandémie de Covid-19, en avril, les immatriculations de véhicules neufs ont chuté de -88,8% en France. Les annonces du chef de l'Etat étaient donc attendues par le secteur qui emploie directement 400.000 salariés. Pour son discours, Emmanuel Macron était accompagné du ministre de l’économie Bruno Lemaire et  de la ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne.

Des accompagnateurs soigneusement choisis. Lors de son discours Emmanuel Macron a annoncé la couleur de la relance: verte. Monde d’après oblige, la voiture doit prendre un virage électrique. Le choix du lieu pour présenter son plan de relance n’est pas non plus anodin. L’usine de l’équipementier Valeo, spécialisé dans le véhicule électrique, à Etaples dans le Pas-de-Calais.

Relancer une demande « verte »

Premier objectif du plan : la relance. «Le secteur automobile a déjà largement bénéficié des mesures d’urgences (chômage partiel et prêts garantis ndlr) mises en place par le gouvernement». Mais «ce n’est pas suffisant » a admis le chef de l’Etat. Tout d’abord, le gouvernement semble vouloir stimuler l’achat de véhicules plus neufs et plus propres.

Fautes de ventes, ce sont 400.000 voitures qui attendent derrière les vitrines des concessionnaires (500.000 d'ici fin juin). Pour écouler ces stocks, le bonus écologique, plafonné à 6.000 € pour les véhicules de moins de 45 000 €, sera porté à 7.000 euros. Pour les entreprises et collectivités (qui achètent une voiture sur deux) le bonus passera à 5.000 €. Une première : un bonus de 2.000 euros pour l’achat de véhicules hybrides rechargeables de plus de 50 kilomètres d’autonomie en mode tout électrique et coûtant moins de 50 000 euros sera mis en place. De quoi assurer le lancement de certains nouveaux modèles de SUV français : Captur, Mégane, Peugeot 3008, 508, Citroën C5 Aircross.

Craintes environnementales

Plusieurs associations comme Greenpeace, la Fondation Nicolas Hulot ou Réseau action climat s’étaient inquiétées d’un plan qui favoriserait l’achat de véhicules thermiques. Une crainte fondée. Pour ce qui est de la prime à la conversion, «les trois quarts des Français seront éligibles», a prévenu Emmanuel Macron. Leur revenu fiscal de référence devra être inférieur à 18.000 euros nets. Le volant d’aide ira de 3.000 euros pour l’achat d’une voiture à motorisation thermique jusqu’à 5.000 euros pour l’électrique. 5.000 euros, c’est aussi le montant de l’aide que touchera un automobiliste qui fera « rétrofiter » sa voiture thermique en électrique. Cette offre qui débutera le 1er juin, concernera les 200.000 premiers véhicules vendus. Coût pour l’Etat : 1 milliard d’euros.

Condition. L’éventuel prêt de 5 milliards d’euros que l’Etat accorderait à Renault est en suspens. Et ce, jusqu’à l’issue d’une table ronde entre l’Etat, les élus l’industriel et les syndicats. Emmanuel Macron a demandé à ce que les salariés de Renault des sites de Maubeuge et Douai obtiennent des garanties sur leur emploi.

Leader de l’électrique en Europe

Le président a dit vouloir «faire de la France la première productrice de véhicules propres en Europe». Un objectif d’un million de véhicules propres (électriques, hybrides rechargeables...) made in France d'ici cinq ans a été annoncé. «Nous allons mobiliser 200 millions d’euros» pour accompagner la transformation et la montée en gamme. Pour accompagner la transition Emmanuel Macron a assuré que l’Etat s'engageait à accélérer le déploiement de 100.000 bornes de recharge dès 2021. Un objectif initialement prévu pour 2022. Emmanuel Macron a aussi annoncé des investissements dans la recherche pour le véhicule du futur. Dès 2021, 150 millions d'euros seront mobilisés.

Un fond d’investissement de 600 millions d’euros (400 millions d’euros de l’Etat et 200 millions apportés par les constructeurs), soutiendra en fond propre l’industrie automobile. En tout, l'Etat apportera un peu plus de 8 milliards d'euros d'aide au secteur. En intégrant l’hypothétique prêt de 5 milliards d’euros que Bercy négocie actuellement avec Renault.

En contrepartie, les constructeurs devront relocaliser une partie de leur production. PSA ne construit actuellement aucun véhicule électrique ou hybride en France. L’engagement pris est de 450.000 véhicules produits sur le sol français. La 3008 électrique sera par exemple produite à Sochaux. «Renault a pris ce matin plusieurs engagements», a rappelé le Président de la république, qui s’est entretenu, ce matin, avec le PDG de la marque au losange, Jean-Dominique Sénard. D’ici à 2022, la production de voiture électrique du groupe sera triplée, puis quadruplée en 2024 (Soit environ 240.000 véhicules). Des productions seront relocalisées. Renault rejoindra le programme d’Airbus des batteries et rentrera au capital, comme PSA.