Dans l’eau du robinet, le cancer de la vessie en embuscade

Le 16 janvier 2020 par Romain Loury
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Les trihalométhanes sont aussi absorbés par contact cutané
Les trihalométhanes sont aussi absorbés par contact cutané

Les trihalométhanes, principaux sous-produits de chloration présents dans l’eau du robinet, seraient responsables d’environ 5% des cas de cancer de la vessie observés dans l’Union européenne, selon une étude publiée dans Environmental Health Perspectives.

Fruits d’une réaction entre les désinfectants (chlore, eau de Javel) et la matière organique présente dans l’eau, plus de 600 sous-produits de chloration sont actuellement identifiés dans les eaux potables. Principaux d’entre eux, les trihalométhanes, dont le chloroforme, le bromoforme, le bromodichlorométhane et le dibromochlorométhane, sont les seuls dont la concentration est régulée dans l’UE, avec un seuil maximum de 100 microgrammes/litre (µg/L).

Cette famille chimique est en effet classée cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), en raison d’un risque accru de cancer de la vessie. Les principales voies d’exposition sont l’ingestion, l’inhalation (du fait de leur caractère volatil) ainsi que le contact dermique, notamment lors de la douche.

Pour la première fois, des chercheurs ont estimé, au niveau de l’UE, l’impact des trihalométhanes en termes de cancer de la vessie. Pour cela, Iro Evlampidou, de l’Institut de santé mondiale (ISGlobal) de Barcelone, et ses collègues l’ont regroupé les données 2005-2018 de 26 pays de l’UE, sous forme de moyenne nationale ou de données locales, calculant pour chacun le poids des trihalométhanes dans les incidences nationales de ce cancer.

La France dans la moyenne européenne

Au niveau européen, le taux moyen de trihalométhanes dans l’eau du robinet s’élève à 11,7 µg/L. D’autres pays s’avèrent très au-dessus, dont Chypre (66,2 µg/L), l’Irlande (47,3 µg/L) et l’Espagne (28,8 µg/L) tandis que le Danemark (0,02 µg/L), les Pays-Bas (0,2 µg/L), l’Allemagne (0,5 µg/L) et l’Italie (3,1 µg/L) en comportent peu. La France fait figure d’élève moyen, se situant pile dans la moyenne européenne, à 11,7 µg/L.

Selon les calculs des chercheurs, ce niveau d’exposition serait responsable chez les Européens de 6.561 cas de cancer de la vessie par an, soit 4,9% de l’ensemble des cas de cette maladie dans l’UE. Pays le plus touché, Chypre (23,2% des cancers de la vessie), devant Malte (17,9%) et l’Irlande (17,2%) (voir encadré).

Entre 4,6% et 16% des cancers pour la France. Pour la France, les chercheurs concluent à une proportion de 4,6% des cancers de la vessie liés au trihalométhanes. Ce qui est très inférieur aux 16% estimés par Santé publique France dans un rapport publié en 2017: les auteurs avaient utilisé d’autres données d’incidence du cancer, ainsi qu’une autre approche d’imputabilité du cancer de la vessie aux trihalométhanes.

Des efforts souhaitables

«Ces 20 dernières années, des efforts importants ont été effectués pour réduire les niveaux de trihalométhanes dans plusieurs pays de l’UE, notamment en Espagne. Toutefois, les niveaux actuels de certains pays pourraient encore engendrer de nombreux cas de cancer de la vessie, qui pourraient être prévenus en optimisant le traitement de l’eau, la désinfection et la distribution», estime Manolis Kogevinas, chercheur à l’ISGlobal et co-auteur de l’étude.

Selon les chercheurs, si les 13 pays présentant les taux les plus élevés de trihalométhanes les abaissaient à la moyenne européenne (11,7 µg/L), 44% des cas européens de cancer de la vessie liés à ces sous-produits pourraient être évités.