Dans l’Aude, une réserve d’animaux vit au rythme des inondations

Le 01 décembre 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Un impala découvert noyé lundi matin
Un impala découvert noyé lundi matin
DR

De nouveau victime d’inondations, la réserve africaine de Sigean (Aude) en était lundi 1er décembre à compter ses animaux noyés et disparus. Exaspérée de cette situation récurrente, la direction accuse le syndicat en charge de l’entretien de la rivière adjacente, la Berre.

Week-end funeste dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, où des inondations, plus violentes que celles de 1999, ont fait un mort et environ 3.500 déplacés. A Sigean, commune de 5.426 habitants au sud de Narbonne, la réserve africaine, ouverte en 1974 et qui abrite 3.800 animaux, a une nouvelle fois payé un lourd tribut, avec trois quarts de sa surface submergée.

Contacté lundi par le JDLE, Gabriel de Jésus, porte-parole de la réserve, faisait état d’un impala mort  et de deux disparus (un gnou à queue blanche et une grue couronnée). Le personnel s’attend à trouver d’autres corps dans les prochaines heures, en particulier dans la «Plaine africaine» où se côtoient de nombreuses espèces d’antilopes.

La direction craint aussi pour les rescapés: de nombreux animaux sont restés une bonne partie de la nuit plongés jusqu’au cou dans l’eau froide. Notamment deux jeunes lionnes nées en février, qui vont bien pour l’instant, mais dont la direction craint qu’elles développent une pneumonie dans les prochains jours. Les ours à collier ont pu se réfugier dans les arbres, tandis que d’autres animaux sont parvenus à gagner des points hauts.

Les soignants n’ont pu parvenir sur le site avant lundi matin, les routes étant coupées. Pour l’équipe du parc, l’une des premières tâches a consisté à remettre les clôtures d’aplomb, afin qu’aucun animal ne s’échappe.

La digue du contentieux

La situation deviendrait presqu’une habitude: depuis 1999, où 35 animaux sont morts du fait du débordement de la Berre, la réserve a connu d’autres inondations en 2003, 2005, 2006, puis deux fois en 2011, et une nouvelle fois en 2013. Pour la direction du parc, la faute incombe au Syndicat intercommunal pour l’aménagement hydraulique (SIAH) du bassin de la Berre et du Rieu, qui manquerait à ses devoirs d’entretien de ces cours d’eau.

Tout commence en 1999, lorsque l’inondation a provoqué une brèche dans la digue abritant le parc, laquelle n’aurait pas été colmatée avant 2007, explique Gabriel de Jésus. Réalisée sur injonction de la préfecture, la réparation n’a pas remis la digue dans son état antérieur: elle serait même de 1m30 inférieure à son niveau initial, ce qui crée un «déversoir» sur la réserve dès que la Berre gonfle.

Le contentieux s’est porté en justice: en 2013, la Réserve africaine de Sigean a obtenu l’invalidation du plan de prévention du risque inondation (PPRI) de la Berre et du Rieu, qui stipulait que son terrain constituait «un champ d’expansion des crues». La réserve ne constituant pas un enjeu économique, selon le PPRI, «on pouvait donc laisser les animaux se noyer», déplore Gabriel de Jésus.

La réserve africaine est par ailleurs en procès avec le SIAH, gagné en première instance en 2008, puis perdu en appel en 2013. Elle a déposé un recours devant le Conseil d’Etat et devant la Cour de justice de l’Union européenne. Car outre le problème de reconstruction de la digue à l’identique, «le lit de la Berre n’est pas du tout entretenu», déplore Gabriel de Jésus.

Une réserve trop proche de l’eau?

Contacté par le JDLE, le président du syndicat, Jean-Claude Montlaur, s’insurge: «nous n’avons pas la capacité de commander les événements climatiques, et nous voici accusés de tous les maux!». En cas d’inondation, «il faut bien que l’eau s’écoule quelque part, nous n’avons pas les moyens de protéger la réserve», ajoute-t-il. Selon lui, la faute revient à ce parc, qui s’est trop étendu vers la rivière.

«On ne s’est pas du tout agrandi», s’étonne Gabriel de Jésus. D’une superficie actuelle de 300 hectares, le projet initial était de «500 à 600 hectares», avec une zone tampon pour les espèces locales. L’Etat «nous a donné l’autorisation justement parce qu’il y avait une digue», explique-t-il.

Selon Jean-Claude Montlaur, l’une des solutions aurait consisté à araser la rive droite de la Berre -à l’opposé de la réserve-, afin d’évacuer l’éventuel trop plein d’eau vers les étangs. Mais le rapport coût-bénéfice s’est avéré «complètement nul, et aucun financeur n’a souhaité s’engager» sur ce projet, indique le président du syndicat. Selon lui, la seule solution qui s’offre au parc serait de se déplacer vers des zones plus sûres.

De l’autre côté de l’étang de Bages, qui borde la réserve, se trouve la zone résidentielle du hameau du Lac. Et c’est probablement là qu’il faut chercher le nœud du problème: selon le SIAH, «surdimensionner» la digue conduirait à accroître le risque d’inondation dans cette zone résidentielle. Faux, estime Marie-Laure Pereire, en charge des affaires juridiques à la réserve africaine: «avant 1999, aucune inondation ne touchait ni la réserve ni le hameau, tous deux étaient protégés».



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus