Dans l’Atlantique nord, une acidification galopante

Le 12 février 2018 par Romain Loury
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Lophelia pertusa
Lophelia pertusa

L’absorption océanique de dioxyde de carbone (CO2) s’emballe dans l’Atlantique nord, entraînant une acidification plus rapide que prévu. Ce qui met en péril les coraux d’eau froide, qui pourraient voir leur répartition fortement diminuer dans les 30 prochaines années, révèle une étude franco-espagnole publiée lundi 12 février dans la revue Nature.

 

C’est l’un des grands régulateurs du climat mondial: le «tapis roulant» océaniques’illustre par une plongée des eaux de surface au niveau de l’Atlantique nord après leur refroidissement. Depuis 2014, ce phénomène s’est intensifiéde l’ordre de 10%, du fait d’oscillations naturelles. Avec pour effet d’accroître l’absorption de CO2 d’origine anthropique par les océans.

Effets délétères

Ce phénomène pourrait avoir des effets délétères rapides sur la faune profonde de l’Atlantique nord, révèle l’étude menée par l’Institut de recherches marines de Vigo (Espagne) et le Laboratoire d’océanographie physique et spatiale (LOPS[i], Brest) dans la mer d’Irminger, située entre le Groenland et l’Islande.

Moins d’aragonite pour les coraux

La hausse du taux de CO2 dissous dans l’eau entraîne en effet une acidification des eaux, et une diminution du taux d’ions carbonates dissous. Or c’est grâce à ces derniers que de nombreux invertébrés marins fabriquent leurs squelettes et coquilles, composés de calcite ou d’aragonite.

L’étude révèle qu’au rythme actuel d’absorption du gaz carbonique dans l’Atlantique nord, la zone de sursaturation de l’aragonite, celle dans laquelle ces organismes peuvent constituer ce composé, devrait fortement se réduire.

Ainsi Lophelia pertusa, coraux qui abondent dans l’Atlantique Nord jusqu’à des profondeurs de 2.500 mètres. Avec la hausse de la teneur atmosphérique en dioxyde de carbone, actuellement à 405 parties par million (ppm), cette profondeur pourrait diminuer de 1.000 mètres, pour remonter jusqu’à -1.500 mètres.

D’autres invertébrés touchés

«Tous les écosystèmes dépendant de ces coraux seront rapidement affectés, mais aussi les oursins, les échinodermes, les mollusques et les crustacés», estime Pascale Lherminier, chercheuse au LOPS, contactée par le JDLE.

D’autant que l’étude montre que, même lorsque le tapis roulant se sera ralenti, du fait d’oscillations naturelles ou du réchauffement -dont c’est l’un des effets attendus-, «cette limite de compensation de l’aragonite [profondeur à laquelle elle se dissout] va se stabiliser, et risque même de monter encore», note la chercheuse.



[i] Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), Institut de recherche pour le développement (IRD), université de Bretagne occidentale

 



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