Dans l’air, les pesticides se jouent des interdictions

Le 10 janvier 2020 par Romain Loury
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Les pesticides imprègnent aussi l'air
Les pesticides imprègnent aussi l'air
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Du lindane dans l’air, du DDT dans les aliments… bien que ces pesticides soient interdits depuis de nombreuses années. En cause, une faible dégradation de ces substances dans l’environnement.

Rendue publique mi-décembre 2019 par Atmo France, la base de données PhytAtmo a révélé la présence récurrente de lindane dans l’air, à travers diverses mesures réalisées en France entre 2002 et 2017. Surprise, cet insecticide organochloré est pourtant interdit depuis 1998. Idem pour un autre insecticide organochloré, le DDT, présent dans l’air, et qui continue aussi à imprégner les aliments, bien qu’interdit depuis 1971.

Comment expliquer une telle présence continue de ces pesticides? Plutôt qu’une utilisation illégale de pesticides de contrebande, il s’agit, ce qui est bien plus inquiétant, d’une forte rémanence environnementale. «Certaines substances interdites, quelques fois depuis plusieurs années, peuvent être retrouvées notamment dans l’air du fait de leur rémanence dans les compartiments de l’environnement», expliquait l’Anses[i] dans un rapport publié en septembre 2017.

Des pesticides libérés peu à peu

Le lindane, comme le DDT, présente en effet «une demi-vie de plusieurs décennies», rappelle Atmo France, qui fédère les associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air (Aasqa), contactée par le JDLE. «On savait qu’il s’agissait de substances que l’on verrait longtemps dans l’environnement», ajoute-t-elle. Présent dans des sols agricoles anciennement traités, ces résidus peuvent être libérés dans l’air à l’occasion de sécheresses ou lors d’un «travail un peu trop profond du sol».

Pour Atmo France, cette présence pose toutefois la question de l’exposition chronique: «quand on élabore des plans sanitaires, seules les substances autorisées sont prises en compte, pas celles qui ont été interdites». Les données de la base PhytAtmo devraient faire l’objet d’un rapport de l’Anses en septembre 2020.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail