Daniel Boy: «Pour l’écologie, les électeurs ont préféré l’original à la copie»

Le 27 mai 2019 par Stéphanie Senet
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Daniel Boy est spécialiste d'écologie politique au Cevipof
Daniel Boy est spécialiste d'écologie politique au Cevipof

Pour la première fois dans l’histoire politique française, de nombreux candidats se présentaient comme écolo. Cet essor a bénéficié à la liste Europe Ecologie conduite par Yannick Jadot, analyse Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof[1] et spécialiste de l’écologie politique.



[1] Centre de recherches politiques de Sciences Po

 

C’est la première fois que l’écologie est aussi présente dans les programmes des candidats?

C’est une nouveauté. Pour ces élections, tous les partis de gauche ont proposé, sans exception, un large programme écolo, y compris le parti communiste jusqu’ici très fortement réfractaire à ces questions. Dans le passé, l’écologie ne représentait qu’un petit paragraphe dans les programmes des partis traditionnels autres que le parti écologiste. Mais les choses ont commencé à changer lors de la dernière présidentielle avec Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon dont les programmes écolo sont assez conséquents.

Un essor qui a finalement profité au parti écologiste…

C’est une des vraies surprises du scrutin. C’est Europe Ecologie-Les Verts (EELV) qui a fédéré le vote écolo, de la gauche à l’extrême-gauche avec l’un de ses meilleurs scores: 13,4%. Si l’on y ajoute la liste du parti animaliste (2,2%) et celle de Dominique Bourg (1,8%), l’écologie atteint 17%. En comparaison, la liste écolo de Waechter gagnait 11% en 1989 et celle de Cohn-Bendit 16% en 2009, son score le plus important. Avec les municipales, les européennes sont toutefois le scrutin où ce parti remporte le plus grand nombre de suffrages. Mais la généralisation des programmes écolo représentait un risque.

Comment l’expliquez-vous?

Les gens ont préféré l’original à la copie. Ils se sont donc tournés vers le parti qui s’est emparé le premier des enjeux écologiques. Par ailleurs, les électeurs favorables à l’écologie ont voté utile. En votant Jadot, ils ont voulu accroître le groupe des Verts européens au Parlement. Un groupe qui a su se montrer très efficace lors du dernier mandat, pour orienter les politiques publiques en prenant en compte les enjeux environnementaux. On l’a vu à l’œuvre sur la réforme de la politique agricole commune (PAC), le glyphosate ou la pêche électrique. Voter pour Envie d’Europe ou la France insoumise représentait un vote plus incertain, avec un doute sur les futures alliances.

Deux partis s’installent toutefois aux côtés d’EELV: le parti animaliste et Urgence Ecologie.

Le résultat du parti animaliste est intéressant. Avec 2,2%, il ne fait pas un score extraordinaire mais c’est presque autant que le parti communiste qui obtient 2,5%. En fait, ce parti s’est installé dans le paysage politique lors des élections législatives de mai 2017. Ils ont d’ailleurs pu rembourser leur campagne en dépassant 1% des suffrages dans plus de 80 circonscriptions, en particulier dans les banlieues plutôt chic de la région parisienne, mais aussi en Alsace et en Corse. Ils ont réussi leur coup car ils ont de bonnes stratégies politiques. Et ils augmentent leur score aux européennes.

Quels sont les électeurs de ces deux partis?
C’est trop tôt pour le dire. Il faut attendre les résultats des enquêtes post-électorales.

Après des années de divisions internes, EELV a sorti la tête de l’eau?

C’est bien sûr une victoire puisqu’ils ont connu nombre de difficultés au cours des dernières années, avec le départ de beaucoup de leaders, comme Cécile Duflot. Le problème du parti Verts, flagrant en 2014, c’est la contradiction –qu’il a du mal à surmonter– entre ses exigences environnementales et sa position très à gauche. Son alliance avec le parti socialiste a provoqué un grand nombre de divisions alors que le libéralisme y prenait davantage d’ampleur. C’est pourquoi les ministres écolo sont sortis de la majorité de Hollande, en mars 2014, au moment où Valls a fait son entrée. Ce n’était pas pour une raison écologique mais parce que Cécile Duflot le jugeait trop libéral et trop peu social. C’est une difficulté qui ne se pose pas aux européennes, dont le scrutin est proportionnel, mais qui risque de se poser en d’autres occasions à EELV. Le problème de l’alliance des écolos dans un scrutin majoritaire à deux tours demeure entier. Ce mode de scrutin les empêche d’obtenir une place importante au niveau national. Le scrutin aux municipales donnera quelques indices, même si cette élection leur est d’habitude plus favorable, –comme les européennes. Ils s’y trouveront en tout cas en position de force.

 



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