Cure de minceur pour le nouveau ministère de l’écologie

Le 15 novembre 2010 par Célia Fontaine
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Nathalie Kosciusko-Morizet prend la place de Jean-Louis Borloo à la tête d'un ministère de l'écologie qui perd l'énergie.
Nathalie Kosciusko-Morizet prend la place de Jean-Louis Borloo à la tête d'un ministère de l'écologie qui perd l'énergie.

Un nouveau parti de l’écologie politique naît tandis que le super ministère de l’environnement est raboté. Retour sur la riche actualité environnementale de ce week-end.

Formidable paradoxe. Samedi 13 novembre, la plupart des mouvements relevant de l’écologie politique ont fusionné. Plus d’un quart de siècle après la naissance des Verts (un parti issu d’un regroupement de groupuscules), voici donc Europe Ecologie-Les Verts : le précipité des courants dirigés par Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot, José Bové. Sans oublier Antoine Waechter, créateur du Mouvement écologiste indépendant et ancien patron des Verts.

Cap 21 mis à part, la galaxie écologiste française commence à former un système politique cohérent, tournant autour de sa probable candidate à l’élection présidentielle : Eva Joly.

Le côté environnemental du gouvernement, quant à lui, a été secoué par un formidable big bang le 14 novembre. Déçu de ne pas décrocher l’hôtel Matignon, Jean-Louis Borloo a choisi de ne pas faire partie de l’équipe Fillon 3.

Le Grenelle Environnement et le ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, chargé des technologies vertes et des négociations sur le climat perdent ainsi leur meilleur avocat (dans le JDLE).

Certes, sa successeure, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), n’est pas une novice en la matière. Rapporteure de la charte de l'environnement et de la mission d'information sur l'effet de serre, cette presque quadra s’est ensuite illustrée comme secrétaire d’Etat en s’opposant à la majorité présidentielle et à son ministre de tutelle sur le délicat dossier des OGM (dans le JDLE). La voilà devenue ministre[1], une promotion certes, mais son ministère n’est plus ce qu’il était.

D’abord Medad, puis « Meddat » (écologie, énergie, développement durable et aménagement du territoire), « Meeddm » (écologie, énergie, développement durable et la mer), il faudra donc désormais parler du « Meddt ». Ce ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement est aujourd’hui bien dépouillé. Et critiqué.

A commencer par le portefeuille de l'énergie, qui a été confié à Eric Besson, ministre auprès de Christine Lagarde, la ministre de l'économie, et chargé également de l'industrie et de l'économie numérique.

« Ce détachement de la Direction générale de l’énergie et du climat est la plus mauvaise nouvelle de ce remaniement et contrevient complètement à la logique du Grenelle qui avait au contraire permis ce rapprochement entre énergie et environnement », estime Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement, qui considère Eric Besson comme « un ministre sans doute peu porté à remettre en cause le tropisme nucléaire de l'Elysée et de Matignon qui prend la main sur l'énergie ».

Pour le réseau Action Climat - France et le Comité de liaison Energies renouvelables (Cler), « la politique énergétique française sous la coupe de Bercy laisse présager d’une gestion par un strict plan d’équilibre budgétaire au moment où les filières renouvelables ont besoin de soutiens, entre autres financiers, pour répondre aux objectifs de 20 % d'efficacité énergétique et de 23 % d'ENR d'ici 2020 ». Ces associations considèrent que ce choix revient à renier plusieurs résultats du Grenelle de l'environnement et une certaine transversalité « chèrement acquise », comme par exemple l'élaboration des plans Climat-énergie territoriaux et des schémas régionaux Climat-air-énergie.

Pour la CFDT et France nature environnement (FNE), il est indispensable que le ministère de l’industrie ne cantonne pas l’énergie à des problématiques industrielles. « L’énergie est le problème de toute la société et les solutions résident dans un meilleur équilibre entre productions locales et moyens centralisés et surtout dans la promotion des renouvelables et de l’efficience énergétique », estiment-elles dans un communiqué commun du 15 novembre.

Le volet Mer, qui avait fait son apparition lors du remaniement de juin 2009 (dans le JDLE) disparaît de l’intitulé du nouveau ministère. « Que va devenir le Grenelle de la mer ? », s’inquiète Benoît Hartmann, porte-parole de FNE. L’Etat s’est engagé, lors de ce Grenelle, à réaliser une grande campagne d’identification de la biodiversité marine. Mais rien n’est moins certain à présent.

La pêche et l’aquaculture retournent dans le giron de Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture. Thierry Mariani a été nommé secrétaire d'Etat auprès de Nathalie Kosciusko-Morizet, chargé des transports. Benoist Apparu a été nommé secrétaire d'Etat chargé du logement. A noter également, Xavier Bertrand est nommé ministre du travail, de l'emploi et de la santé, reprenant les anciennes missions d’Eric Woerth, exclu du gouvernement et de Roselyne Bachelot-Narquin, désormais ministre des solidarités et de la cohésion sociale.

Cette configuration a été vivement critiquée par les associations, qui y voient la fin du Pacte écologique[2]. « Nicolas Sarkozy s'est un temps servi de l'écologie en s'appuyant sur Jean-Louis Borloo. Puis la même équipe s’est employée à complètement détricoter le Grenelle. Aujourd’hui, Jean-Louis Borloo part, Nathalie Kosciusko-Morizet revient, mais on ne voit pas bien pourquoi les choses s'arrangeraient », explique Greenpeace dans un communiqué du 15 novembre. L’ONG regrette également l’arrivée au gouvernement d’autres personnalités « anti-écolos », comme Patrick Ollier, connu pour ses sorties anti-éoliennes et sa ferveur pro-nucléaire.

La nouvelle entité perd aussi son rang protocolaire en n’étant plus un ministère d’Etat. « L'écologie se trouve rétrogradé (…). Cela confirme l'abandon de toute ambition écologique, constatée déjà depuis que le Président avait lui-même déclaré : ‘l'environnement, ça commence à bien faire’ », a déclaré François de Rugy, député d'Europe-Ecologie.

Le ministère de l’écologie, n’étant plus numéro deux du gouvernement, aura par conséquent moins de budget. L’examen du projet de loi de finances pour 2011 ne laisse pas beaucoup de doutes sur les rabotages en cours : crédit d’impôt pour les installations photovoltaïques et pour les travaux d’amélioration de la performance énergétique des bâtiments, crédit d’impôt finançant 40 % des travaux que les riverains des sites Seveso doivent réaliser pour se protéger…

Le défi est donc d’importance pour NKM, qui devra gérer des thématiques toujours cruciales, avec beaucoup moins de moyens.

 

Par Valéry Laramée de Tannenberg et Célia Fontaine
 


[1] NKM est conseillère régionale d'Ile-de-France depuis 2004, maire de Longjumeau (Essonne) depuis mars 2008, et très active au sein de l'UMP

[2] Le «pacte écologique» de Nicolas Hulot de novembre 2006, exigeait la création d'un poste de «vice-premier ministre chargé du développement durable».



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