Croissance verte: un match perdu d’avance sans équité sociale

Le 09 mars 2020 par Romain Loury
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Sans équité sociale, la croissance verte va dans le mur
Sans équité sociale, la croissance verte va dans le mur

Est-il possible de décarboner notre économie tout en assurant la justice sociale? Oui, mais à condition de dissiper le mirage d’une ‘croissance verte’ ne reposant sur aucune politique d’équité, selon une étude publiée lundi 9 mars dans Nature Sustainability.

De vendredi 6 à dimanche 8 mars, la Convention citoyenne pour le climat s’est réunie pour la première fois en séance plénière afin d’examiner les 150 propositions faites par ses groupes de travail. Après amendement et vote, un rapport sera remis dans un mois à l’exécutif.

Hasard du calendrier, la revue Nature Sustainability a publié lundi 9 mars une étude menée par Simone d’Alessandro, économiste à l’université de Pise (Italie), et ses collègues, dont l’objectif était de comparer l’efficacité climatique, sociale et économique de trois politiques différentes. Coïncidence de plus, le modèle choisi n’est autre que la France sur la période 2014-2050.

Croissance verte versus décroissance

Parmi les trois politiques évaluées, figure en premier lieu la croissance verte, en accord avec l’actuelle doxa libérale, et qui repose sur l’efficacité énergétique, l’expansion des énergies renouvelables, une taxe carbone, ainsi qu’une taxe sur les biens importés en fonction de leur empreinte carbone.

La deuxième politique évaluée («politique d’équité sociale») reprend les mêmes recettes, tout en y ajoutant un programme de garantie de l’emploi et une réduction du temps de travail. La troisième, qui n’est autre que la décroissance, va plus loin: elle prévoit une baisse de la consommation et des exportations, ainsi qu’un impôt sur la fortune.

Selon les chercheurs, la décroissance est la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre: en 2050, elles se situeraient à 17,8% de leur niveau de 1990, contre 23% pour la croissance verte et la politique d’équité sociale –et 45% pour un scénario tendanciel, sans changement. La décroissance fait aussi mieux quant aux inégalités salariales, tandis que la croissance verte les creuserait.

La croissance verte aggraverait le chômage

Sans surprise, la décroissance fait chuter le taux de croissance, qui atteindrait -0,7% en 2050, alors qu’il se maintiendrait à environ 1% pour les deux autres politiques évaluées. Quant au taux de chômage, la croissance verte sans contrepartie sociale pourrait l’élever à 13,4% en 2050 -contre 10% actuellement, et 11,4% selon un scénario tendanciel-, alors qu’il chuterait à 2% avec la politique d’équité sociale, et à 7% avec la décroissance.

La croissance verte sera en revanche la seule qui permettra de maintenir un déficit en-dessous de 3% du produit intérieur brut (PIB), seuil fixé par Bruxelles: il atteindrait 1,5% en 2050, contre 0,7% avec un scénario tendanciel. Dans les deux autres cas, le déficit pourrait dépasser les 3% vers 2040, du fait du programme de garantie de l’emploi: pour la décroissance, il atteindrait même 6% vers 2050, contre 4% pour la politique d’équité sociale.

Le déficit, prix à payer pour la paix sociale

L’explosion des déficits sera «le prix que nos sociétés devront payer afin d’éviter les crises sociales», estiment les chercheurs, selon qui «de nouvelles politiques sociales radicales peuvent non seulement combiner prospérité sociale et émissions bas carbone, mais sont aussi réalistes d’un point de vue économique et politique».

«La hausse des inégalités, le chômage et les formes non traditionnelles de travail ont mené à l’émergence du populisme et au scepticisme environnemental dans les pays occidentaux (…) L’épisode des ‘gilets jaunes’ démontre que de nouveaux investissements sociaux doivent être mis en place afin d’assurer une transition bas-carbone équitable», concluent-ils.