Crise de nerf sur la bromadiolone

Le 15 avril 2013 par Marine Jobert
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Le milan royal, victime collatérale de la lutte contre le campagnol terrestre.
Le milan royal, victime collatérale de la lutte contre le campagnol terrestre.
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C’est une demande récurrente des associations écologistes: faire interdire l’usage de la bromadiolone. Utilisé pour lutter contre le campagnol terrestre, ce rodenticide ravage aussi les prédateurs du rongeur. Sur terre ou dans les airs, renards, hermines, chats, mais aussi buses variables, milans ou chouettes hulottes consomment les rongeurs empoisonnés et meurent à leur tour en grand nombre. «L’usage de la bromadiolone (…) provoque la destruction directe d’espèces protégées comme les rapaces diurnes et nocturnes, notamment celle du milan royal bénéficiant du plan national d’action», écrivent la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna) et la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Rhône-Alpes dans une motion adoptée le 2 avril dernier. Les deux associations demandent au gouvernement d’interdire par voie réglementaire l’usage du produit «et de tout autre anticoagulant ou poison pour lutter contre les campagnols terrestres et autres rongeurs en milieu agricole ou naturel».

 

Une position qui a ulcéré le président de la Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles de Rhône-Alpes (Fredon). Placée sous la tutelle du ministère de l’agriculture, cette organisation conseille les agriculteurs dans leur lutte chimique et les collectivités dans leur politique «zéro phyto». Réputée plutôt consensuelle, la Fredon n’a pas aimé la demande des deux ONG naturalistes. Ce qui leur a valu un courrier incendiaire. «Ces positions intégristes et méprisantes pour les agriculteurs et leurs structures tant professionnelles que syndicales m’amènent au nom du conseil d’administration à mettre fin dès ce jour à toute collaboration avec la Frapna tant régionale que départementale», écrit Dominique Pipit. Et de considérer que «[ces] propos ne sont pas compatibles avec la déontologie de nos structures professionnelles agricoles (…), nos structures ayant pour mission, depuis plus de 70 ans, le sanitaire». Un point final est mis à toute collaboration entre la Fredon et la Frapna, annonce Dominique Pipit, qui avait noué des partenariats autour de la charte «objectif zéro pesticide» ou l’animation de la journée régionale sur la réduction des pesticides. «La Frapna ne sera pas invitée à intervenir», prévient le président, qui défend une «image d’indépendance et d’impartialité cautionnée par un professionnalisme et une déontologie sans faille [qui] sont pour nous des valeurs reconnues et appréciées».

Ce courroux éclate en pleine période de renégociation d’un arrêté interministériel relatif au contrôle des populations de campagnols et de mulots nuisibles aux cultures, ainsi qu’aux conditions d’emploi des produits phytosanitaires contenant de la bromadiolone. Enjeu entre les agriculteurs et les écologistes: l’abaissement du seuil, en fonction de la densité d’indices de la présence des rongeurs, au-dessus duquel le traitement par bromadiolone ne peut plus être autorisé. En résumé, s’il y a trop de rongeurs dans la parcelle, le recours au rodenticide est exclu, au nom de la protection de leurs prédateurs. Le nouvel arrêté pourrait rendre plus contraignantes les possibilités d’autorisation de traitement.

 

«Le problème, ce n’est pas le contrôle des campagnols, mais l’atteinte à la faune non cible», confirme Patrick Giraudoux. Professeur en écologie à l’université de Franche-Comté, ce spécialiste des dynamiques de populations de rongeurs plaide pour que le problème bien réel de la pullulation des campagnols soit pris en amont. «En Franche-Comté, les agriculteurs ont compris qu’il avaient intérêt –pour des questions d’image notamment, attachée aux AOC des fromages- à recourir à des solutions alternatives», explique-t-il au Journal de l’environnement. «Il faut intégrer dans les itinéraires techniques de production de fourrage la problématique du campagnol.»

 

Concrètement, il conseille d’augmenter la fréquence des labours, d’intervenir dès l’apparition des premiers colonies –par piégeage ou par empoisonnement à la bromadiolone-, en contrôlant les taupes dont les galeries sont des couloirs d’invasion de campagnols ou en favorisant la réimplantation des haies propices aux prédateurs des rongeurs. Une position qui rejoint point par point celle portée par la Frapna et la LPO Rhône-Alpes, qui en appellent à une information de la population sur «ces pratiques destructrices des écosystèmes et sources de contamination potentielle de notre nourriture, notamment des fromages AOC».

 



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