Crise de la Corne de l’Afrique: les causes environnementales

Le 27 juillet 2011 par Geneviève De Lacour
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Déjà 30 à 60% du bétail est mort
Déjà 30 à 60% du bétail est mort

Les Nations unies estiment à quelque 12 millions les personnes touchées par l'actuelle sécheresse dans la Corne de l'Afrique, la pire depuis 60 ans selon elles. Alors que l’aide financière peine à arriver, Jean-Cyril Dagorn d’Oxfam France répond à nos questions sur la situation humanitaire. L’occasion aussi de revenir sur les causes environnementales de cette crise alimentaire qui pour ne pas se transformer en tragédie nécessiterait, selon les Nations unies, une aide de 1,6 milliard d’euros. Interview.

JDLE: Quelle est la situation humanitaire en Afrique de l’Est à l’heure actuelle?

Jean-Cyril Dagorn : Près de 12 millions de personnes, dont près de 3,7 millions en Somalie seraient touchées par la sécheresse exceptionnelle qui sévit surtout dans le sud de la Somalie, au nord est du Kenya, au sud est de l’Ethiopie. La famine a été déclarée dans deux régions du sud de la Somalie contrôlées par les islamistes chebabs: Bakool et Lower Shabelle.

Plusieurs dizaines de milliers de morts ont été dénombrés dans cette région d’Afrique de l’Est. La Somalie étant fermée à l’aide internationale, il existe un vrai problème d'accès à certaines zones et il est donc très difficile d’estimer leur nombre avec précision. En revanche, nous savons que 1.500 personnes fuient chaque jour la Somalie pour le Kenya et 2.000 s’orientent vers l’Ethiopie. L’immense camp de Dadaab, dans le Nord est du Kenya, accueille 400.000 Somaliens et selon le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), ce sont quelque 40.000 personnes fuyant la famine qui ont convergé vers Mogadiscio en quête d'eau et de vivres depuis début juillet, et environ 100.000 ces deux derniers mois. D’après les Nations unies, le taux de malnutrition aiguë y dépasse les 60% et la mortalité infantile augmente.  
 
JDLE: Pourquoi cette sécheresse est-elle si exceptionnelle?
JCD : La région a connu des précipitations en dessous de la normale sur deux saisons des pluies consécutives. La Corne de l’Afrique est durement affectée par le phénomène de la Nina - une anomalie climatique qui touche différemment certaines régions du monde mais qui, en Afrique de l’Est renforce la sécheresse. Cette année, le phénomène est d’une amplitude exceptionnelle. Et lorsque les pluies vont revenir en octobre prochain, des inondations très destructrices sont à craindre. Les pluies torrentielles vont ruisseler sur la terre desséchée et entraîner les sols les plus fertiles. Normalement de telles sécheresses n’affectent la zone que tous les 5 ou 6 ans. Ce phénomène n’est pas nouveau mais devrait il s’accentuer dans le futur. L’impact est très clair sur les denrées alimentaires. La FAO prévoit une chute de productivité de 20% sur le maïs et les haricots dans ces régions d’ici la fin du siècle.
 
JDLE: Pourquoi la sécheresse affecte-t-elle si durement ces populations?
JCD : En Somalie et dans toute la région, le nombre d’éleveurs pastoraux est très important. Ces familles qui tirent leur subsistance de leur bétail ont perdu 30 à 60% de leur cheptel. Et puis il faut dire que ces éleveurs sont bien loin des préoccupations des politiques agricoles de ces pays. Récemment, l’association Peuples Solidaires a demandé à ce que ces populations en détresse puissent accéder aux parcs nationaux et à des zones touristiques. Certaines de ces zones agricoles ont été accaparées par l’Etat (En Ethiopie, des terres cultivables auraient été vendues par l’Etat à des sociétés étrangères pour produire des agro-carburants). Perturbées par un changement d’usage de leurs terres, les éleveurs doivent trouver d’autres routes de migration. Ainsi en dernier recours, nous envisageons de racheter aux populations le bétail le plus mal en point et de distribuer la viande dans les communautés. Cet argent permettrait aux éleveurs de parer au plus pressé.
 
JDLE: Qu’en est-il alors de l’aide internationale?
JCD: Après un déplacement dans l'une des régions les plus touchées par la crise et la convocation d'une réunion extraordinaire de la FAO, la France annonçait depuis plusieurs jours une importante conférence des donateurs aujourd'hui 27 juillet à Nairobi. Mais le problème c’est que cette conférence n'existe pas! L'activité diplomatique déployée par la France ces derniers jours n’est qu'un écran de fumée pour cacher la faiblesse de ses engagements financiers. Elle s’est engagée pour une aide de 10 millions d’euros. Un montant bien faible en comparaison avec l’Australie, pays qui n’a pas le même poids économique que la France mais qui a quand même promis de verser 67 millions de dollars (soit 46 millions d’euros) d’aide. Or sur les 1,6 milliards d’euros nécessaires pour enrayer la crise selon les Nations unies, il manque encore la moitié de la somme.
 
 
 
Selon le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, il faut 1,6 milliard de dollars rien que pour la Somalie, où «des enfants et des adultes meurent chaque jour à un rythme terrifiant». La Banque mondiale s’est engagée à hauteur de 500 millions d’euros et l’Union européenne se dit prête à verser la somme de 27,8 millions d’euros.
Mercredi 27 juillet, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies a effectivement réuni à Nairobi les ambassadeurs des pays donateurs, mais simplement pour faire un point régulier et technique de la situation en Somalie.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé avoir débuté mercredi 27 juillet après-midi son pont aérien pour aider les victimes de la sécheresse en Somalie, avec l'envoi d'un premier avion pour Mogadiscio transportant 10 tonnes de nourriture.
 


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