Creusot Forges: l’Etat savait depuis 2005

Le 31 mars 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Creusot Forge: l'usine par qui le scandale nucléaire est arrivé.
Creusot Forge: l'usine par qui le scandale nucléaire est arrivé.
Areva

Les malfaçons du forgeron nucléaire étaient connues 10 ans avant leur révélation officielle.

C’est une petite bombe atomique qu’a lancée France Inter. Ce vendredi 31 mars, la radio publique a révélé que les malfaçons sur les pièces nucléaires forgées par Creusot Forge étaient connues de l’autorité de sûreté, d’EDF et d’Areva depuis bien plus longtemps qu’on le soupçonnait jusqu’alors.

L’histoire officielle situe à la fin de 2014 la découverte, par hasard, d’une concentration excessive de carbone dans l’acier de la cuve du réacteur et de son couvercle. Un défaut imputable au manque de rigueur du forgeron, filiale d’Areva. Ce qu’allait révéler, par la suite, les enquêtes diligentées par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Des écarts

Problème: cette chronologie est fausse. Documents à l’appui, le journaliste Sylvain Tronchet montre que le bureau de contrôle des chaudières nucléaires (BCCN) de la direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection (DGSNR, future ASN), avait détecté des «écarts» dans les fabrication de Creusot Forges dès… 2005. Dans un courrier adressé à EDF, le 16 décembre 2005, le BCCN demande à l’électricien de renforcer la surveillance de son fournisseur et annonce une prochaine inspection de la forge.

rebus de grosses pièces

La révélation a ouvert les vannes de la transparence. Dans l’après-midi de vendredi, l’ASN a dévoilé des extraits de nombreux documents restés dans ses tiroirs. Comme ce compte-rendu d’une visite surprise du patron de la DGSNR, le 31 janvier 2006. André-Claude Lacoste constate que l’industriel «a connu, en 2005, une année difficile au regard de la qualité des fabrications pour l’industrie nucléaire. Ces difficultés se sont traduites par un nombre significatif de rebus de grosses pièces.» Les inspecteurs de la sûreté mettent en évidence «certaines déviances» qui auraient dû l’être «par le fabricant lui-même [Creusot Forges] ou par son commanditaire [EDF].»

Intégration et progrès

Le 11 août 2006, EDF, dans un courrier, «souligne que des actions préventives et correctives ont été mises en place et qu’elle ne partage pas l’appréciation de l’ASN sur l’absence de réaction de sa part.» Un mois plus tard, Areva affirme avoir mis en place un «plan d’intégration et de progrès» pour «améliorer la qualité» de la production et «développer la culture de qualité» de sa filiale.

La situation s’améliore à partir de 2008, estime l'ASN. Cela ne durera pas. Début 2012, l’industriel met au rebut plusieurs grosses pièces, pour des défauts dus à l’hydrogène. En octobre de l’année suivante, Areva informe le gendarme du nucléaire de la mise à la poubelle de plusieurs pièces pour des problèmes de «ségrégation du carbone»: ceux-là mêmes qui allaient être à l’origine des enquêtes initiées en 2014.

Ces révélations sont à la fois rassurantes et agaçantes. Rassurantes, car elles semblent démontrer que le système français de contrôle-qualité des pièces nucléaires n'a pas totalement failli, comme on avait pu le croire. Agaçantes, car elles mettent à jour un double discours de l'autorité de sûreté et des industriels concernés. Le 25 octobre 2016, lors d'une audition devant la commission parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, ces derniers se disaient abasourdis devant l'ampleur des malfaçons de Creusot Forge. Le résultat de mauvaises pratiques connues depuis une décennie.  

 



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