Créosote: bientôt la voie de garage?

Le 23 avril 2018 par Marine Jobert
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Des traverses traitées à la créosote repérées sur Leboncoin.
Des traverses traitées à la créosote repérées sur Leboncoin.
@Robin des bois

La SNCF pourra continuer à traiter ses traverses en bois avec de la créosote, une substance reprotoxique et génotoxique, jusqu’à ce qu’elle trouve des produits de substitution. Les autres usages sont désormais interdits.

C’est un liquide noir ou ambré, malodorant, épais et huileux, un mélange complexe de plusieurs centaines de molécules chimiques qui peut contenir plus de 30 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) différents. A l’occasion du dépôt de demandes d’autorisation de mise sur le marché de trois familles de produits biocides contenant cette fameuses créosote, l’Anses[1] vient de porter un coup fatal, à terme, à cette substance active classée «probablement cancérogène» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

Les traverses de bois en sursis

Déjà interdite aux particuliers, la créosote le sera désormais pour le traitement contre les insectes et les champignons des poteaux électriques et de télécommunication, les clôtures et palissades et les installations maritimes, car «un risque inacceptable [a été] mis en évidence pour l’environnement, en raison notamment des quantités de produit auxquelles seraient exposés certains compartiments terrestres et marins». Seules les quelque 40 millions de traverses de chemin de fer actuellement en place pourront, à titre transitoire, être encore badigeonnées de créosote, car son usage dans ces conditions expose de façon «très limitée la population générale», compte tenu «des conditions d’emploi très encadrées en milieu professionnel». En outre, il n’existerait à ce jour aucune «alternative appropriée» pour leur traitement, ce qui justifie, au regard du droit européen, le maintien du produit. La SNCF a eu chaud, car ce produit est pour elle «ce que le glyphosate est aux agriculteurs: indispensable, irremplaçable et bon marché», dénonce l’association écologiste Robin des bois.

Robin des bois créosotés

Un arrêté va être pris, ont indiqué les ministères de l’écologie et de la santé, pour interdire l’importation des autres produits en bois traités avec la créosote et la réutilisation de ceux présents en France pour d’autres usages que ceux autorisés. Cela fait plus de 10 ans que Robin des bois alerte sur la dangerosité de ce produit et les usages récréatifs toxiques que font les particuliers des traverses de chemin de fer pour délimiter leur potager ou allumer leur barbecue. Dénicher des traverses par chères sur les sites de vente entre particuliers est un jeu d’enfant, démontre l’association.

Charte d’engagement volontaire

L’association écologiste est associée à une Charte d’engagement volontaire[2] unissant les acteurs ferroviaires, qui travaillent sur un plan de substitution et des conditions d’usage strictes, et l’ensemble des acteurs, pour diffuser l’information sur les risques sanitaires et environnementaux que représentent ces bois traités et orienter en fin de vie ces déchets de bois traités à la créosote vers des installations de valorisation énergétique adaptées à ce type de déchets dangereux. Le gouvernement a enfin annoncé qu’il allait saisir la Commission européenne dans les prochains jours «pour l'inviter, au regard des évaluations de risques par l'Anses, à généraliser ces dispositions au niveau européen», a ajouté le ministère de l’écologie dans un communiqué.

 



[1] Anses: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail 

[2] Le projet de charte d’engagement volontaire portant sur la gestion et l’élimination des poteaux et des traverses en bois traités à la créosote sur le territoire national associe l’association Robin des bois, la Régie autonome des transports parisiens (RATP), SNCF Réseau, l’Union des exploitants de chemins de fer touristiques et de musées, Orange, Enedis, RTE, la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), l’Association des maires de France (AMF), l’Association de collectivités, gestion des déchets, réseaux de chaleurs, gestion locale de l’énergie (Amorce), le Cercle national du recyclage (CNR) et le ministère de la transition écologique et solidaire.

 



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