Covid-19: le monde à l'heure du confinement

Le 16 mars 2020 par Stéphanie Senet et Romain Loury
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Chez Air France, baisse d'activité de 70% à 90%
Chez Air France, baisse d'activité de 70% à 90%

En raison du Covid-19, la planète est en train de se barricader. En particulier l’Union européenne, désormais l’épicentre mondial de la pandémie, où les transports sont progressivement mis en veilleuse, les frontières fermées les unes après les autres.

C’est une situation qui semblait encore impensable il y a une semaine: après la fermeture des établissements scolaires annoncée jeudi 12 mars par Emmanuel Macron, puis celle des bars, restaurants et magasins non essentiels, c’est désormais le tour du transport d’accuser le coup.

«Alors que nous sommes passés au stade 3 de l’épidémie, chacun doit renoncer aux déplacements non essentiels, renoncer aux déplacements d’agrément et n’avoir recours aux transports qu’en cas de nécessité, c’est-à-dire lorsque cela est lié à la santé à l’alimentation et au travail», expliquait le ministère de la transition écologique dimanche 15 mars.

Train et avion en fort ralentissement

Pour l’instant, la circulation demeure quasiment inchangée pour le transport urbain, que ce soit pour le métro (80% du trafic), les bus, les trams et les RER. La situation est plus critique pour les plus longues distances: ce lundi 16 mars, 7 trains sur 10 (TER, TGV, Transilien) fonctionnaient. A partir de mardi 17 mars, seuls 2 TER sur 3 seront en circulation, contre 1 TGV sur 2.

Le choc est plus rude dans l’aviation: Air France présente «un programme très réduit», avec une baisse d’activité comprise entre 70% et 90%, a annoncé lundi la compagnie aérienne. Faute de clients, les terminaux d’Aéroports de Paris seront mis à l’arrêt: Orly 2 à partir de mercredi 18 mars, les terminaux S4 et 2G de Roissy «d’ici la fin de semaine», annonce le ministère. Ailleurs, même situation: American Airlines a annoncé lundi réduire son trafic de 75% jusqu’au 6 mai, tandis que la compagnie autrichienne Austrian Airlines a déclaré suspendre tous ses vols.

L’UE bientôt fermée?

Alors que plusieurs pays, d’Europe ou d’ailleurs, ferment leurs frontières, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, leur a emboîté le pas lundi, en appelant à l’interdiction des voyages vers l’UE. Une façon aussi de couper l’herbe sous le pied des Etats membres qui ont déjà décidé, de manière unilatérale, de fermer leurs frontières.

Pour le président du Parlement européen, David Sassoli, «la réintroduction des contrôles aux frontières intérieures, lorsqu'elle n'est pas fondée sur les conseils ou les données des autorités sanitaires, cause plus de mal que de bien. Elle impose des coûts économiques majeurs à l'UE dans son ensemble et empêche les marchandises d'arriver là où elles sont nécessaires. Nous devons garantir le bon fonctionnement de l'espace Schengen».

Electricité, eau, déchets: pas d’impact (pour l’instant)

Si la crise sanitaire a un impact aussi fort sur le transport, la production d’autres secteurs sont pour l’instant peu touchés. Chez RTE, on assure n’être «actuellement pas impacté par la crise sanitaire». L’entreprise a déclenché lundi son plan de continuité d’activité, avec généralisation du télétravail pour les missions pouvant être effectuées à distance. Elle dit s’attendre à une baisse de la consommation d’électricité, «du fait du télétravail généralisé au niveau national et de la baisse d’activité économique liée à l’épidémie».

Interrogée par le JDLE, Veolia «assure s’être organisée pour qu'il n'y ait pas d'interruption des services»,  que ce soit pour l’eau potable et son assainissement, la collecte et le traitement des déchets, l’énergie. «Pour ce qui concerne la collecte, nous travaillons collectivité par collectivité à l'élaboration de plans adaptés qui portent avant tout sur les déchets ménagers et organiques (les déchets secs étant réputés sans risque et sans odeur). Dans ce type de schéma nous pouvons assumer l'enlèvement même si 20 à 25% de nos agents étaient arrêtés ou absents», ajoute-t-elle.

Toujours dans le domaine de l’eau potable et des déchets, Suez indique «pouvoir assurer les missions opérationnelles essentielles même si nos effectifs sont inférieurs à 40 %. Toutes les activités non critiques ont été reportées à l’exemple de certaines actions de maintenance. Nous pouvons avoir un recours important au télétravail pour les fonctions support. Certaines activités opérationnelles seront aussi dématérialisées comme la relève des compteurs à domicile basée sur des estimations ou les accueils clientèle». Idem pour Syctom, dont «les collectes de déchets ménagers sont maintenues et sont pour l’instant pas redirigées vers d’autres centres».

 

Côté électricité, RTE et Enedis ont déclenché, ce lundi 16 mars, leur plan de continuité d’activité, généralisant notamment le télétravail pour les activités pouvant être réalisées à distance. Seules les interventions sur les réseaux de transport et de distribution indispensables à leur bon fonctionnement seront réalisées, indiquent les deux gestionnaires de réseaux. Du fait de la baisse d’activité économique, RTE anticipe une baisse de la demande de courant. Ce qui pourrait entraîner une baisse de la production d’EDF.

L’électricien a d’ailleurs déclenché son plan pandémie sur le site de Flamanville (50). Le Cotentin est un important foyer de coronavirus, EDF a donc considérablement allégé le nombre de personnes travaillant sur le chantier de l’EPR. Les deux autres tranches de la centrale nucléaire cotentinoise sont actuellement à l’arrêt. L’électricien rappelle qu’appliqué à des installations en service, le plan pandémie permet de fonctionner avec un taux d’absentéisme de 40%.