Covid-19: le HCC appelle à verdir massivement les plans de relance

Le 22 avril 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Ne pas reproduire les erreurs de 2008, demande Corinne Le Quéré, la présidente du HCC.
Ne pas reproduire les erreurs de 2008, demande Corinne Le Quéré, la présidente du HCC.
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Dans un rapport mis en ligne ce 22 avril, le Haut conseil pour le climat recommande notamment de conditionner l’aide publique à des engagements de décarbonation.

 

Le débat sur la cohérence des plans de relance avec les engagements environnementaux et climatiques des Etats battant son plein, il était naturel que le Haut conseil pour le climat français (HCC) fasse entendre sa voix. C’est chose faite. Ce mercredi 22 avril, l’institution chargée de conseiller et d’évaluer l’action climatique du gouvernement publie ses recommandations pour conjuguer transition écologique et résilience aux risques sanitaires et climatiques.

Rien de surprenant de la part de ce groupe d’experts présidé par la climatologue Corinne Le Quéré.

éviter l'effet rebond

En préambule, le HCC rappelle que la baisse «radicale» d’émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre (GES) qui sera constatée à la fin de l’année «reste marginale et transitoire». Le 9 avril dernier, Carbon Brief estimait que nos rejets de GES 2020 seraient inférieurs de 5,5% à ceux de 2019. Et le site de référence de rappeler que stabiliser le réchauffement à 1,5 °C[1] nous imposait de réduire de 7,6% par an nos rejets de GES.

Les rédacteurs des plans de relance économique devront ne pas renouveler les erreurs commises lors de la sortie de la crise financière de 2008. «Les émissions avaient baissé l’année de la crise pour repartir à la hausse dès l’année suivante», rappelle Corinne Le Quéré.

Comme il l'avait déjà fait avec Pacte Productif, le HCC recommande d’inscrire les programmes de relance dans le cadre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Bref, de ne pas oublier en route l’objectif de neutralité carbone fixé pour 2050. Ce qui oblige, dans un premier temps, à réduire de 40% au moins nos émissions de GES entre 1990 et 2030.

investissementS et décarbonation

Deux recommandations découlent directement de ce principe: l’accroissement des investissements en matière de verdissement de l’économie (soutien au véhicule électrique ou à la rénovation des bâtiments) et l’arrêt du modèle de développement trop carboné qui est le nôtre. «L’aviation n’a pas de solution technique pour atteindre la neutralité carbone. C’est un secteur qui évolue lentement et dont le bilan carbone est entièrement dépendant de la compensation par les puits. C’est un secteur très polluant dont la hausse de la demande n’est pas souhaitable[2]», pointe Corinne Le Quéré.

Les vannes du crédit étant largement ouvertes, les auteurs du rapport conseillent d’emprunter massivement pour financer ses investissements et reconversions: «la dette doit être reconvertie vers des investissements destinés à la transition bas carbone.»

Le HCC demande donc que l’attribution d’aides publiques aux secteurs émetteurs soient conditionnés par des engagements de décarbonation. Engagements qui pourraient être facilités par une relance de la taxation du carbone (à la faveur de la chute des prix des produits pétroliers) et par l’instauration d’un prix plancher dans le marché du carbone européen (l’ETS).

l'incertitude ne peut être un prétexte à l'inaction

S'appuyant, peut-être, sur le modèle britannique, le rapport propose d'«orienter des grands travaux vers des infrastructures résilientes et bas carbone», comme le réseau ferroviaire.

L’aréopage d’experts ouvre aussi quelques pistes pour le moyen et le long terme. Il recommande de conjuguer notamment la prévention des risques environnementaux et sanitaires. Par exemple, en renforçant les mesures ayant des effets sur les deux thématiques: réduction des pollutions atmosphériques, lutte contre la déforestation importée, réduction de la consommation de produits animaux.

Petite pique au gouvernement, le HCC souligne qu’en matière sanitaire ou climatique, «l’incertitude ne peut être un prétexte à l’inaction. Faute de dispositifs de prévention, d’anticipation et de préparation, la crise sanitaire, pas plus que la crise climatique, n’ont pu être empêchées.» 



[1] L’un des objectifs de l’Accord de Paris.

[2] L’aviation commerciale a accru ses émissions de 26% entre 2012 et 2019.