Covid-19: déjà 2.500 décès évités en France?

Le 01 avril 2020 par Romain Loury
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3.523 décès dans les hôpitaux français, au 31 mars
3.523 décès dans les hôpitaux français, au 31 mars
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En France, les mesures de distanciation sociale auraient déjà empêché 2.500 décès, estiment des chercheurs britanniques dans une étude publiée lundi 30 mars sur le site de l’Imperial College de Londres. Selon cette analyse, purement statistique, autour de 59.000 décès ont été évités dans 11 pays européens, dont 38.000 rien qu’en Italie.

Depuis le confinement intégral mis en place en Italie depuis le 11 mars, nombreux sont les pays européens à l’avoir imitée: après l’Espagne le 14 mars, l’Autriche a suivi le 16, la France le 17, le Danemark et la Belgique le 18. Ils ont été rejoints par la Suisse le 20 mars, l’Allemagne le 22, puis par le Royaume-Uni et la Norvège le 24.

Parmi les 11 pays européens analysés par Seth Flaxman, mathématicien à l’Imperial College London, et ses collègues issus de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Medical Research Center (MRC) britannique, seule la Suède n’a toujours pas mis de confinement intégral en place: elle s’en tient à d’autres mesures de distanciation sociale, dont la fermeture des écoles, l’interdiction des rassemblements et l’obligation d’isoler les malades –mises en place par les 10 autres pays.

Les décès, meilleur marqueur de l’épidémie

Dans leur étude, les chercheurs britanniques ont tenté d’évaluer si ces mesures avaient déjà un effet sur l’évolution de l’épidémie dans ces 11 pays. S’il est hasardeux d’analyser le nombre total de cas infectés, difficile à évaluer alors que les tests demeurent réservés aux cas sévères dans la plupart des pays, l’équipe s’est penchée sur le nombre de morts, mieux connu.

Par une analyse statistique, ils ont étudié l’évolution du Rt, à savoir le nombre de reproduction de l’épidémie à l’instant t. Il s’agit du nombre de personnes contaminées par personne infectée, à savoir le taux moyen de transmission du virus à partir d’une personne infectée. En-dessous de 1, le nombre de cas décroît, et l’épidémie s’éteint. Au-dessus de 1, elle continue à progresser, en nombre de cas, et donc de morts. Le but de la distanciation sociale, qui limite les contacts au sein de la population, est donc d’abaisser au maximum le Rt.

Jusqu’à 120.000 décès évités

Tenant compte d’un délai de 2 à 3 semaines entre les transmissions et leur impact en termes de mortalité, l’étude révèle que les mesures mises en place, inédites en Europe, ont déjà des effets tangibles. Selon les chercheurs, 59.000 décès auraient ainsi été évités au mardi 31 mars dans les 11 pays, avec un large intervalle de confiance, compris entre 21.000 et 120.000 –soit un ordre de grandeur.

En toute logique, c’est dans les pays où l’épidémie est la plus avancée, et qui ont mis en place le confinement le plus tôt, que l’impact est le plus fort: en Italie, la distanciation sociale a permis d’éviter 38.000 décès (avec un intervalle de confiance de 13.000 à 84.000), soit 3 fois plus que les 12.428 décès recensés dans le pays au 31 mars. Idem en Espagne, avec 16.000 décès évités.

3% de la population française contaminée? Mardi 31 mars, Santé publique France recensait 52.128 cas confirmés de Covid-19 dans le pays. Ce qui est très éloigné de la réalité, les tests étant pour l’instant réservés aux cas sévères d’infection respiratoire. Sur la base des décès enregistrés au 28 mars, les chercheurs de l’Imperial College estiment que 3% de la population française avait été contaminée au 28 mars, avec un intervalle de confiance allant de 1,1% à 7,4%. L’immunité de groupe’ est donc bien éloignée: pour une maladie dont le taux de reproduction initial R0 se situe entre 2 et 4, celle-ci est atteinte lorsque 50% à 75% de la population est immunisée, via une précédente contamination. Corollaire: toute levée précoce du confinement aboutirait à une rapide progression du virus.

Avec 3.523 décès en milieu hospitalier au 31 mars (chiffre qui exclut les décès en maison de retraite, ainsi que ceux à domicile), la France en compterait 5.600 sans mesure de distanciation sociale –du moins, entre 3.600 et 8.500. Selon le modèle des chercheurs, 2.500 décès auraient ainsi été évités[i], soit entre 1.000 et 4.800 décès.

Quel impact sur le taux de transmission?

En l’état encore précoce de l’épidémie, et du confinement, il demeure difficile de déterminer avec précision l’impact des mesures de distanciation sociale sur le Rt. S’il était d’une valeur initiale (R0) de 3,87 sur les 11 pays, avant le confinement, a-t-il déjà plongé en-dessous du seuil fatidique de 1?

Selon les chercheurs, il aurait déjà diminué de 64% pour n’atteindre qu’une valeur moyenne de 1,43. Mais l’intervalle de confiance comprend bien la valeur 1 –à l’exception de la Suède. Il est donc trop tôt pour affirmer que ces mesures, efficaces sur la mortalité, ont atteint leur but ultime, le contrôle de l’épidémie.

«Nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que ces mesures permettent d’ores et déjà de contrôler l’épidémie en Europe. Toutefois, si la tendance se poursuit, il y a des raisons d’être optimistes», commentent les auteurs.

Des mesures aussi efficaces en Chine. Lors d’une étude publiée mardi 31 mars dans la revue Science, des chercheurs chinois, britanniques et américains, ont analysé le nombre de personnes infectées lors de la première semaine de l’épidémie dans 342 villes chinoises. Ce nombre a été diminué d’un tiers dans les villes ayant rapidement mis en place des mesures de prévention, dont l’interdiction de voyager, la suspension des transports urbains et la fin des rassemblements. En tout, 700.000 cas de Covid-19 auraient été prévenus dans le pays au cours des 50 premiers jours de l’épidémie, révélée le 31 décembre 2019.


[i] Les chercheurs ne se basent pas sur les décès effectifs au 31 mars, chiffre dont ils ne disposaient pas lors de la conduite de l’étude, mais sur ceux recensés au 28 mars, extrapolés au 31 mars. A cette date, leur modèle prévoyait ainsi 3.100 décès en France, soit 423 de moins que la réalité.