COVID-19: de rares cas animaux, sans gravité

Le 20 avril 2020 par Romain Loury
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Au Parc zoologique de Paris, des prélèvements chez des animaux exposés
Au Parc zoologique de Paris, des prélèvements chez des animaux exposés

De transmission interhumaine, le virus SARS-CoV-2, responsable de la COVID-19, semble occasionnellement contaminer les animaux, rappelle un avis réactualisé lundi 20 avril par l’Anses. Si ces cas sont a priori sans gravité, un suivi est actuellement en cours dans les zoos, sur les espèces réceptives au virus, dont les félidés et les primates.

Ayant comme origine des chauves-souris chinoises, avec le pangolin comme possible hôte intermédiaire, le virus SARS-CoV-2 se propage à toute vitesse à travers le monde, avec environ 2,42 millions de personnes dont l’infection a été confirmée, et 166.235 décès au 20 avril. Si la transmission interhumaine est la seule avérée à ce jour, les experts se sont rapidement demandé s’il n’existait pas un risque de transmission de l’animal à l’homme ou, à l’inverse, de l’homme à l’animal.

Dans un avis publié le 11 mars, l’Anses[i] estimait que «le passage du SARS-CoV-2 de l’être humain vers une autre espèce animale sembl[ait] actuellement peu probable». Lors de la publication de cet avis, il n’existait qu’un seul cas suspect, celui d’un chien de Hong Kong, dont le maître avait été touché par la COVID-19. Fin février, la présence du virus avait été détectée dans des prélèvements nasaux et oraux de l’animal, en l’absence de signes cliniques de la maladie.

De nouveaux cas révélés

Or depuis l’avis initial de l’agence, d’autres cas ont été rendus publics: un deuxième chien et un chat de Hong Kong, eux aussi sans signe clinique; un chat en Belgique, présentant des signes digestifs et respiratoires; une tigresse du zoo du Bronx (New York), porteuse du virus et atteinte de signes cliniques comme six autres félins (trois tigres et trois lions), non testés, du même zoo. Une étude menée sur des chats de Wuhan, ville d’origine du virus, montre aussi la présence sanguine du SARS-CoV-2 chez 15 d’entre eux, sur 102 testés.

D’autres études, dont la plus complète a été publiée le 8 avril dans Science, ont consisté à infecter expérimentalement des animaux domestiques avec le virus. Avec quelques nouveautés: le furet et le hamster s’avèrent les plus réceptifs au virus, ainsi que les jeunes chats. Les chiens le sont peu, tandis que les porcs et les volailles ne le sont pas du tout.

Dans un avis réactualisé lundi 20 avril, où elle retrace ces divers cas et études, l’Anses estime qu’«à la lumière des éléments scientifiques actuellement disponibles (phylogénie du SARS-CoV-2, épidémiologie du COVID-19, études in vitro, in vivo…) et malgré les cas sporadiques qui ont pu être décrits ainsi que les infections expérimentales ayant démontré la réceptivité de quelques espèces animales au virus, (…) il n'existe actuellement aucune preuve que les animaux domestiques jouent un rôle épidémiologique dans la diffusion du SARS-CoV-2».

Infection ou contamination passive?

Selon l’Anses, rien ne prouve, pour les quelques cas de chats et de chiens présentant des traces du virus, qu’il y a réellement eu infection: «la présence d’ARN  [le génome du coronavirus est constitué d’ARN, ndlr] détecté par RT-PCR n’est pas forcément associée à la présence de particules virales infectieuses ou à une infection productive et donc, ne permet pas de conclure, à elle seule, à une infection de l’animal: une contamination passive[ii] ne peut pas être exclue».

Par précaution, l’agence rappelle toutefois «la nécessité de préserver les animaux de compagnie d’un contact étroit avec les personnes malades et d’appliquer les mesures d’hygiène de base lors du contact avec un animal domestique en se lavant les mains avant et après l’avoir caressé, après le changement de sa litière, et d’appliquer les ‘gestes barrière’ dans toute situation».

Pas de cas dans les zoos français

Quant aux félins du zoo du Bronx, dont les difficultés respiratoires se sont rapidement améliorées, leur cas pose la question de la sécurité sanitaire des animaux de zoos. Contacté par le JDLE, Rodolphe Delord, président de l’Association française des parcs zoologiques (AFdPZ) et directeur du zoo de Beauval, indique qu’aucun cas n’a été détecté dans les zoos français à ce jour.

Au-delà des félins, les primates, en particulier les grands singes, pourraient constituer des espèces sensibles au virus, explique-t-il. Pour les grands singes, le port de masques et de gants, habituels chez les soigneurs lors de leur contact avec ces derniers, suffisent à minimiser les risques de transmission, indique Rodolphe Delord.

Des prélèvements chez les animaux exposés

Contacté par le JDLE, Alexis Lécu, vice-président de l’Association française des vétérinaires de parcs zoologiques (AFVPZ), indique avoir mis en place des prélèvements sur les animaux du Parc zoologique de Paris (dont il est le directeur scientifique) ayant été en contact avec des soigneurs ayant contracté la maladie. Bien que confinés dès les premiers symptômes, ces derniers ont pu excréter le virus lors de la phase asymptomatique, et donc accidentellement contaminer les animaux.

Avec des échantillons provenant d’autres zoos français, ces prélèvements seront envoyés à l’Institut Pasteur. Pour le Parc zoologique de Paris, Alexis Lécu évoque ainsi des félidés (jaguar, puma) et des primates parmi les animaux ayant été contact avec des soigneurs tombés malades -tous guéris depuis.

Si aucun cas n’est à ce jour avéré dans les zoos français, «il est possible que certains animaux soient infectés de façon très passagère, asymptomatiques ou peu symptomatique (par exemple, une diarrhée passagère sur un primate) sans avoir une toux durable comme le tigre du zoo du Bronx. Nous cherchons donc sur ce terrain d’abord», indique Alexis Lécu.

Le vétérinaire reconnait avoir accru ses précautions avec les félidés et les mustélidés, du fait de la spécificité du virus vis-à-vis de ces animaux: «désormais, quand j’intube un jaguar anesthésié et que je me trouve donc nez à nez avec lui, je porte un masque, ce que je ne faisais pas avant avec cette espèce», indique-t-il.

Autre axe de la collaboration mise en place avec l’Institut Pasteur, les chauves-souris des zoos, «souvent des roussettes, frugivores, éloignées des rhinolophes incriminées dans les coronaviroses», vont faire l’objet de prélèvements, indique Alexis Lécu. Objet de cette étude, mieux connaître les capacités immunologiques de ces mammifères, particulièrement résistants aux virus.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] La contamination passive «fait référence à la contamination par contact physique par laquelle l’animal peut être contaminé sur son pelage par une caresse avec des mains ‘sales’ et ensuite véhiculer le virus quelques heures sur son pelage à d’autres personnes qui le caressent», explique Gilles Salvat, directeur général délégué de l’Anses, interrogé par le JDLE.