Coton Bt et biodiversité: les Chinois ont raison

Le 18 juin 2012 par Geneviève De Lacour
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La Chine, premier producteur mondial de coton Bt
La Chine, premier producteur mondial de coton Bt

Retour sur une étude faisant couler beaucoup d’encre. Publiée la semaine passée, elle conclut que les cultures de coton Bt seraient favorables à la biodiversité. Mais que révèlent exactement ces résultats? Est-ce la culture de coton génétiquement modifié qui est favorable aux auxiliaires de culture ou plutôt la diminution des quantités de pesticides épandues qui favoriserait la recolonisation des champs par les coccinelles ou autres chrysopes? Décryptage par Denis Bourguet, chercheur à l’Inra.

Le JDLE l’évoquait vendredi dernier 15 juin (voir JDLE). Une étude sino-française publiée la semaine dernière dans la très sérieuse revue Nature met en évidence, pour la première fois, l’impact positif de la culture d’un coton GM, le coton Bt, sur la biodiversité. L’étude est d’une ampleur exceptionnelle, puisque les scientifiques chinois ont pu collecter des données entre 1990 et 2010, sur 36 sites répartis dans 6 provinces du nord de la Chine.

Quel crédit apporter à ces résultats? «Ce qui est beau dans cette étude, c’est l’ampleur du jeu de données», commente Denis Bourguet. Imaginez une armada d’entomologistes arpentant les champs de coton en recensant les populations d’insectes qui les peuplent, et cela pendant 20 ans. L’équipe chinoise est par ailleurs connue pour avoir publié récemment des résultats montrant la résurgence d’une punaise suite à l’adoption du coton Bt. Une équipe que le chercheur de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) de Montpellier considère donc comme «sérieuse», puisque ses résultats ne sont pas tous favorables au coton GM.

Et puis le réseau de surveillance des auxiliaires de culture des champs de coton a été développé en Chine à partir du début des années 1990, c’est-à-dire 4 ans avant la décision du gouvernement chinois de se lancer dans la culture de coton Bt. En deux-trois ans et donc à partir de 1997, l’Empire du milieu s’est presque totalement converti au coton Bt (95% des cultures de coton actuellement dans le nord du pays). L’étude en elle-même n’a donc pas été motivée par les cotonniers Bt. Enfin, les relations que montre cette étude vont toutes dans le même sens sur les 36 sites. La tendance est donc profonde.

Mais la corrélation faite entre le coton Bt et la diminution des quantités de pesticides semble moins robuste. Est-ce le lancement des cultures de coton GM qui conduit réellement à une diminution des quantités de pesticides épandues? Pour Denis Bourguet, la conclusion de l’étude reste avant tout que «la réduction des pesticides est favorable à la biodiversité».

L’argumentaire de vente avancé par les firmes qui commercialisent le coton Bt (Monsanto en l’occurrence), c’est de permettre la réduction des traitements phytosanitaires. Il est vrai que le coton Bt favorise une protection contre la noctuelle (Helicoverpa armigera) jusqu’à 99,9%, alors que les insecticides n’atteignent qu’un taux de 50 à 60% de protection contre le ravageur. De plus, le coton Bt ne cible qu’un seul ravageur, la noctuelle, et permet donc de protéger les autres insectes des épandages d’insecticide. Le problème, c’est que la protection ne dure qu’un temps car les premiers cas de résistance apparaissent seulement quelques années après le début des traitements - ou en l'occurence après la mise en place des cultures Bt. Et plus la conversion des cultures conventionnelles en cultures Bt est importante et plus les phénomènes de résistance apparaissent rapidement.

Certains pays comme l’Australie ou les Etats-Unis ont donc développé des plans de gestion qui permettent de conserver un pourcentage plus ou moins important de cultures conventionnelles - ces zones sont appelées zones refuge. Ainsi, aux Etats-Unis, 20% des champs sont obligatoirement cultivées avec des variétés conventionnelles. Bien loin de là, le gouvernement australien a décidé, dans un premier temps, de limiter à 30% les surfaces de champs de coton Bt. Le principe de ces plans de gestion sont de retarder l’apparition des premières formes de résistance, les ravageurs sensibles aux toxines produites par les cultures Bt pouvant se développer dans les zones refuges sur les cultures conventionnelles qui ne produisent pas ces toxines. Avec des ravageurs qui ne se sont pas adaptés aux cultures Bt, on limite alors la vitesse de sélection des gènes conférant cette résistance, ce qui permet de préserver l'efficacité des cultures Bt contre les ravageurs cibles.

En Chine, tout comme en Inde où les cultures de coton Bt sont ultra majoritaires et où aucune zone refuge n’a été mise en place, les premières résistances ont déjà été constatées. Les Etats-Unis semblent pour l’instant protégés. «Ces plans de gestion permettront peut-être de reculer de 20 à 30 ans les problèmes de résistance», explique le scientifique de l’Inra.

Autre observation intéressante, mais elle n’a été réalisée que sur un seul des 36 sites, les chercheurs ont constaté que les auxiliaires recolonisant les champs de coton Bt, colonisent également les cultures voisines non transgéniques (maïs, arachide et soja). Les cultures de coton Bt bénéficieraient donc également à d’autres cultures. Mais le résultat reste à confirmer.

Dernière conclusion: la grande capacité de résilience des milieux soulignée par ces résultats. Les auxiliaires recolonisent rapidement les champs dès l’arrêt des épandages d’insecticide, pour retrouver très rapidement des quantités importantes de coccinelles, d’araignées et de chrysopes. Etonnamment, le milieu retrouve donc son équilibre assez rapidement.

 

 

 

 

 



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