Cosmétiques: interdiction des tests sur les animaux... sauf exceptions

Le 12 mars 2013 par Marine Jobert
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Des millions d'animaux étaient utilisés pour tester les cosmétiques. Ils le seront encore, en dépit de l'entrée en vigueur de cette nouvelle législation.
Des millions d'animaux étaient utilisés pour tester les cosmétiques. Ils le seront encore, en dépit de l'entrée en vigueur de cette nouvelle législation.
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«C'est un beau jour pour les animaux, pour les consommateurs, pour la science ainsi que pour l'industrie de la beauté.» Alors qu’entre en vigueur la dernière étape de l'interdiction totale de l'expérimentation animale pour les produits cosmétiques commercialisés en Europe, l'ONG de défense des animaux Peta s’est peut-être un peu trop vite enthousiasmée. Dans un communiqué, la Commission européenne admet en effet que «la recherche de méthodes de substitution à l’expérimentation animale se poursuivra, car le remplacement total des essais sur les animaux par d’autres méthodes n’est pas encore possible». De quoi doucher quelque peu l’enthousiasme des défenseurs du bien-être animal, même s’il est acté que les cosmétiques ayant fait l'objet de tests sur les animaux ne pourront plus être mis sur le marché dans l'Union.

 

Depuis 2004, il est interdit de recourir à l’expérimentation animale pour les produits cosmétiques finis (c’est-à-dire tels que vendus aux consommateurs). Une interdiction étendue en 2009 aux ingrédients eux-mêmes. Mais les tests sur animaux restaient autorisés pour évaluer la toxicité des doses répétées, la reprotoxicité et la toxicocinétique[1]. C’en est donc fini depuis cette semaine, que les produits cosmétiques soient produits à l’intérieur de l’Union européenne ou qu’ils y soient importés. Sauf que cette interdiction se heurte au règlement Reach (Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques). «En général, les ingrédients utilisés dans les produits cosmétiques sont également soumis aux dispositions horizontales du règlement Reach et il se peut qu’il soit nécessaire d’avoir recours à l’expérimentation animale pour compléter les dossiers s’il n’existe aucune autre solution», indique la Commission européenne dans une communication, aujourd’hui disparue de son site, et que Le Journal de l’environnement a pu consulter. Et qui décidera s’il est nécessaire ou pas de tester ces produits, ‹concernés par Reach, sur des animaux? «Il revient aux Etats membres d’apprécier et de décider si l’expérimentation animale effectuée au titre d’autres législations doit être considérée comme relevant de l’interdiction de mise sur le marché de 2013.» Prudentes, des associations spécialisées dans le bien-être animal comme L-214 estime qu’«en attendant que la Commission européenne clarifie la situation (…), [il vaut mieux] continuer de se fier aux labels mis en place par les associations de protection animale[2]».

 

Quoi qu’il en soit, cette réglementation n’a pas l’heur d’enchanter l’industrie des cosmétiques. La Commission européenne le sait, qui précise qu’«étant donné que la non-disponibilité de méthodes d’essai substitutives pourrait avoir une incidence sur l’innovation et la compétitivité du secteur des ingrédients et produits cosmétiques, [elle] suivra de près l’évolution de la situation au cours des prochaines années». La Fédération des entreprises de la beauté (qui rassemble les secteurs de la parfumerie, des cosmétiques, des produits d'hygiène, de toilette et de produits capillaires) estime que «la décision (…) entre en vigueur alors que la science n'a pas encore permis de mettre au point toutes les méthodes alternatives pouvant répondre aux critères qui gouvernent l'évaluation de la sécurité des produits cosmétiques», et crée «un réel frein à la capacité d'innovation de l'industrie cosmétique européenne sans, pour autant, apporter de réelle amélioration à la condition animale en général». La Commission rappelle qu’elle a affecté près de 238 millions d’€ entre 2007 et 2011 pour trouver des méthodes de substitution.

 

L’ONG américain EWG a recensé près de 80.000 produits de beauté commercialisés aux Etats-Unis, sur lesquels elle invite les consommateurs à se renseigner via une base de données.



[1] Les modèles toxicocinétiques décrivent le devenir des substances toxiques dans un organisme vivant au cours du temps.

[2] http://www.gocrueltyfree.org/search?country=140, http://label.one-voice.fr/ ou http://www.gaia.be/fr/bibliotheque-gaia/cosmetiques

 

 



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