Cosmétique: un perturbateur endocrinien dans les eaux usées
Le 25 janvier 2006 par Claire Avignon
Plusieurs laboratoires suisses s'intéressent depuis quelques années à l'impact sanitaire et environnemental de substances utilisées dans la cosmétique. Leurs résultats ont déjà poussé le Danemark à freiner leur utilisation.
Selon une étude suisse, un type de filtre ultra-violets, utilisé dans la cosmétique et suspecté d'être un perturbateur endocrinien, a été retrouvé dans des poissons de différentes rivières suisses. L'article scientifique est paru dans le numéro de janvier 2006 de la revue Environmental science and technology. Les chercheurs helvétiques mettent en cause les usines de traitement des eaux usées. En effet, l'étude a porté sur une espèce de truite (salmo trutta fario) pêchée dans 7 cours d'eau suisses, dans des zones situées à moins d'un kilomètre des stations d'épuration des eaux usées. Les échantillons de tissus des 19 poissons montrent la présence de 4-MBC (4-méthylbenzylidène) et d'OC (octocrylène), des filtres UV présents dans les crèmes solaires, les crèmes de beauté, les sticks pour les lèvres, les shampoings etc. Ces molécules seraient transférées de la peau à la station d'épuration des eaux usées par le nettoyage (douche, lavage de mains etc.). Une autre source pourrait être les selles, les molécules provenant entre autres de la consommation de poissons.
Une recherche précédente de l'équipe suisse avait mis en avant la présence de ces filtres UV dans les poissons de lacs (Coregonus sp. et Rutilus rutilus), mais à des concentrations beaucoup plus faibles. «Cela suggère une plus grande disponibilité de ces composants pour les poissons de rivière que pour ceux des lacs et cela identifie les stations d'épuration des eaux usées comme une source majeure de filtres UC dans l'environnement aquatique», estiment les scientifiques.
A noter que l'article ne permet pas de conclure à un risque environnemental ou sanitaire. Les chercheurs s'accordent pour dire que les filtres UV sont peu biodégradables et peuvent s'accumuler dans les organismes vivants. Mais pour le moment, une étude d'un autre laboratoire suisse (1) a seulement lié activité oestrogénique et présence du 4-MBC chez les rats. La perturbation du système hormonale n'a donc encore été confirmée ni pour les poissons, ni pour l'homme. Malgré l'absence de consensus, en 2001, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) danoise a recommandé aux enfants de moins de 12 ans de ne pas utiliser de lait solaire contenant du 4-MBC. A l'époque, cette recommandation a été critiquée, car elle pourrait entraîner une méfiance des consommateurs vis-à-vis des crèmes solaires, un instrument important de lutte contre les cancers de la peau.
(1) Etude publiée dans le numéro de mars 2001 de la revue Environmental health perspectives. Voir lien dans "Pour aller plus loin".
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