Corse: l’étude italienne mise en doute par l’IRSN

Le 25 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Image extraite de la simulation du déplacement du nuage de Tchernobyl par l'IRSN
Image extraite de la simulation du déplacement du nuage de Tchernobyl par l'IRSN

Le feuilleton des conséquences sanitaires du passage du nuage de Tchernobyl au dessus de la Corse s’enrichit d’un nouvel épisode. Mercredi 24 juillet, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a rendu publique son analyse technique de l’étude épidémiologique «rétroactive», publiée le 5 juillet par la collectivité territoriale de Corse.

Lancée en 2012, cette volumineuse étude (le rapport pèse ses 500 pages!), menée par l’équipe de Paolo Cremonesi, chef des urgences des hôpitaux Galliera de Gênes, conclut à un «sur-risque de pathologies thyroïdiennes spécifique en fonction des pathologies et du sexe associé à l’exposition au nuage de Tchernobyl».

Une conclusion que ne partagent pas les spécialistes du laboratoire d’épidémiologie de l’IRSN.

Dans leur note, les scientifiques français rappellent que le rapport transalpin compile, en fait, trois travaux distincts: la relation entre les variations de prévalence de maladies thyroïdiennes en Europe et le niveau d’exposition aux retombées de Tchernobyl; l’évolution de l’incidence de ces maladies en Corse; et l’incidence de diverses pathologies rares chez les jeunes Corses. Or, pour des raisons diverses, ces trois études (ou leur interprétation) sont biaisées.

S’appuyant sur une base de données européenne sur la morbidité hospitalière, gérée par l’OMS et les données sur les niveaux de contamination ou de dose à la thyroïde provenant du comité scientifique de l’ONU sur les effets des radiations atomiques (Unscear) et l’Agence de l’énergie nucléaire de l’OCDE (AEN), la première estime que l’exposition au nuage de Tchernobyl explique entre 40 et 80% de l’excès de prévalence de thyroïdites chez les femmes européennes, et entre 53 et 91% chez les hommes.

«Le problème, souligne Dominique Laurier, c’est que toutes les données hospitalières ne sont pas collectées de façon homogène, en Europe. Selon les pays, ces statistiques sont de qualité différente et ne portent pas sur les mêmes périodes.» Difficile, donc, d’interpréter une synthèse faite de choux et de carottes.

Autre biais relevé par le chef du laboratoire d'épidémiologie des rayonnements ionisants (Lepid) de l'IRSN: la non-prise en compte des facteurs comportementaux à l’origine de certaines pathologies thyroïdiennes. «On sait que l’obésité, le nombre d’enfants chez les femmes ou certains facteurs comportementaux ou familiaux peuvent être à l’origine de ces pathologies.» Bref, même si certaines maladies thyroïdiennes sont à la hausse, tout n’est pas le fait des conséquences radiologiques de l’accident du 26 avril 1986. Que ce soit sur le continent ou en Corse.

La seconde étude se veut être une étude épidémiologique… un peu exotique. Plutôt que d’étudier deux cohortes (il faut, pour ce faire, deux échantillons de population de taille comparable, bien connus et suivis sur une longue période), les scientifiques italiens ont étudié les dossiers médicaux d’un endocrinologue, basé en Corse, et ceux de volontaires, dont 75% n’étaient pas clients de ce médecin.

Or les deux « cohortes » sont très différentes, tant en taille (4.221 personnes pour l’une, 783 pour l’autre), qu’en structure des âges, en critères de sélection et en leur représentativité de la population corse. De plus, les chercheurs génois ont eu tendance à «mélanger» les pathologies thyroïdiennes et à imputer à Tchernobyl des maladies qui ne sont pas radio-induites, telles l’hypothyroïdie post-chirurgie ou le cancer médullaire de la thyroïde.

La dernière étude ne porte que sur des enfants corses. Elle s’appuie sur une «comparaison» entre une population réputée «non exposée» et les dossiers des patients du même endocrinologue corse. «Là encore, indique Dominique Laurier, on ne peut appeler ce travail une étude de cohorte.» Outre les critères de recrutement différents, les deux populations auraient dû faire l’objet d’un suivi sur la période de 19 ans étudiée (1989-2008). Ce qui n’a pas été le cas. Cela suppose aussi que les 4.800 enfants soient restés en Corse durant ces deux décennies. Ce que personne ne peut affirmer.

Last but not least, aucune des deux études spécifiquement corses ne peut estimer la contamination des patients ayant contracté une maladie radio-induite.

 

 



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