Corridors écologiques: des bénéfices solides et durables

Le 27 septembre 2019 par Romain Loury
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L'asclépiade tubéreuse, plante des savanes de  pins des marais
L'asclépiade tubéreuse, plante des savanes de pins des marais
Ellen Damschen

Rétablir des connexions au sein d’un écosystème fragmenté permet non seulement d’y freiner la disparition des espèces, mais aussi de favoriser sa recolonisation par celles qui l’avaient déserté. Avec des résultats encore meilleurs que ceux espérés, révèle une étude publiée vendredi 27 septembre dans Science.

Considérée comme l’un des ‘quatre grands maux’ affectant la biodiversité -avec la surexploitation des milieux naturels, les espèces invasives et les extinctions en chaîne-, la fragmentation de l’habitat touche de nombreux milieux: 70% de la forêt mondiale se situe à moins de 1 km d’une lisière.

Cette fragmentation isole des sous-populations d’une même espèce, qui s’appauvrissent génétiquement jusqu’à l’extinction locale. Pour répondre à ce fléau, les corridors écologiques sont un outil majeur afin de reconnecter ces fragments de milieu naturel, et de favoriser la reconnexion des sous-populations. En France, ils sont mis en œuvre dans le cadre de la Trame verte et bleue.

Une analyse sur deux décennies

S’ils sont indubitables, les bienfaits de ces corridors sur la biodiversité reposent en grande partie sur des éléments de théorie écologique, confortés par de rares études menées sur de courts délais, de l’ordre de quelques années. Or leur intérêt ne peut être confirmé que sur de longues périodes, la répartition des espèces ne se rééquilibrant pas de manière instantanée.

Dans leur étude, Ellen Damschen, biologiste à l’université du Wisconsin à Madison, et ses collègues ont étudié un écosystème de l’est des Etats-Unis, les savanes de pins des marais en Caroline du Sud. Les chercheurs y ont étudié 10 terrains, chacun constitué de cinq carrés de savane d’environ un hectare, reliés ou non entre eux. Pendant 18 ans, ils ont analysé, dans chacun de ces carrés, la présence de 279 espèces végétales.

14% d’espèces en plus

Les résultats sont sans équivoque: la connexion à d’autres carrés diminue de 2% le taux d’extinction annuel, et accroît de 5% le taux de recolonisation. Au bout de 18 ans, les carrés connectés présentaient 14% plus d’espèces végétales que ceux demeurés isolés, soit 200 espèces contre 176.

De plus, ces bénéfices sont constants dans le temps, sans jamais atteindre de plateau. Autant d’effets qu’il est difficile de percevoir sur des études ne durant qu’un à cinq ans, relèvent les chercheurs, selon qui l’effet des corridors écologiques a probablement été sous-estimé par les études menées à ce jour.

«Les efforts pour accroître la connectivité seront payants sur le long terme. Les plans de conservation qui négligent la connectivité, tels que ceux qui se concentrent uniquement sur la surface de l’habitat, ne permettront pas d’obtenir des gains aussi importants et persistants», conclut l’équipe.