Coronavirus : les épandages agricoles dans le collimateur

Le 09 avril 2020 par Victor Miget
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Le secteur agricole rejette beaucoup d'ammoniac ce qui pourrait aggraver les effets de la Covid-19.
Le secteur agricole rejette beaucoup d'ammoniac ce qui pourrait aggraver les effets de la Covid-19.
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L’association Respire demande le durcissement de la réglementation encadrant les épandages agricoles, sources d’émissions pouvant aggraver les infections au coronavirus. La décision sera rendue le 13 avril.

 

La baisse d’activité économique entraînée par la pandémie de Covid-19 a engendré une chute de la concentration de certains polluants dans l’air. En particulier, celle des oxydes d’azote (Nox). Mais il ne faut pas pour autant baisser la garde, rappelle l’association pour la qualité de l’air, Respire. L’ONG dernière a d’ailleurs déposé, le 7 avril, un référé-liberté[i] au Conseil d’Etat. Une action qui vise à attirer l’attention sur la relation entre pollution de l’air, coronavirus et épandages agricoles.

L’ammoniac en embuscade

Et pour cause, «il a été observé, au cours de la période écoulée, de très forts niveaux de pollution pour un autre type de polluant : les particules fines. Or, ces particules fines, lorsqu'elles ne viennent pas de la pollution industrielle ou / et automobiles, ont une autre source : les activités agricoles, en particulier les épandages», note le communiqué de l'association.

Respire espère que le Conseil d’Etat enjoindra au gouvernement d’étendre le champ d’application de l'arrêté du 7 avril 2016 qui  réglemente les épandages lors des épisodes de pics de pollution. L'association aimerait qu’il soit appliqué immédiatement et durant toute l’épidémie, même si les seuils de pollution ne sont pas dépassés.

Attendue dans les 48 heures, la décision de la plus haute instance administrative ne sera finalement rendue que la semaine prochaine.  «La décision sera rendue lundi 13 avril et il n’y aura pas d’audience donc c’est un peu fort de café», s’insurge Corine Lepage, l’avocate de l’ONG. «D’autant qu’on ne demande rien d’extravagant.»

Il s’agit tout de même de réduire les émissions d’ammoniac (NH3) imputables à l’agriculture. Un sujet tout sauf anecdotique. Issu de la dégradation des engrais azotés et des épandages de lisiers, ce gaz est un précurseur de la formation de particules secondaires telles que le nitrate d’ammonium et le sulfate d’ammonium. Selon le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), le secteur agricole représentait, en 2017, «94% du total national des émissions d’ammoniac.» En résumé: plus d’ammoniac dans l’air, c’est plus de particules fines qui peuvent aggraver les effets de la Covid-19.

Air pollué = risque accru

Un principe établi par plusieurs études qui font le lien entre pollution de l’air et amplification des effets des virus respiratoires. Une étude chinoise datant de 2003 avance que les victimes du syndrome respiratoire aigu sévère (le Sras de la même famille que le SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19) qui vivaient dans des régions modérément polluées avaient 84% plus de risques de mourir que les patients de régions peu polluées.

Plus récemment, une étude italienne établit une corrélation entre concentration de particules PM10 dans l’air et nombre de cas de Covid-19. Des travaux en cours de publication par des chercheurs de l’université de Harvard enfoncent le clou. Selon ses conclusions, une augmentation de 1 µg/m3 de pollution (PM2.5) augmente de 15% la mortalité de la Covid-19.

La présidente de la FNSEA minimise. Interrogée le 8 avril par France Info sur la procédure engagée par Respire, Christiane Lambert attend que d’autres scientifiques se prononcent pour se prononcer.



[i] Un référé-liberté peut être utilisé en cas d'urgence si une décision administrative porte une atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale (dont le droit à la vie et à la santé).Normalement, un juge doit se prononcer dans les 48 heures.