Corinne Lepage veut faire battre le « cœur d’Europe »

Le 28 avril 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Corinne Lepage veut lancer une locomotive de l'Europe.
Corinne Lepage veut lancer une locomotive de l'Europe.
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L’ancienne ministre de l’environnement entend poursuivre son travail d’eurodéputée. À la tête de son mouvement Europe Citoyenne, elle milite pour une nouvelle gouvernance de l’Union et le lancement de la troisième révolution industrielle. Explications.

Installée dans son petit local de campagne, Corinne Lepage entame la dernière ligne droite de son marathon européen. Quatre années durant, l’ex-ministre de l’environnement s’est battue à Bruxelles et à Strasbourg pour ses idéaux européens. Et son bilan sera sans doute jalousé par bon nombre de ses collègues: rapporteure de 2 rapports (sur les propositions de directive sur la qualité de l’essence et les OGM), 10 rapports en tant que «rapporteur fictif»[1], 9 avis, dont 7 en tant que «rapporteur fictif», 13 résolutions, 4 déclarations écrites, 42 questions parlementaires et des amendements à 181 rapports. Membres des commissions ENVI[2] et ITRE[3], elle n’a pas chômé: «elles fournissent 40% du travail législatif du Parlement», souligne-t-elle.

Lobbies et porte-flingue

Au-delà de cet inventaire, l’une des grandes batailles menées par l’avocate fut la lutte contre le lobbying. «Ce qui m’a choquée en arrivant au Parlement européen a été de voir le poids des lobbies et le fait que des députés leur servent de porte-flingue», indique-t-elle. Avec d’autres eurodéputés (Michèle Rivasi, José Bové), elle ne cessera de dénoncer les dérives de cette défense d’intérêts privés (cadeaux, voyages d’études) et la mauvaise gestion de conflits d’intérêts par les institutions communautaires.

Pour avoir caché son appartenance au conseil d’administration d’un lobby industriel, Diana Banati, la patronne de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), avait dû démissionner, en 2012. Quelques semaines plus tard, les parlementaires refuseront de voter la confiance aux équipes dirigeantes de l’Efsa, l'agence européenne du médicament (EMA) et l'agence européenne de l'environnement (EEA).

Qualité de la décision

«Lutter contre les lobbies, reprend-elle, n’est pas seulement une question d’éthique, mais aussi de qualité de la décision prise. Parce qu’elles ont dépensé un milliard d’euros sur cette affaire, les entreprises de l’agro-alimentaire sont parvenues à empêcher  l’évolution de l’étiquetage des produits alimentaires.

«Eurocritique», Corinne Lepage ne baisse pas les bras. En quelques mois, elle a créé Europe Citoyenne, mouvement où l’on retrouve des représentants de la société civile bien connus des lecteurs du JDLE: Victor Ferreira (créateur du label Max Havelaard), la magistrate Marie-Odile Bertella-Geoffroy ou Marie-Jeanne Husset, ex-rédactrice en chef de 60 Millions de consommateurs.

Redonner une dynamique à l’Europe

A sa tête, la patronne de Cap 21 veut faire élire au Parlement européen «tous ces citoyens courageux qui sont dans le faire plutôt que dans le dire». Leur programme: des mesures simples et «à droit constant» susceptibles de redonner une certaine dynamique à l’Europe. «Pour lancer la troisième révolution industrielle, l’Europe doit s’endetter, via la BCE et le BEI, pour financer les grands travaux d’infrastructures dont l’Europe a besoin, précise-t-elle. Cela permettra de créer de l’emploi et de la richesse sans alourdir la dette des états.»

Plus de justice

Soucieuse de contrecarrer le pouvoir de grandes entreprises, la juriste veut aussi étendre le champ de la Cour européenne de justice. «On parle de plus en plus d’un parquet européen. Mais il faudrait aussi créer une véritable justice pénale européenne», indique-t-elle. N’oubliant pas qu’elle siège au sein du groupe des libéraux et démocrates, la cheffe de file d’Europe Citoyenne veut aussi abaisser à 500.000 le nombres de signatures nécessaires à la prise en compte d’une initiative citoyenne européenne (ICE)[4]: «Cela obligera le Parlement européen et la Commission à prendre en compte les demandes de la base de la société».

Mais l'essentiel du projet reste la création du «cœur» européen. «L’Europe à 28 ne peut plus rien décider. Pour dynamiser l’UE, il doit y avoir une locomotive. Elle est constituée par les Etats fondateurs de l’UE qui pourraient prendre ensemble toute une série d’initiatives en matière d’intégration sociale, environnementale, fiscale et pourquoi pas de défense commune. Ensuite, les autres pays suivront ou non, selon leur choix.»

 



[1] Député qui suit un dossier pour des groupes politiques autres que celui du rapporteur.

[2] Environnement, santé publique et sécurité alimentaire.

[3] Industrie, recherche et énergie

[4] Contre 1 million aujourd’hui.

 



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