Corinne Lepage: impression du Soleil levant

Le 23 septembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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A son initiative, la députée européenne française a passé quelques jours au Japon, au mois d'août, pour prendre la température d'un pays en crise. Son premier debriefing était réservé, ce vendredi matin 23 septembre, aux membres de l'association des journalistes de l'environnement (AJE).
 
De ce voyage de trois jours, l'ancienne ministre de l'environnement retient un singulier contraste: autant les autorités, les ONG japonaises, la représentation de l'Union européenne ont été disponibles, autant l'ambassade de France a fait montre d'une extrême discrétion. «Ils ont été très en dessous du minimum syndical», s'énerve encore l'avocate.
 
De ses rencontres, au pas de charge, avec deux membres du gouvernement nippon, Corinne Lepage tire un bilan mitigé. «Ils sont très fiers d'être parvenus à réduire considérablement leur consommation d'électricité durant l'été (de 28 à 40% selon les régions), mais leur capacité d'intervention reste minime. Je ne suis d'ailleurs pas sûre qu'à leur place nous ferions beaucoup mieux.»
 
Et alors que la reconstruction n'a pas commencé, l'unanimité ne semble pas régner dans les arcanes du pouvoir japonais. «L'ancien Premier ministre est favorable à une sortie du nucléaire, son successeur, plus proche des milieux d'affaires, entend redémarrer les réacteurs qui sont à l'arrêt.»
 
Une situation très inconfortable d'ailleurs. «Dans les immeubles, les ministères, il n'y a pas de lumière ni de climatisation, la moitié des ascenseurs fonctionnent. Dans les grandes avenues de Tokyo, tous les panneaux publicitaires lumineux sont éteints. Les industries se partagent la consommation d'électricité. Un jour, c'est le secteur de l'automobile qui s'arrête pour laisser la sidérurgie produire, etc.»
 
Les demandes sociales, elles, restent encore mal traitées. «Certes, rappelle la parlementaire, les autorités publiques reconnaissent que la catastrophe est en cours, que les cœurs des trois premiers réacteurs ont fondu et que les secousses sismiques, qui se produisent régulièrement, menacent la stabilité des piscines de refroidissement du combustible de Fukushima.»
 
Pour autant, les Japonais commencent à trouver le temps long. Aucune solution technique ne semble pouvoir mettre un terme à l'accident à court terme. Plus de 2,5 millions de personnes (dont 200.000 enfants et 20.000 femmes enceintes) vivent toujours dans des zones plus ou moins contaminées. «Et comme toujours, la sélection se fait par l'argent. Les riches s'en vont ou font au moins partir leurs enfants, les autres sont obligés de rester.»
 
Avec ce que cela suppose: l'inconfort de vivre dans une région sinistrée, la certitude de vivre dans un environnement contaminée et de manger des aliments radioactifs, la crainte que les enfants ne développent des cancers, etc.
 
«Pour ce qui concerne la nourriture, affirme Corinne Lepage, les autorités sont totalement dans le déni, mais pour une raison évidente. Si elles devaient reconnaître que les fruits, les légumes, la viande et le thé sont contaminés, elles devraient permettre l'évacuation des populations et indemniser les producteurs. Or, elles n'en n'ont pas les moyens organisationnels ni financiers.»
 
«Pas étonnant, résume-t-elle, que désormais 84% des Japonais soient anti-nucléaires.»


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