Copenhague, un pas de géant à accomplir

Le 07 décembre 2009 par Victor Roux-Goeken
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Bien que les annonces d'engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre se soient récemment multipliées de la part des Etats, les objectifs demeurent en deçà de ceux préconisés par le Giec. Etat des lieux, à l'occasion de l'ouverture aujourd'hui de la conférence de Copenhague.

A Copenhague, la communauté internationale aura à s'accorder sur une répartition d'objectifs de réduction des émissions de CO2 en 2020 afin de limiter le réchauffement planétaire à 2°C en 2100; trouver au moins 100 milliards d'euros par an pour aider les pays en développement à lutter contre le changement climatique, le tout en limitant la déforestation; définir une vision partagée en 2050 et organiser le transfert de technologies «propres» vers les pays en développement. Elle n'a plus qu'à.

L'alchimie est si subtile à trouver que les Etats, partis en ordre dispersé pour la bataille climatique, savent d'ores et déjà que le sommet ne sera qu'un jalon sur la route menant à un accord international; lequel doit succéder jusqu'en 2020 au protocole de Kyoto, qui lui «expire» en 2012. Un accord à Bonn en juin 2010? ou à Mexico, en décembre prochain ?

Le pas à franchir est immense. Mises bout à bout, les promesses de réduction d'émissions des pays les plus industrialisés, si elles sont tenues, ne totalisent qu'une baisse de 8 à 14% en 2020. Loin de la fourchette de 25 à 40% recommandée par le Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat (Giec) pour éviter la casse climatique.

Les Etats-Unis déçoivent: l'Obamania est bel et bien terminée. Toujours pas de législation fédérale pour réduire les émissions, censée débloquer les négociations sur le climat depuis la conférence de Bali, en décembre 2007. Un objectif pour 2020 de réduction d'émissions qui consiste à réduire de 3 à 4% les émissions par rapport aux niveaux de 1990. Et le même dogme depuis 9 ans: pas d'accord contraignant de type Kyoto, trop nuisible à l'économie, qui pourrait être rejeté par le Sénat à l'instar du protocole de Kyoto en 2001. Mais une petite avancée symbolique à signaler tout de même: le président Barack Obama viendra finalement dans la capitale danoise à la fin du sommet, avec tous les chefs d’Etat, et plus seulement mercredi 8 comme annoncé initialement. Ce qui peut au moins laisser présager une déclaration politique ambitieuse.

La Chine, pays des paradoxes, surprend. Des projets de centrales à charbon plein la tête, il est le premier producteur et consommateur au monde d'énergies renouvelables. Un habitant de ce pays, le plus gros émetteur de CO2 de la planète, en émet près de 5 fois moins qu'un Américain. Sans oublier que plus de 30% de ses émissions sont liées à la production de biens destinés à être exportés en Occident. Si son 12e plan quinquennal (2011-2015) fait la part belle à l'efficacité énergétique, et que son intensité carbone devrait être réduite de 40 à 45% en 2020 par rapport à 2005, cela correspond à une hausse de 150% de ses émissions…

De son côté, la Russie a annoncé en novembre son intention de réduire ses émissions de 22 à 25% en 2020 par rapport à 1990. Un objectif qui correspond à une hausse, puisque du fait de son effondrement économique, le pays a déjà vu ses émissions de CO2 chuter de 34,2% en 2006 par rapport à 1990.

Seuls pays à avoir annoncé des objectifs ambitieux, selon le site Internet «Climate action tracker», mis au point par la société de conseils allemande Ecofys et l’ONG Climate Analytics: le Brésil (-23% en 2020 par rapport à 2005), la Norvège (-40% en 2020 par rapport à 1990) et le Japon (-25% en 2020 par rapport à 1990).

Quant à l'Union européenne, elle est incontestablement leader dans la lutte contre le changement climatique grâce à son paquet Energie climat adopté dans la douleur en décembre 2008, même si sa position est en retrait par rapport à l'époque des négociations préalables au protocole de Kyoto. Son objectif de -20% d'émissions en 2020 n'est pas dans les clous recommandés par le Giec. Et les -10,7% d'émissions qu'elle a enregistrés en 2007 par rapport à 1990 sont principalement dus à l'effondrement économique des pays du bloc soviétique.

L'UE aura aussi beau jeu de prétendre aller jusqu'à -30% en cas d'accord ambitieux à Copenhague: il lui suffit, de manière caricaturale, de fermer des hauts fourneaux pour réduire les émissions. Si le vieux continent n’a pas encore chiffré la manière dont elle atteindrait ces 10% supplémentaires, il sait déjà qu’une bonne partie de cet objectif sera atteinte par des compensations hors de son territoire.

A Copenhague, la communauté internationale pourrait d'ailleurs commencer à mettre un terme à la malhonnêteté que constitue l'exclusion du protocole de Kyoto des émissions du commerce international, qui facilite les «fuites de carbone». Un argument certes justifiable -certains secteurs sont réellement à risque- mais aussi commode pour ne pas mettre en place de réglementation encore plus contraignante pour limiter les émissions.

Laquelle est nécessaire, si la communauté internationale croit réellement à son objectif de réduction de moitié de ses émissions de GES en 2050, clamé plusieurs fois par le G8, le G20 et le Forum des économies majeures.


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