Copenhague s’achève sur un accord politique non contraignant

Le 21 décembre 2009 par Victor Roux-Goeken
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Copenhague_ok
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Un simple accord politique à minima, conclu par une trentaine de chefs d’Etat. La conférence de Copenhague qui s’est achevée samedi matin a accouché d’une souris. Les Etats ont jusqu’au 31 janvier prochain pour officialiser leurs engagements de réduction d’émissions. La conclusion d’un accord destiné à succéder au protocole de Kyoto est reportée sine die.

Des années de négociations et deux semaines d’effort n’auront servi à rien, ou presque. La conférence de Copenhague a accouché d’une souris: un accord politique non contraignant a minima, négocié et signé par une trentaine de chefs d’Etat. Le pire scénario possible (1).

Il ne fallait pas s’attendre à un accord parfait qui n’aurait plus eu qu’à être ratifié par les Parlements nationaux. Mais rien dans cet accord ne laisse présager qu’il pourra s’étoffer par la suite. Similaire à l’une des innombrables déclarations politiques achevant sommets du G8, G20 ou autre Forum des économies majeures, l’«accord de Copenhague» du 18 décembre tient en trois pages. Les parties y «soulignent que le changement climatique est l’un des plus grands défis de notre temps» et reconnaissent «la vision scientifique que la hausse de la température mondiale devrait être inférieure à 2 degrés», grâce à des «réductions profondes dans les émissions mondiales». Elles omettent simplement de préciser comment et à quelle échéance elles entendent y parvenir.

L’annonce d’objectifs chiffrés de réduction pour 2020 est renvoyée au 31 janvier 2010 pour l’ensemble des pays de la communauté internationale (industrialisés, émergents et en développement). Difficile d’imaginer que ces objectifs chiffrés, déjà connus et annoncés au dernier moment pour certains, soient revus à la hausse. Ils ne permettront tout simplement pas de contenir la hausse de la température mondiale de 2°C en 2100, recommandée par les scientifiques pour limiter la casse climatique. L’objectif de réduction de moitié des émissions en 2050 [par rapport à 1990] n’est même pas retenu dans l’accord de Copenhague. Les engagements de réduction d’émissions actuels mèneront plutôt vers un réchauffement planétaire d’au moins 3°C, selon un document du secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc).

«Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé». Un an après les quelque 3.000 milliards de dollars mobilisés par les Etats pour sauver leurs banques de la crise financière, cette phrase du président vénézuélien Hugo Chavez a une certaine résonance. A côté, le fonds de financement «fast-start» de 30 milliards de dollars pour la période 2010-2012 ainsi que la mobilisation de 100 milliards d’euros par an d’ici 2020 pour les pays en développement font pâle figure.

A l’issue de Copenhague, chacun est dans son rôle. Les politiques (Barack Obama, Angela Merkel, Hu Jintao) jurent qu’ils ont conclu le meilleur accord possible. Les organisations environnementales, catastrophées, leur tirent dessus à boulet rouge.

Sur un plan symbolique, la non-conclusion d’un accord contraignant à Copenhague est traumatisante. Le compromis a minima adopté samedi entérine le chacun pour soi. Arrivés en ordre dispersé à Copenhague (2), les pays repartent plus divisés que jamais. Les objectifs de réduction d’émissions et les actions pour y parvenir seront pris individuellement par les pays. Les plus vulnérables, les moins riches, seront laissés de côté. Rien de nouveau. Critiquée comme à chaque fois que la communauté internationale échoue, l’Onu a bon dos, alors que l’échec de Copenhague est le seul fait des principaux pollueurs mondiaux, Etats-Unis en tête.

Bien qu’imparfait, le protocole de Kyoto est un exemple de bonne gouvernance internationale en matière d’environnement. Pourtant, il n’a pas été respecté par beaucoup de ses signataires, ni permis de contenir la hausse des émissions mondiales de gaz à effet de serre et encore moins de cesser le «business as usual». Aucun protocole ou accord n’y parviendra jamais tant que le modèle économique actuel, toujours plus dispendieux en énergie et toujours plus carboné, promu par les chefs d’Etat à qui nous confions nos destins, ne soit réellement remis en cause.

(1) Dans le JDLE «Le pire, l'intermédiaire et l'improbable: 3 scénarios d'accord à Copenhague»
(2) Dans le JDLE «Copenhague, un pas de géant à accomplir»




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