Copenhague recouvre aussi un enjeu de santé publique

Le 13 novembre 2009 par Sabine Casalonga
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Les impacts du réchauffement climatique sur la santé humaine sont trop souvent négligés, ont déploré des experts lors du colloque «Urgence santé-climat» organisé hier 12 novembre par l’Asef (1). En replaçant l’enjeu de santé publique au cœur des débats, ils espèrent contribuer à faire avancer les négociations sur Copenhague.

«La thématique de la santé ne se retrouve jamais dans les discours de préparation au sommet de Copenhague, souligne Sandrine Segovia-Kueny, présidente de l’Asef en Ile-de-France. Pourtant, 300.000 décès par an seraient d’ores et déjà imputables au réchauffement climatique, selon le dernier rapport de la Fondation humanitaire mondiale présidée par Kofi Annan.» Centrer le débat climatique sur l’homme permettrait de le faire avancer plus rapidement, estiment plusieurs intervenants au colloque. La suppression rapide depuis la fin des années 90 des gaz chlorofluorocarbures (CFC), pour limiter le «trou» de la couche d’ozone en aurait apporté une démonstration. La forte mobilisation politique serait en effet née de la prise de conscience des menaces pesant sur la santé publique [risques de cancers liés aux ultra-violets]. «La raison environnementale ne fonctionne pas seule. Elle doit être soutenue par une raison économique ou une raison de santé publique», confirme Jean-Louis Etienne, directeur de l’Institut océanographique de Monaco.

Les premiers impacts sur la santé du réchauffement découleront de l’augmentation des événements extrêmes comme les canicules, sècheresses, cyclones ou inondations. La canicule de l’été 2003 qui a causé 70.000 décès additionnels en Europe dont 15.000 en France pourrait marquer le début d’une longue série. De fait, selon les projections, le nombre de jours de canicule devrait augmenter dans les 50 ans à venir. «Selon le pire scénario du Giec (2), un été sur deux après 2070 sera similaire à celui de 2003», indique Serge Planton, directeur de recherche à Météo France. Les catastrophes naturelles ont également des impacts d’ordre psychologique. Une étude a ainsi révélé que la consommation de psychotropes avait augmenté de 20% dans la population locale suite aux inondations dans le Gard de 2002.

La multiplication des allergies dont l’asthme, liée à l’augmentation des pollens, est également une conséquence directe du réchauffement qui a allongé les périodes de floraison. Le nombre de personnes souffrant d’allergies -20% de la population- a déjà doublé depuis 20 ans. La hausse des températures associée à la pollution de l’air (ozone, particules fines) devrait également engendrer davantage de maladies respiratoires (asthme, rhino-sinusite, BPCO, infections respiratoires et cancers bronchiques), mais aussi cardiovasculaires. Les feux de forêts représentent un facteur de risque d’augmentation des particules dans l’air. «Des études ont montré, en période de canicule, un nombre plus élevé d’admissions à l’hôpital ainsi qu’un doublement du taux de mortalité par maladies respiratoires», avance Gérard Huchon de la Fédération française de pneumologie.

Concernant l’augmentation supposée des maladies infectieuses comme le paludisme, des incertitudes demeurent en raison d’un manque de connaissances. Cependant plusieurs faits semblent attester de la réalité de cette hypothèse. Le virus du Nil occidental est ainsi réapparu en Camargue en 2001 et 2003, tandis que le Chikungunya [qui a provoqué une épidémie sur l’île de la Réunion en 2005 et en Italie en 2007] est installé dans le Sud-est de la France. Jean-Louis Etienne souligne le lien entre santé et déclin de la biodiversité: «En détruisant les écosystèmes, on libère des virus. Les récentes apparitions de la fièvre Ebola en sont certainement une illustration». Les pathologies liées à la raréfaction et la pollution des ressources en eau et à l’alimentation pourraient également réapparaître. Pour Martin Guespereau, directeur de l’Afsset (3), les impacts du réchauffement sur la microbiologie pourraient avoir un rôle majeur.

Dernière touche à ce sombre tableau, le réchauffement climatique risque d’augmenter les inégalités sociales, en touchant en priorité les individus les plus vulnérables, que ce soient les populations des pays pauvres à l’échelle mondiale, ou bien les enfants, les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies chroniques ou les travailleurs du BTP, dans les pays riches.

Quelles solutions? «On peut agir dès maintenant en étudiant les maladies déjà présentes, souligne Martin Guespereau. La politique de santé publique peut être efficace devant ces phénomènes.» La France fait partie des 23 pays d’Europe qui ont prévu un plan national d’adaptation au changement climatique, mais peu de ces plans ont été mis en œuvre. La France le fera en 2011 (4). L’Union européenne a également publié un livre blanc sur ce thème en avril dernier. Au final, les experts prônent avant tout des actions de prévention, c'est-à-dire la baisse des émissions de GES grâce à un accord ambitieux à Copenhague, en suivant l’appel lancé par les professionnels de santé de plus de 120 pays, le 4 novembre à Barcelone, lors de l’ultime session de négociations onusiennes avant le sommet de décembre. Bettina Menne, représentante de l’OMS (5) Europe rappelle qu’«une baisse de 20% des émissions de GES d’ici 2020 pourrait permettre de faire gagner entre 4 et 7 mois de vie aux citoyens européens». Sans compter les gains économiques associés.

(1) L’Association santé environnement France regroupe plus de 2.500 médecins
(2) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
(3) Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail
(4) Dans le JDLE «Réchauffement: un coût de ‘centaines de millions d’euros par an’»
(5) Organisation mondiale de la santé



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