Copenhague: «l’implacable arithmétique climatique» est en marche

Le 26 septembre 2009 par Victor Roux-Goken
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Où en sont les négociations destinées à préparer l’après-Kyoto? A un peu moins de trois mois de la conférence de Copenhague, l’incertitude est totale.

Réunis en même temps que le sommet du G8 de L’Aquila (Italie) en juillet dernier (1), les 17 «pays» (Union européenne incluse) les plus émetteurs au monde avaient validé un objectif maximum de 2°C de réchauffement d’ici 2100, mettant ainsi en branle «une arithmétique implacable du climat», selon Emmanuel Guérin (2), coordinateur du programme Climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), au cours d’un point d’étape sur les négociations climatiques mercredi 23 septembre. Connu pour permettre d’éviter une cascade d’événements climatiques insupportables et très souvent rappelé, ce chiffre a été pour la première fois tacitement adopté par les Etats à ce moment-là en juillet, rappelle Emmanuel Guérin.

Il n’est pas sans conséquences, car se traduisant pour l’humanité «par un ‘budget carbone’ de 44 à 48 gigatonnes équivalent CO2 en 2020, 35 GteqCO2 en 2030, puis 20 GteqCO2 en 2050», selon lui. Or, si les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la Chine et de l’Inde continuent de croître comme aujourd’hui, elles égaleront à elles seules plus de 40 GteqCO2 en 2030, soit plus que le budget carbone disponible à cette date pour limiter la casse climatique.

Cette «nouvelle donnée» constitue l’un des points de blocage des négociations climatiques, d’après l’Iddri. Les pays émergents et en voie de développement réalisent désormais qu’ils devront aussi contribuer au «partage du fardeau», soit à leur part de réduction des émissions. Les pays riches doivent réduire leurs émissions de 80% en 2050 par rapport à 1990, et se situer dans la fourchette 25-40% en 2020. Ils en sont loin, l’OCDE ayant estimé la semaine dernière que leurs objectifs pour 2020 équivalaient à une réduction d’émissions comprise entre 8 et 14% (3). Les pays en développement, eux, devront réduire collectivement leurs émissions de moitié en 2050 par rapport à 1990.

Les pays industrialisés ne doivent pas pour autant se sentir dédouanés. Ils sont pour l’instant mal partis pour tenir leurs objectifs à l’horizon 2020. «L’objectif de -20% [d’émissions] de l’UE en 2020 ne la place pas du tout sur une trajectoire de réchauffement limité à 2 degrés, indique Michel Colombier, directeur scientifique à l’Iddri. Pour l’instant, ce sont les pays du Nord qui consomment à grande vitesse le budget carbone de tout le monde, ce qui est incohérent avec leurs objectifs affichés».

Surtout, l’Union européenne et les Etats-Unis misent sur trop sur la compensation de leurs émissions hors frontières, par l’achat de crédits carbone. «60% du volume de réduction cumulée des émissions attendu en 2020 dans le paquet énergie climat se fera par ce biais», a indiqué Sophie Galharret, de l’Iddri, qui doit bientôt publier une étude sur le sujet.

Les Etats-Unis, en attente de leur législation interne, qui passe par l’adoption de la loi Waxman-Markey dont l’examen est pour l’instant bloqué au Sénat américain (4), ne sont pas en reste. Aucun objectif chiffré n’a été posé sur la table de négociations, ce qui explique le discours très contenu de Barack Obama devant l’Assemblée générale de l’ONU, mercredi 23 septembre. Il est à comparer avec celui du président chinois Hu Jintao qui, même s’il n’a pas fait d’annonces chiffrés à l’Onu, a tenu un discours plus engagé que celui du président américain. «Ce dernier est obligé de se méfier de son Sénat», rappelle Emmanuel Guérin.

La Chine, dans le cadre de ses 11e et 12e plans quinquennaux (respectivement 2006-2010, 2011-2015), n’a pas à envier le paquet énergie-climat européen, assure Laurence Tubiana, directrice de l’Iddri.

Toutefois, les principaux points de blocage demeurent: quelles normes de mesures, de ‘reporting’ et de vérification (MRV), qui doivent permettre de constater les efforts de réduction des pays en voie de développement financés par les pays du Nord; quels transferts de technologie entre ces pays et ceux du Sud?

De ce point de vue, la proposition de Nicolas Sarkozy lors de l'Assemblée générale de l'ONU de créer une Organisation mondiale de l’environnement est «surprenante car elle ne répond à aucune demande de qui que ce soit, ni à un enjeu précis lié à Copenhague», analyse Emmanuel Guérin. Il en va de même pour la création d’une taxe carbone aux frontières, ressentie comme une sanction commerciale par la Chine et l’Inde.

La communauté internationale saura-t-elle rebondir avant Copenhague? Il n’est pas sûr que la réunion préliminaire à la conférence de Copenhague, qui a lieu à Bangkok (Thaïlande) du 28 septembre au 9 octobre, apporte le moindre indice quant à l’architecture du successeur du protocole de Kyoto.

(1) Dans le JDLE «Après-Kyoto: la série noire continue au G8 et au Forum des économies majeures»
(2) Dans le JDLE «Les Etats-Unis vont devenir pro-actifs»
(3) Dans le JDLE «Fuites de carbone: une ’très bonne excuse pour ne rien faire’»
(4) Dans le JDLE «Etats-Unis: paquet climat reporté, position climatique fragilisée»


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