COP22: un drôle de sommet climatique

Le 21 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Le secrétaire d'Etat US, John Kerry, a fait ses adieux internationaux à la COP22.
Le secrétaire d'Etat US, John Kerry, a fait ses adieux internationaux à la COP22.
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Du 7 au 18 novembre, Marrakech a accueilli la 22e conférence des parties à la convention-climat de l’ONU. L’occasion de forger les outils permettant l’application concrète de l’Accord de Paris. L’élection de Donald Trump a quelque peu chamboulé le programme des négociateurs. Premier bilan.

 

De nombreux observateurs craignaient une COP sans intérêt, technocratique. C’est tout le contraire qui s’est produit, ces 15 derniers jours à Marrakech. Jamais, depuis le début des négociations Climat (dans les années 1980), l’on avait vu d’ailleurs une conférence internationale bénéficier d’un tel alignement de planètes.

Alignement de planètes

Trois jours avant son ouverture, l’Accord de Paris entrait en vigueur. Après des décennies de refus, les secteurs aérien et des hydrofluorocarbures ont accepté de réguler enfin leurs émissions. Soumis à d’importantes pressions, les entreprises du transport maritime pourraient rapidement suivre.

Dans la même veine, les pays retardataires ont profité de la COP 22 pour annoncer leur ratification de l’Accord de Paris. Australie, Botswana, Burkina Faso, Djibouti, Finlande, Gambie, Italie, Japon, Malaisie, Pakistan et Royaume-Uni se sont finalement joints à la communauté internationale. Ils sont désormais 112 pays, à l’origine de plus de 77% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES), à avoir fait graver dans leur marbre juridique le texte adopté à l’issue de la COP 21.

Toujours l’urgence

Un tel engouement n’a rien d’aberrant. Car, malgré la stagnation des émissions observées par le Global Carbon Budget, la situation climatique reste critique. L’organisation météorologique mondiale et l’administration américaine de l’atmosphère et de l’océan (Noaa) l’ont d’ailleurs rappelé: 2016 est d’ores et déjà classée comme l’année la plus chaude depuis l’existence des relevés de températures.

Message bien reçu par plusieurs gouvernements. Pour montrer l’exemple, les 48 Etats membres du Climate Vulnerable Forum (réunissant les Etats les plus vulnérables à la montée du niveau de la mer) se sont engagés à ne plus consommer, dans les meilleurs délais, que des énergies renouvelables. L’Allemagne et les Etats-Unis ont, eux, publié leur stratégie pour décarboner leur économie à l’horizon 2050.

La tornade Trump

Bref, tout semblait réuni pour que la COP 22 soit une réussite. Jusqu’à ce 8 novembre qui annonça l’élection surprise de Donald Trump, négationniste du réchauffement. La nouvelle a plongé d’effroi délégués et experts. Plusieurs jours durant, les membres de la délégation officielle américaine se sont tus. Le silence s’est vite dissipé.

Dans les dernières heures du sommet, les 195 pays représentés publient un véritable appel au président-élu: «Nous, chefs d'Etat, de gouvernement, et délégations réunis à Marrakech (...) appelons à l'engagement politique maximal pour lutter contre le changement climatique, priorité urgente.» Les Etats «saluent l'accord de Paris, son entrée en vigueur rapide» et «affirment (leur) adhésion à son application pleine et entière».

La supplique des Etats

Soulignant que la «dynamique» engagée ces derniers mois «est irréversible», le texte rappelle aussi les engagements des pays les plus industrialisés: «Nous, pays développés, réaffirmons notre objectif consistant à mobiliser 100 milliards de dollars par an pour les pays en développement d'ici 2020.» Précédemment, 360 multinationales (dont beaucoup d’américaines) avaient appelé le successeur de Barack Obama à ne pas exclure leur pays (et leur marché) de la lutte contre le changement climatique.

Pas de réponse en provenance de la Tour Trump, à New York.

Qu’à cela ne tienne. Passant de la frayeur à la ferveur, les négociateurs ont repris leurs travaux. La principale décision (contenu, rythme de révision des politiques climatiques nationales -NDC-, modalité du contrôle des émissions nationales) a été de renvoyer à la COP 24 (celle de 2018) toute une série de décisions visant à la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris. 2018 est aussi l’année de la révision des NDC.

Peu de résultats

Mais rien en ce qui concerne les financements et surtout pas (encore) de certitudes quant au financement des 100 Md€ que les pays les plus riches devront verser annuellement aux pays les plus vulnérables. Il faudra aussi attendre pour voir rehaussée la part des financements dédiés à l’adaptation.

Pour le moment, ceux-ci ne représentent que 16% des fonds débloqués.

Créé en 2013 lors de la COP de Varsovie, le mécanisme des pertes et dommages s’achemine vers un enterrement de première classe. Les gouvernements qui avaient imaginé trouver-là un nouveau moyen de financer leur budget devront probablement se contenter d’un dispositif d’aide, de diffusion des meilleures pratiques, voire d’appui technique.

Seul résultat tangible: le lieu où sera organisé la COP 23. Ce sera à Bonn (qui en a déjà accueilli), mais sous présidence des îles Fidji. Une première.

 



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