COP 24: la réponse de la France

Le 07 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La France devra être neutre en carbone en 2050
La France devra être neutre en carbone en 2050
MTES

Au 5e jour de la COP 24, Paris a publié sa feuille de route Climat pour 2050. Objectif: neutralité carbone en 2050, sans recours aux crédits internationaux. Faute de moyens précis et de tarification du carbone incitative et de moyens financiers dédiés, le document peine à convaincre.

 

Attendue depuis des mois, rapidement présentée par le gouvernement le 27 novembre dernier, la stratégie nationale bas carbone (SNBC) est désormais en ligne. Du moins, son projet le plus abouti. Fruit de près de deux ans de réflexion et d’une concertation ayant permis l’expression de 13.000 avis, ce document dresse les grandes lignes de la politique climatique que devront mener les 7 prochains gouvernements.

Politique qui devra ne tolérer aucune baisse de régime, tant les objectifs sont ambitieux. Il s’agit d’atteindre la neutralité carbone, en 2050, sans recourir aux crédits carbone internationaux. En chiffre, c’est plus impressionnant. «L’atteinte de la neutralité carbone en 2050 constitue un véritable défi (réduire nos émissions d’un facteur 8).» Cela signifie que le rythme annuel de décarbonation du pays doit passer de 8,6 à 12,4 millions de tonnes équivalent CO2 (Mt éqCO2).

L’accélération devra d’ailleurs être plus brutale encore. Car, comme le JDLE vous le révélait cet été, les auteurs de la SNBC ont prévu que la France dépassera ses budget carbone jusqu’en 2023, au moins. Il est plus difficile que prévu de réduire les émissions imputables aux transports. Il est aujourd’hui impossible de rénover 700.000 logements par an, rythme pourtant exigé par la SNBC.

La philosophie du projet, maintenant. A l’exception d’un usage modéré de la valorisation énergétique de la biomasse avec stockage du carbone (BECCS), la SNBC se propose de n’utiliser que des technologies existantes ou sur le point d’émerger (Power to gas, par exemple). Elle ne s’interdit pas de recourir à de nouveaux outils fiscaux, telle la sempiternelle taxe carbone aux frontières. Elle promet d’accompagner les plus modestes.

Qu’on ne se leurre pas, tout le monde devra faire des efforts. A commencer par les acteurs du transport qui devront fortement limiter les consommations d’énergie, maîtriser la croissance de la demande, développer le report modal et améliorer l’efficacité énergétique des véhicules. A ce propos, la SNBC 2018 propose que les voitures neuves vendues en 2030 ne consomment pas plus de 4 litres/100. Dans la version 2015 de la SNBC, l’objectif de consommation des véhicules neufs était fixé à… 2 l/100.

Dès 2040, on ne pourra plus acheter que des voitures neuves électriques. Pour les camions, la transition sera plus lente que pour le véhicule des particuliers. En attendant, le tracteur ‘zéro émission’, la SNBC recommande le passage au gaz, à l’électricité ou aux agrocarburants. Avions et navires seront des consommateurs toujours plus avides de biocarburants. Un bon point: la part modale du vélo est appelée à quadrupler entre 2018 et 2030. Pas si mal.

Toujours sans prévoir la moindre contrainte, propriétaires de logements et de bureaux anciens devront fournir un sacré coup de collier. Entre 2030 et 2050, pas moins de 700.000 logements par an devront être remis aux normes thermiques. C’est 6 à 7 fois plus qu’aujourd’hui. Mieux isolés, ces logements devront être équipés de pompes à chaleur ou raccordés aux réseaux urbains. Il s ‘agit de bouter hors du foyer les chaudières à gaz et à fioul.

A l’origine de 21% des émissions françaises, l’agriculture est probablement le secteur qui devra (à son échelle) mener les transformations les plus importantes. Les cultivateurs devront développer les cultures de légumineuses, optimiser le cycle de l’azote, réduire la part de protéines dans les rations animales. La SNBC prévoit aussi le développement de l’agroforesterie, de l’agriculture biologique (la FNSEA sera ravie), le retour de l’élevage à l’herbe, la baisse du gaspillage alimentaire et la réduction de l’artificialisation des sols. Les couvertures des sols agricoles devront être maximisées, en accroissant de 84% les cultures intermédiaires (CI) pièges à nitrate et de 60% les CI à vocation énergétique. Plus douloureux, il faudra, entre 2015 et 2050, réduire d’un quart le nombre de vaches laitières, d’un tiers le nombre de bovins à viande et abattre de plus de 80% les surplus d’azote. Ce qui laisse augurer une forte réduction de l’usage d’engrais azotés et de l’épandage de lisiers.

Mine de bois d’œuvre (qui stocke le carbone et évite de trop consommer de béton), de bois de chauffe et puits de carbone naturel, la forêt est appelée à s’étendre un peu plus. Les auteurs de la stratégie imaginent que la récolte de bois passe de 44 à 75 millions de mètres cubes, entre 2015 et 2050. Sera-ce suffisant pour satisfaire tous les besoins? Pas sûr: les auteurs voient d’ailleurs se profiler «une tension certaine […] sur les ressources en biomasse».

Sans doute le secteur qui a réalisé les plus gros efforts ces dernières décennies, l’industrie sera encore mise à contribution. Son défi est simple: décarboner pratiquement toute sa production. Au menu: électrification massive des usages et efficacité énergétique dans les secteurs difficiles à électrifier (ciment, chimie). Des investissements en perspective. Mais une compétitivité maintenue vis-à-vis des concurrents étrangers grâce à l’introduction d’une taxe carbone aux frontières.

L’évolution annoncée de la production d’énergie consacre le triomphe de l’électricité. Sa consommation est appelée à croître d’un tiers en moins de 30 ans, au détriment de celle du gaz naturel qui devrait être divisée par deux au cours des trois décennies à venir.

Voilà pour les grandes masses. Pour le reste, on reste un peu sur sa faim. Les auteurs ne soufflent mot des moyens à mettre en œuvre (contraintes, incitations diverses, tarification du carbone) pour inciter (contraindre?) industriels, agriculteurs, consommateurs à changer de pratique. De même, s’ils reconnaissent que les investissements français actuels en faveur du bas carbone restent très insuffisants à l’aune des objectifs des prochains budgets carbone, aucune idée n’est avancée pour flécher l’investissement vers la transition énergétique. La composante carbone de la fiscalité de l’énergie est, certes, évoquée. Mais les Gilets jaunes lui ont probablement donné le coup de grâce en début de semaine.



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