COP 24: la présidence polonaise dans la tourmente

Le 13 décembre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Pas content, le secrétaire général de l'ONU.
Pas content, le secrétaire général de l'ONU.
UNFCCC

La clôture de la troisième COP organisée par la Pologne ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Les diplomates polonais sont critiqués de toute part.

Rude semaine pour António Guterres. Après avoir ouvert la COP, le 3 décembre, avant de rallier Marrakech pour coordonner la signature du Pacte mondial pour des migrations sûres, le secrétaire général des Nations unies est revenu à Katowice. Changement de latitude et changement de ton.

Le diplomate portugais n’a pas fait le déplacement pour sceller un nouvel accord climatique mais bien pour tancer la présidence polonaise de la COP 24. «Quand j’ai quitté Katowice, j’étais à la fois plein d’espoir et inquiet. De retour à Katowice, je vois que malgré les progrès accomplis dans la négociation sur les textes, beaucoup reste à faire», a-t-il tonné, en ce troisième anniversaire de l’Accord de Paris.

ne pas ignorer le Giec

Sans les nommer, le patron de l’ONU a critiqué Arabie saoudite, Koweït, Etats-Unis et Russie, à l’origine de la non-acceptation par un organe subsidiaire de la COP des conclusions du dernier rapport spécial du Giec[1]. Revenant sur ce rapport, António Guterres a convenu qu’il n’était pas porteur de bonnes nouvelles, «mais nous ne pouvons les ignorer».

La COP, a-t-il poursuivi, sera réussie si elle détermine le programme de mise en œuvre de l’Accord de Paris, progresse sur la question des financements et fournit de bonnes bases à la révision des politiques nationales (INDC).

Echec suicidaire

A propos des finances, António Guterres a rappelé que le principe pour les pays développés d’aider financièrement les plus démunis avait été acté, il y a un quart de siècle, dans la convention de l’ONU sur les changements climatiques. «Un échec ici enverra un message déplorable à ceux qui sont sur le point de basculer vers une économie décarbonée

Sujet épineux: les règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris devront reconnaître les différences de capacité entre pays riches et pauvres, a-t-il précisé.

Ne sous-estimant pas les difficultés techniques et politiques, António Guterres a souligné qu’un échec à Katowice serait «suicidaire».

une présidence incompétente?

En coulisse, la présidence polonaise est effectivement étrillée. Nombre de délégués reprochent aux diplomates varsoviens leur incompétence. Deux présidents de COP précédentes, Laurent Fabius (COP 21 de Paris) et Manuel Pulgar Vidal (COP 20 de Lima) ont d’ailleurs proposé leurs services de facilitateurs. Dans les couloirs du secrétariat de la Convention, on laisse entendre qu’il y aura toujours de bonnes plumes onusiennes pour rédiger les textes qui seront soumis à la conférence des parties.

Est-ce parce qu’il s’agit d’une idée mise en œuvre par la présidence fidjienne de la COP 23, le dialogue de Talanoa et les questions financières semblent délaissés. «La présidence polonaise est obnubilée par la rédaction du Rulebook et ne s’intéresse pas au reste», confirme Yamide Dagnet. Avec le risque d’affaiblir le résultat final. «Certains pays militent pour simplifier le processus de revue des politiques nationales. Or, si l’on fait l’impasse sur cette question, on aura du mal à les améliorer et donc à rehausser l’ambition climatique», poursuit la directrice de projets sur les négociations Climat du World Resources Institute (WRI).

 

Les projets de textes finaux sont attendus dans la soirée de jeudi. La clôture de la COP vendredi soir s'annonce d'ores et déjà compromise.



[1] Giec: Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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