COP 23: Bonn semaine 1

Le 13 novembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
La COP23 se tient jusqu'au 17 novembre à Bonn
La COP23 se tient jusqu'au 17 novembre à Bonn

Comme souvent, les experts sont divisés lorsqu’il s’agit d’évaluer le travail accompli durant la première semaine du sommet climatique annuel. Quelques jalons pour s’y retrouver dans la complexité des discussions.

 

Après avoir envoyé à Bonn l’une des plus petites délégations jamais envoyées par les Etats-Unis, Washington poursuit la provocation. Ce lundi 13 novembre, l’Amérique organise un événement dédié aux énergies décarbonées. Avec en vedettes le charbon ‘propre’ (forcément) et le nucléaire. Une véritable gifle expédiée aux ONG qui vouent aux gémonies charbon et nucléaire. Mais un sérieux appel du pied aux pays qui n’excluent toujours pas le charbon de leur bouquet énergétique, en Asie (Chine, Indonésie, Philippines, Vietnam), en Afrique (Afrique du Sud, Tanzanie, Kenya) et en Europe (Allemagne, Pologne, Ukraine). Certains observateurs de la COP annoncent même la conclusion de contrats de construction de centrales au charbon avant la fin de la quinzaine.

 

Négociations ou bavardage?

Mais là n’est pas l’essentiel. En ce 8e jour de la COP 23, un premier bilan des tractations s’impose. A commencer par celui de la présidence fidjienne. Sa méthode pour faire avancer les négociations est le ‘Talanoa’: une pratique traditionnelle des îles du Pacifique, nous rappelle l’ONU, faisant référence à un dialogue ouvert, participatif et transparent. «En fait, s’amuse une déléguée fidjienne, la bonne traduction du Talanoa, c’est plutôt le bavardage.» Une jacasserie pas toujours maîtrisée d’ailleurs. Dimanche 12 novembre, Frank Bainimarama, le premier ministre des Fidji, a tenu sa première conférence de presse… devant une salle quasiment vide de journalistes.

En coulisses, on s’inquiète de ce manque de réussite. Sur certains sujets, à commencer par la définition des actions que les pays les plus industrialisés devront mener avant 2020, les négociateurs fidjiens ont été d’un mutisme assourdissant, allant jusqu’à sous-traiter la conduite de certaines discussions aux diplomates marocains, leurs prédécesseurs.

 

Question insoluble

A leur corps défendant, la question semble insoluble. En 2012, lors du sommet Climat de Doha, les pays industrialisés s’étaient engagés, en signant un amendement au protocole de Kyoto, à atteindre des objectifs de réduction d’émission à l’horizon de 2020[1]. Pour avoir force de loi, ledit amendement doit être ratifié par 144 pays. Nous en sommes loin. Sans cette contrainte légale, les pays les plus riches ne se sentent pas tenus d’aller plus vite que ce que prévoient leurs engagements climatiques nationaux, les NDC.

 

Une balle dans le pied

«En voulant passer tout de suite à la rédaction des règles d’application de l’Accord de Paris sans tenir compte de leurs engagements passés, les Européens se sont tiré une balle dans le pied», traduit un négociateur d’un pays industrialisé. Avis partagé à Pékin. Evoquant les pays du Nord, Gu Zihua hausse le ton: «C’est vraiment une question de confiance, souligne le négociateur chinois. S’ils tournent le dos à leurs promesses, comment les pays en développement pourront-ils leur faire confiance lors des prochaines négociations?»

Leader non officiellement désigné du groupe des 77, la Chine n’est pourtant pas en mesure de se poser en donneuse de leçon climatique. La semaine passée, lors de la visite d’Etat du président Trump en Chine, la China Energy Investment Corp a conclu un accord prévoyant que la compagnie chinoise investisse plusieurs milliards de dollars dans l’exploitation du gaz de schiste de Virginie-Occidentale.

 

100 milliards de dollars

S’il ne manque pas d’argent, le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre n’hésite pas à rappeler à ses contradicteurs occidentaux leurs promesses financières. En 2009, lors de la COP de Copenhague, les pays développés s’étaient engagés à apporter 100 milliards de dollars par an pour financer l’adaptation des nations les plus vulnérables. «Les pays du Nord vont peut-être arriver à réunir cet argent, se félicite Camille André en charge du suivi des négociations pour le Géres[2]. Le problème, c’est que, faut de règles communes, personne ne le comptabilise de la même façon. Il faut donc définir une méthode unique de quantification.»

 

Méthode de comptage

Un exemple. Les Etats-Unis, après avoir annoncé qu’ils cessaient toute aide publique à l’adaptation et à l’atténuation de leurs partenaires étrangers, continuent ainsi de financer des projets. «Mais ils ne sont plus étiquetés Climat», souligne, un brin ironique, Damien Navizet de l’Agence française de développement (AFD).

Dans un chapitre plus positif, les discussions progressent sur les règles d’application de l’Accord de Paris. Lesquelles devront être adoptées l’an prochain lors de la COP de Katowice, en Pologne. «Le squelette du texte est en train d’être mis en place, indique un négociateur occidental. Mais le texte final ne sera adopté qu’à la COP de 2018.»

L’optimisme règne aussi concernant l’aide à l’adaptation. «C’est un sujet majeur pour les Fidji et personne ne souhaite lui mettre des bâtons dans les roues», indique ce spécialiste des COP. Cela étant, il faudra encore beaucoup de réunions, d’une grande technicité, pour transférer le fonds onusien d’adaptation du régime du protocole de Kyoto à celui de l’Accord de Paris.

 



[1] La France doit par exemple abattre de 20% ses émissions de gaz à effet de serre entre 2013 et 2020. Un objectif plus ambitieux que celui du paquet Energie Climat 2020 fixé par l’UE: - 23%.

[2] Géres: Groupe Energies renouvelables, Environnement et Solidarités

 

 



Sites du groupe
Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus