COP 22 semaine 1

Le 14 novembre 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Malgré l'élection de D.Trump, les débats organisés par la délégation US restent très suivis.
Malgré l'élection de D.Trump, les débats organisés par la délégation US restent très suivis.
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Durant sa première semaine, la COP 22 a rarement fait les gros titres de la presse. Le sommet climatique de Marrakech n’a pas fait le poids, dans les rédactions, devant le résultat de l’élection présidentielle. Pour autant, les événements ont été nombreux dans l’ancienne capitale impériale. A commencer par la poursuite des ratifications de l’Accord de Paris.

 

Après le ralliement de l’Australie (gros producteur de charbon) et du Japon (gros consommateur de charbon), ce sont désormais 109 pays -il en fallait 55, à l’origine de 55% des émissions- qui ont signé et ratifié le texte issu de la COP 21. Ensemble, ces signataires sont à l’origine de 76% des rejets anthropiques de gaz à effet de serre. Un retrait des Etats-Unis (15% des émissions mondiales) ne signerait donc pas l’arrêt de mort juridique de l’Accord, entré en vigueur le 4 novembre dernier.

Solitaire, l’Amérique de Trump

Aucun pays ne semble vouloir suivre Washington. Confirmant ses engagements précédents, la Chine a rappelé, via Gu Zihua, un des porte-parole de sa délégation, que «l'Accord de Paris reflète la volonté commune de beaucoup de pays». Un officiel saoudien tient des propos très semblables dans le Financial Times. Dans un entretien accordé à l’AFP, le secrétaire général de l’ONU ne manifeste aucune inquiétude vis-à-vis de Donald Trump: «Il a fait beaucoup de déclarations inquiétantes mais je suis sûr qu'il comprendra toute l'importance, la gravité et l'urgence» de ce dossier, estime Ban Ki-moon.

Les coalitions d’acteurs non étatiques prennent leurs marques. Trois exemples: le RE100, Under 2 Coalition et la Convention des maires. La première regroupe les multinationales qui promettent de consommer seulement de l’électricité produite par des énergies renouvelables, d’ici à 2020 ou 2025. Elles sont 83 à avoir signé, parmi lesquelles Ikea, Apple, BMW, Coca-Cola, Crédit Agricole, General Motors ou La Poste. De quoi doper la demande d’électrons verts de plus de 100 TWh/an: le quart de la consommation française annuelle! Lancée l’an dernier par la Californie et le Bade-Wurtemberg, la Coalition Under 2 (sous les 2°C) rassemble 165 collectivités, de 33 pays. Toutes s’engagent à abattre de 80% au moins leurs émissions d’ici à 2050. En contrepartie, elles souhaitent une nouvelle distribution des responsabilités et des flux financiers. Initiative de la Commission européenne, la Convention des maires regroupe plus de 7.100 villes des 6 continents. Ensemble, elles entendent réduire de plus de 11 Mdt leurs émissions de GES entre 2010 et 2030. Leurs habitants pourront alors se targuer d’un bilan carbone inférieur à 3 t par tête. Moitié moins que celui d’un Français.

Cela ne suffira pas à sauver la planète. Car, selon la dernière estimation de Climate Action Tracker (CAT), les politiques climatiques mises en œuvre feront flamber les températures: +3,6°C prévu pour 2100. En prenant en compte les engagements des contributions nationales (NDC), présentées avant la COP 21, on stabilise le réchauffement à 2,8°C. Sans renforcement des ambitions, soulignent les experts de CAT, nous émettrons 58 à 61 milliards de tonnes de gaz à effet de serre (Gt équCO2) par an en 2030. Pour limiter le réchauffement à 2°C, nos rejets ne devraient pas être supérieurs à 40 Gt équCO2/an, voire 32 Gt équCO2/an, si nous entendons limiter à 1,5°C la montée du mercure.

Accord sur le Klimaschutzplan

Vendredi 11 novembre, le gouvernement allemand s’est finalement mis d’accord. Au prix de quelques concessions, le ministre social-démocrate de l’industrie Sigmar Gabriel a levé son veto sur le Klimaschutzplan. Ce lundi, l’Allemagne sera le premier pays industrialisé à publier (à Marrakech) la feuille de route de sa décarbonation. D’ici 2050, la 4e puissance économique mondiale prévoit d’abattre de 80 à 95% ses émissions de CO2.

L’engagement allemand à 2030

Secteurs

Emissions 1990 (Mt équCO2/an)

Emissions 2014

(Mt équCO2/an)

Emissions 2030

(Mt équCO2/an)

Evolution
 1990/2030

Energie

466

358

175-183

-61 à 62%

Bâtiment

209

119

70-72

-66 à 67%

Transport

163

160

95-98

-40 à 42%

Industrie

283

181

140-143

-49 à 51%

Agriculture

88

72

58-61

-31 à 34%

Autres

39

12

5

-87%

total

1248

902

543-562

-55-56%

Ministère fédéral de l’environnement et de la sûreté nucléaire

La première semaine a aussi été l’occasion d’aborder des sujets délicats comme celui des impacts sanitaires des changements climatiques. Mercredi 9 novembre, Houcine El Ouardi, ministre de la santé du Maroc a rappelé que le royaume anticipait la montée des maladies à transmission vectorielle (paludisme, dengue, chikungunya). Yves Souteyrand, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a rappelé que les facteurs environnementaux liés au réchauffement étaient responsables de 12,5 millions de morts par an. Or, a déploré le ministre marocain, moins de 1,5% de l’aide internationale dédiée à l’adaptation est consacrée au financement de projets sanitaires.

Autre sujet (encore) peu monétisé: la forêt. Le gouvernement indonésien a annoncé, le 9 novembre, un programme de restauration de 2 millions d’hectares de tourbières (10% de la surface de tourbière). Il n’est pas trop tard. Souvent allumés par les exploitants de plantations de palmiers à huile), les feux de forêts dégradent la qualité de l’air de toute la région. Et alourdissent le bilan carbone national. En 2015, l’Indonésie a ainsi émis 1,6 Mdt CO2: le 4e rang mondial. Dirigée par Nazir Foead, un ancien dirigeant du WWF, la toute nouvelle agence de restauration des tourbières sera chargée de l’exécution de ce programme.  

Tout semble indiquer que 2016 sera l’année la plus chaude jamais observée depuis le début des relevés et que la température moyenne sera même supérieure au record établi en 2015. Selon les données provisoires dont dispose l’Organisation météorologique mondiale, la température moyenne en 2016 devrait être supérieure d’environ 1,2°C à ce qu’elle était à l’époque pré-industrielle.

Dans le cadre de son plan de paix, la Colombie va aussi protéger ses forêts tropicales. S’étendant sur 20% du territoire national, celles-ci constituent un puits de carbone que Bogota entend bien exploiter. De nouveaux droits seront donnés aux Indiens pour se protéger de la mainmise des bûcherons. Un engagement qui s’appuie sur une étude du WRI montrant que les forêts gérées par les populations locales absorbent plus de CO2 que les massifs plantés par les forestiers. A Marrakech, les dirigeants de l’Etat brésilien du Mato Grosso ont confirmé leur intention de stopper quasiment la déforestation à l’horizon de 2030, tout en accroissant sa production agricole.



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