COP 21: la santé cherche sa place

Le 05 décembre 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
+250.000 morts/an à partir de 2030
+250.000 morts/an à partir de 2030

Le réchauffement climatique est aussi, et peut-être même avant tout, une question de santé publique, selon plusieurs experts rassemblés lors du 4e sommet sur le climat et la santé, qui s’est tenu samedi 5 décembre en marge de la COP 21. Pourtant, le lien entre les deux thèmes, s’il est clairement avéré, demeure difficile à imposer.

C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui l’affirme: à partir de 2030, le réchauffement pourrait entraîner au moins 250.000 morts de plus par an dans le monde, du fait de canicules plus fréquentes, de maladies à transmission vectorielle (dont le paludisme) ou encore de malnutrition. Etroitement liée au réchauffement, la pollution de l’air tue chaque année 7 millions de personnes.

Dès lors, le défi sanitaire du réchauffement n’est pas mince. Il s’agit même, selon le coordinateur de la Global Climate and Health Alliance, Nick Watts, de «la plus grande menace sanitaire du XXIe siècle». Plusieurs études montrent qu’en termes financiers, les bénéfices sanitaires de l’atténuation pourraient être 10 fois plus élevés que les dépenses nécessaires à la transition énergétique.

Pourtant, force est d’admettre que la communauté médicale reste étonnamment à l’écart du sujet. François Houllier, PDG de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), l’a constaté lors de la préparation de la conférence «Notre avenir commun face au changement climatique», qui s’est tenue à Paris début juillet: sollicitant plusieurs acteurs de la communauté médicale à participer, il s’est aperçu que nombre d’entre eux ne savaient pas que la capitale allait accueillir la COP 21 quelques mois plus tard!

Les médecins s’y mettent

De manière timide, les choses commencent enfin à bouger, en partie grâce à la COP 21. Jeudi 4 décembre, l’influent Conseil national de l’ordre des médecins (Cnom) a ainsi organisé dans ses locaux parisiens, en partenariat avec l’ONG Health and Environment Alliance (HEAL), un colloque sur le sujet, et lui a même consacré son webzine de décembre.

Pour Patrick Bouet, président du Cnom, les médecins occupent «une place privilégiée et [ils ont] le devoir moral de protéger et de favoriser la santé de la population. Il est impératif de faire appel aux organisations médicales professionnelles pour exhorter les politiciens locaux à limiter les émissions dans nos villes».

Pour le président sortant de l’Association médicale mondiale (WMA), le Français Xavier Deau, «les médecins ont le devoir éthique de faire de la prévention, et ils doivent agir comme lanceurs d’alerte. Ils sont les premiers à observer les effets du changement climatique». Face à l’ampleur du risque sanitaire, Xavier Deau exhorte d’ailleurs les autorités à intégrer le sujet climatique dans la formation médicale.

Un système orienté vers le soin

Mais dans les faits, comment s’y prendre, alors que le système médical s’est avant tout construit sur la culture du soin, au détriment de la prévention? Certes, la plupart des médecins prodiguent désormais des conseils sur le tabagisme, la consommation d’alcool, le régime alimentaire ou l’inactivité physique. Mais comment demander à un patient de se mettre à l’abri du réchauffement climatique?

Pour Génon Jensen, directrice générale de HEAL, «le médecin peut avertir qu’il y aura beaucoup plus de maladies si on ne change pas notre comportement, mais également si le gouvernement ne change pas ses lois. Son rôle est d’affirmer ce lien, de montrer à la population que le fait de décarboner nos sociétés aura des effets très favorables sur la santé publique».

Ce type de communication peut se diffuser dès la salle d’attente, qui grâce à l’affichage constitue «un bon endroit pour éduquer les patients», ajoute Génon Jensen. Exemple: en 2009, HEAL a lancé, en association avec l’European Lung Foundation (ELF, émanation grand public de l’European Respiratory Society), une campagne vis-à-vis des médecins et de leurs patients au sujet de l’impact des changements climatiques sur les poumons.

Pour Fiona Armstrong, de l’association australienne Climate & Health Alliance, «nous devons montrer à la population que la santé est le sujet n°1 du changement climatique». Elle ne semble en tout cas pas l’être pour les négociateurs: remis samedi à Laurent Fabius, le projet d’accord ne compte que deux fois le terme «santé». Pour Diarmid Campbell-Lendrum, qui dirige le groupe Santé Climat de l’OMS, «cela ne devrait pas nous décourager: évidemment nous aurions aimé voir dans le projet plus de références à la santé, mais nous avons surtout besoin d’un traité fort».



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus