COP 21: la nouvelle méthode Fabius

Le 07 décembre 2015 par Stéphanie Senet et Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Laurent Fabius accélère le rythme.
Laurent Fabius accélère le rythme.
DR

Pour accélérer les négociations, la présidence française segmente les discussions. Objectif: obtenir un accord d’ici jeudi.

Le projet d’accord de Paris publié, reste à mener à bien les négociations qui permettront d’en tirer l’accord final. Le tout dans un délai extrêmement court. «Pour avoir le temps de faire les vérifications juridiques qui s’imposent et de réaliser les traductions dans les 6 langues de l’ONU, nous devons disposer du texte dans la journée de jeudi au plus tard», a indiqué, lundi 7 décembre, Laurent Fabius, président de la COP 21. Plus question d’ergoter sur des virgules.

La semaine de l’espoir

Cette «semaine de l’espoir», comme l’a baptisée le ministre français des affaires étrangères, débute donc sur les chapeaux de roue. Chapeaux en partie portés par des dizaines de ministres qui, ces deux prochains jours, vont tenter de déminer un texte encore truffé de sujets explosifs. «Si vous voulez savoir si la lutte contre le changement climatique est inscrit dans l’agenda politique, regardez le nombre de ministres qui sont là», a remarqué Christina Figueres, la directrice exécutive de la convention Climat.

Finance, différenciation, ambition et action précoce restent des sujets en quête de consensus. Pour huiler les rouages, la présidence française a mis en place une nouvelle méthode.

Quatre groupes ad hoc

Quatre groupes de travail thématiques ont été mis en œuvre, chacun dirigé par une paire de ministres: la mise en œuvre[1] (dont les co-facilitateurs sont des ministres gabonais et allemand), la différenciation[2] (ministres du Brésil et de Singapour), l’ambition[3] (Sainte-Lucie et Norvège), les actions 2016-2020 (Gambie-Royaume-Uni). Objectif: parvenir à dépasser les points de blocage. En parallèle, des diplomates français animeront des discussions sur des sujets transversaux, comme l’adaptation et le préambule de l’accord.

Chaque soir, les ministres co-facilitateurs devront rendre compte de l’avancée des débats qu’ils modèrent devant le comité de Paris, instance «ouverte à tous», créée en fin de semaine dernière, où devraient être forgés les nécessaires compromis.

Deux visions du monde

A commencer par la différenciation. Deux visions du monde s’affrontent. L’une, portée par la plupart des pays émergents et de nombreux pays en développement, soutient le partage géopolitique issu de la convention Climat de 1992 et de son protocole de Kyoto. Dit autrement: les pays les plus anciennement industrialisés sont responsables des désordres climatiques actuels et doivent donc en payer le prix.

Les Etats-Unis et l’Union européenne aimeraient que l’on tienne compte des conséquences du développement accéléré opéré par certains émergents. En clair, que la quarantaine de pays de l’annexe 1 du protocole de Kyoto (soumis à contrainte carbone) tiennent leurs promesses des 100 milliards de dollars (92,2 Md€) par an, dès 2020. «Et que d’autres pays qui le peuvent contribuent également comme ils le voudront», résume Todd Stern, patron des négociateurs américains. Etant entendu que cette participation des pays émergents ne serait pas incluse dans la partie contraignante de l’accord de Paris.

Mission impossible

La transparence n’est pas un sujet facile non plus. Les pays de l’annexe 1 réalisent des inventaires réguliers de leurs émissions, en respectant les méthodologies définies par le Giec[4]. Certains, comme les 28 de l’Union européenne, ajoutent à cela des inventaires spécifiques. A contrario, les pays en développement et émergents ne sont pas tenus de suivre la moindre méthodologie.

Sur le plan juridique, le statut des engagements nationaux n’est pas non plus réglé. L’option d’un registre coexiste avec l’idée d’une intégration automatique en cas de ratification de l’accord de Paris par les Etats parties.

La révision des engagements paraît mieux avancée, avec l’idée de les revoir tous les 5 ans à la hausse. «Il ne reste plus qu’un doute sur le point de départ, pour l’heure prévu en 2024», rappelle Pierre Cannet, du WWF. De plusieurs sources, l’objectif de stabiliser le réchauffement à 1,5°C d’ici la fin du siècle semble désormais tenir la corde. Objectif qui, scientifiquement, est d’ores et déjà totalement inatteignable.



[1] Intégrant les problématiques de financementsfinancement, de transfert de technologies et de renforcement des capacités.

[2] Comprenant les problématiques d’atténuation, de financement et de la transparence.

[3] Objectifs à long terme et révision périodique des politiques nationales.

[4] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus