COP 21: l’armée fournira un antidote contre les gaz de combat

Le 16 novembre 2015 par Romain Loury
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La COP21, du 30 novembre au 13 décembre
La COP21, du 30 novembre au 13 décembre
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Quelques heures après les attentats qui ont ensanglanté Paris vendredi 13 novembre, le ministère de la santé signait un arrêté autorisant l’utilisation d’un antidote militaire contre les neurotoxiques organophosphorés, en prévision de la COP 21. Une pure coïncidence, liée à un récent changement de statut du médicament, explique le service de santé des armées.

Le premier ministre Manuel Valls l’a confirmé lundi matin sur RTL: suite aux attentats de vendredi, qui ont tué 129 personnes à Paris, la COP 21 aura bien lieu, mais limitée à l’arène des négociations et avec une sécurité renforcée. «Nous sommes en train de regarder ça, mais tout ce qui était extérieur à la COP, toute une série de concerts, de manifestations plutôt festives, seront sans aucun doute annulés», a-t-il ajouté. Idem pour la grande marche du dimanche 29 novembre, dont «la question de l'organisation, d'une manière ou d'une autre, sera posée».

Avec environ 40.000 personnes accréditées et la venue de nombreux chefs d’Etat, la question de la sécurité sur le site de la COP 21 n’est évidemment pas nouvelle, mais fait l’objet d’une très grande discrétion des autorités. Comme annoncé début novembre, le ministère de l’intérieur a renforcé les contrôles aux frontières jusqu’au 13 décembre.

Un antidote contre le sarin

Passé relativement inaperçu, un arrêté publié au Journal officiel de dimanche, mais signé samedi par le directeur général de la santé (DGS) Benoît Vallet par délégation de la ministre de la santé Marisol Touraine, fait planer la possibilité d’un nouveau risque, celui d’une attaque aux neurotoxiques organophosphorés. Parmi eux, les gaz VX et VR, ainsi que le tabun, le soman, le cyclosarin et surtout le sarin, auquel la secte Aum avait recouru en mars 1995 dans le métro tokyoïte, tuant 12 personnes.

Le texte publié dimanche autorise l’utilisation de sulfate d’atropine sous forme injectable 40 mg/20 ml. «C’est un antidote à tous les organophosphorés, à tous les anticholinestérasiques», explique au JDLE Jérôme Langrand, du centre antipoison et de toxicovigilance de l’hôpital Fernand Widal (Paris). On l’utilise à raison de 2 mg la dose, répétée toutes les 5 minutes jusqu’à ce que les symptômes disparaissent, ajoute le médecin.

Dans son arrêté, le ministère de la santé explique que «le risque d'attentats terroristes et le risque d'exposition aux neurotoxiques organophosphorés constituent des menaces sanitaires graves qui appellent des mesures d'urgence». Or dans les conditions actuelles, «les contraintes de fabrication et d'étiquetage ne permettent pas sa mise à disposition dans des délais compatibles avec l'organisation de la COP21», ajoute-t-il. Quelques heures après les attentats, faut-il y voir une soudaine prise en compte d’un risque jusqu’alors écarté?

Pas du tout, explique le service de santé des armées: contacté par le JDLE, l’un de ses officiers indique que la publication de l’arrêté n’a aucun lien avec les attentats, et que sa publication était prévue avant cela. Publié dans le contexte de la prochaine COP 21, cet arrêté «est pris dans le cadre de la politique de défense de la France», ajoute-t-il.

Une formulation pour les combattants

En pratique médicale commune, le sulfate d’atropine existe en plusieurs formulations, à savoir 0,25, 0,5 et 1 mg/mL, notamment pour un usage en cardiologie (traitement des infarctus). De manière plus concentrée (40 mg/20ml, soit 2 mg/ml), il est utilisé comme antidote contre les neurotoxiques organophosphorés, et n’est fabriqué que par la pharmacie centrale des armées, sous l’égide de la direction des approvisionnements en produits de santé des armées (Dapsa), elle-même sous contrôle du service de santé des armées.

A ces doses, ce produit n’est donc pas disponible dans le secteur privé, «il fait partie des médicaments que nous fabriquons pour les combattants» en prévention d’une attaque par des gaz de combat, indique le service de santé des armées. Longtemps placé sous le statut de «préparation hospitalière» (PH), ce produit s’est vu accorder début novembre une autorisation de mise sur le marché (AMM) par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Il est donc désormais régulé comme un médicament classique, régi par les mêmes normes, tout en demeurant uniquement fabriqué, sous sa forme injectable 40 mg/20 ml, par la pharmacie centrale des armées. Ce qui l’oblige, dans ses usages civils, à être étiqueté comme tel.

Pas assez de produit étiqueté

Or bien que les stocks du produit soient «suffisants» [1], «il n’y a pas assez de produit étiqueté», affirme le service de santé des armées. Le texte publié dimanche n’a donc pour objectif que d’utiliser le sulfate d’atropine à titre dérogatoire pour des personnes exposées à ces gaz, par les professionnels de santé intervenant dans le cadre des services d'aide médicale urgente (Samu).

Il s’agit d’une mise à disposition par l’armée d’un produit, normalement fabriqué par et pour elle, à des fins civils. Sans étiquette portant son numéro d’AMM, le sulfate d’atropine, sous le même conditionnement que celui réservé aux zones de combat, sera approvisionné par le service de santé des armées à l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus), qui le fournira à son tour aux Samu.

Est-ce la première fois qu’un tel approvisionnement militaire en sulfate d’atropine a lieu? Sans trop détailler un sujet sensible, le service de santé des armées, partie intégrante de la politique de santé publique, rappelle disposer de partenariats anciens avec le ministère de la santé.

En tant que tel, il a été amené à fournir des médicaments qu’il produit à des centres de santé civils. C’est notamment le cas des comprimés d’iode distribués aux riverains de centrales nucléaires. Cette ouverture vers le civil est amenée à s’approfondir, dans le cadre du projet SSA 2020, indique le service.

Qu’il y ait coïncidence ou non entre la publication de cet arrêté et les attentats de vendredi, plusieurs organismes et institutions (ministère de l’intérieur, Eprus, DGS) n’ont pas donné suite aux demandes du JDLE, notamment quant au degré de menace d’une telle attaque par des gaz neurotoxiques.

[1] Le service de santé des armées a pour règle de ne pas communiquer de chiffres précis sur l’état de ses stocks.



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