COP 21: des discours qui réchauffent peu le climat

Le 30 novembre 2015 par Romain Loury
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Laurent Fabius, président de la COP, ouvre la première séance.
Laurent Fabius, président de la COP, ouvre la première séance.
IISD

Nous y voici: la COP 21 a été officiellement lancée, lundi 30 novembre, en présence de 147 chefs d’Etat et de gouvernement. Si tous se disent, à grands mots, conscients de la menace climatique, leurs discours révèlent les points de tension qui règnent dans l’arène des négociations.

«Un accord universel, contraignant et différencié»: telle est la position française, réitérée lundi matin par François Hollande lors de son discours d’ouverture de la COP 21. Et ce dans le but de contenir le réchauffement global en-dessous de 2°C, voire de 1,5°C. Moins évoqué que celui de 2°C, le seuil de 1,5°C est une demande constante des pays les plus vulnérables, dont les petits Etats insulaires.

Pour François Hollande, il s’agit d’évaluer «régulièrement» les progrès, et de «mettre en place un mécanisme de révision à la hausse de nos engagements, avec des rendez-vous tous les 5 ans».

Autre point sensible des négociations, l’aide des pays du Nord à ceux du Sud, pour les aider aussi bien en matière d’atténuation que d’adaptation: l’objectif de 100 milliards de dollars annuels à partir de 2020 «doit non seulement être atteint mais dépassé avec des garanties sur l’origine des ressources et leurs disponibilités», a déclaré le président français.

«Le plus grand danger n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons. Alors plaçons, le plus haut possible, notre ambition pour que nous puissions au moins l’approcher», a conclu François Hollande. «L’approcher» certes, mais reste à savoir à quelle distance.

Dans leur ensemble, les chefs d’Etat s’accordent sur un point: le réchauffement climatique n’est pas un mythe, et il menace la planète. Et chacun s’attache à faire montre de bonne volonté. Mais sous les incantations, on sent poindre des réalités internationales bien plus complexes, annonçant des négociations serrées.

La partie de ping-pong continue

Pour Barack Obama, président des Etats-Unis, il s’agit d’aboutir à un accord ambitieux, avec des objectifs actualisés régulièrement, mais «que nous ne fixerons pas pour chacun d’entre eux, mais par chacun d’entre nous». Comprendre: les Etats-Unis, et c’est là un point commun partagé avec bien d’autres pays, n’accepteront aucune perte de souveraineté en la matière.

Ces objectifs tiendront compte «des distinctions et des progrès auxquels font face nos nations», a ajouté le président américain, allusion voilée au rôle croissant des grands pays émergents, dont la Chine, dans les émissions de gaz à effet de serre.

Mesuré, le président chinois Xi Jinping estime que «les pays développés devraient être à la hauteur de leur engagement et mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, et apporter un appui financier accru aux pays en développement au-delà de cette date (…) Il est essentiel de respecter les différences qui existent entre nos pays, en particulier celles que connaissent les pays en développement en matière de renforcement de capacités et de structures économiques».

Un peu plus offensif, le premier ministre indien Narendra Modi estime que la question de la responsabilité partagée mais différenciée «n’est pas seulement celle des responsabilités historiques: les pays développés possèdent plus de moyens de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et ce sont aussi eux qui auront les effets les plus importants». Relativiser cette responsabilité du Nord serait «une erreur au plan moral».

Quant au président russe Vladimir Poutine, il s’est discrètement invité dans ce ring feutré, déclarant espérer un accord «juridiquement contraignant, équilibré, égalitaire» et «qui s’inscrive dans le prolongement du protocole de Kyoto»… que n’ont jamais ratifié les Etats-Unis.



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