COP 21: ça ne suffit pas!

Le 15 juin 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les promesses climatiques nous annoncent un réchauffement d'au moins 2,6°C.
Les promesses climatiques nous annoncent un réchauffement d'au moins 2,6°C.
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Pour l’AIE, les promesses climatiques des principaux pays ne suffisent pas pour stabiliser le réchauffement à 2°C. Seules solutions: utiliser les meilleures technologies énergétiques disponibles et se préparer à une interdiction de l’utilisation du charbon.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’est livrée à un précieux exercice. Dans un rapport publié ce lundi 15 juin, l’agence de l’OCDE dresse un premier bilan des contributions nationales à la COP 21, les fameuses INDC.

Et les estimations faites par les experts de l’institution parisienne sont des plus préoccupantes. Alors que l’échéance de publication des INDC était fixée au 31 mars, seules 12 contributions (dont celle de l’Union européenne et ses 28 membres) figurent ce lundi au compteur de l’ONU.

Un réchauffement de 2,6°C

En conjuguant les engagements de ces 12 pionniers aux promesses faites par les autres (stabilisation des émissions chinoises en 2030, amélioration de 20 à 25% de l’intensité carbone de l’économie indienne entre 2005 et 2020), l’AIE est catégorique: on est très loin du compte. «Si aucune mesure plus forte n’est prise après 2030, le scénario INDC aboutira à une augmentation moyenne de la température de 2,6°C d'ici 2100, et de 3,5°C d'ici 2200», martèlent les rédacteurs. Or, depuis le sommet climatique de Copenhague en 2009, la communauté internationale entend stabiliser le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle. Raison pour laquelle les pays membres du G7 ont d’ailleurs proposé de réduire de 40 à 70% leurs émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2050. Un effort très en deçà de ceux préconisés pour les pays les plus industrialisés par les climatologues du Giec[1] (-80 à 95% entre 1990 et 2050).

5.600 Md$/an de subventions

Que faire pour éviter un fiasco à l’issue de la COP 21? L’AIE propose que la communauté internationale s’engage à stabiliser ses émissions dès 2020, avant d’engager leur diminution. «Ce pic peut être atteint en s'appuyant uniquement sur des technologies et des politiques éprouvées», claironnent ses experts: efficacité énergétique, énergies renouvelables, captage-stockage géologique de CO2.

Comme ils le répètent depuis des années[2], les économistes préconisent en outre de mettre un terme aux subventions à la production et à la consommation d’énergies fossiles. Un récent rapport du FMI les évalue à 5.600 milliards de dollars (4.977 Md€) par an: 7% du PIB mondial. Troisième pilier de la sagesse climatique: doubler le montant des investissements en faveur des énergies renouvelables, lesquels devraient atteindre les 400 Md$/an (365,5 Md€) à l’horizon 2030, contre 270 en 2014.

Autre antienne reprise par le rapport: la réduction des émissions de méthane lors de la production d’hydrocarbures. Cette seule mesure permettrait à la Russie de réduire de 150 millions de tonnes équivalent CO2 ses rejets annuels de GES et d’accroître sa production de gaz naturel.

Sans être la panacée, l’amélioration de l’efficacité énergétique, dans l’industrie, l’habitat ou les transports s’avère extrêmement profitable. Cette maîtrise de la demande d’énergie permettrait ainsi à la Chine d’abattre d’un bon milliard de tonnes par an ses émissions de GES: l’équivalent de 10% de ses émissions actuelles.

Haro sur le charbon

Nettement moins consensuelle est la dernière des propositions de l’AIE: réduire, dans un premier temps, l’utilisation des centrales au charbon à faible rendement avant d’interdire la construction de nouvelles installations. A l’heure actuelle, le rendement moyen de ces centrales tourne autour de 33%: chaque mégawattheure ainsi produit est à l’origine de l’émission de 1.600 kg de CO2. Les centrales de dernière génération, dites ultra-supercritiques[3],affichent un rendement de 45% et émettent autant qu’une centrale au gaz naturel: 700 kg de CO2/MWh. «Faire passer le rendement moyen des centrales au charbon à 40%, confirme la World Coal Association, éviterait le rejet à l’atmosphère de 2 milliards de tonnes de CO2 par an, l’équivalent des émissions indiennes.»

Si la plupart des grands émergents s’accordent sur le fait qu’il faut assainir leur parc de production d’électricité, il ne s’en trouvera aucun pour suivre l’AIE dans sa proposition de bannir la construction de centrales. Et surtout pas la Chine ou l’Inde, dont l’essentiel de la production d’électricité est d’origine charbonnière.



[1] Giec: Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat

[2] Les pays membres du G20 affirment, depuis 2009, vouloir réduire les subventions aux énergies fossiles.

[3] A l’instar de celle que construit actuellement EDF en Chine,

 

 

SOMMAIRE DU DOSSIER 

Les 2°C, c'est rentable

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Climat: les chefs se mettent aux fourneaux bas carbone

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