COP 21: à deux doigts du but

Le 11 décembre 2015 par Stéphanie Senet, Romain Loury et Valéry Laramée de Tannenberg
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Bientôt le dernier coup de marteau?
Bientôt le dernier coup de marteau?
IISD

Le texte est finalement tombé avec une petite demi-journée de retard. C’est vers 21 h, ce jeudi, que la nouvelle version du projet d’accord final de la COP 21 est tombée. Et les premières réactions sont plutôt positives, voire enthousiastes, même s’il reste encore à faire.

Un texte de prime abord déroutant puisque l'ordre des chapitres est inversé par rapport aux moutures précédentes. Les décisions de la COP figurent en tête et le texte, proprement dit, de l’accord de Paris est refoulé dans les annexes. «Pas de panique, rétorque Michael Jacobs de la New Climate Economy (NCE), c’est bien dans cet ordre que la COP doit adopter ces textes.» Devra en tout cas.

 

Car, même si Nathaniel Keohane, n°2 de l’Environmental Defense Fund, puissante ONG US, estime qu’il s’agit là d’un bon projet d’accord qui, s’il est adopté «nous évitera de négocier pendant des années», il reste, effectivement, encore à l’adopter. Ce qui n’est pas gagné. D’autant que les parties ne sont pas encore d’accord sur la totalité des 27 pages[1].

 

Comme prévu, il s’agit d’un «accord hybride», de l’avis de Michael Jacobs. Dans sa version anglaise (la seule disponible à l’heure où nous mettons en ligne), le texte comprend 164 fois le mot «shall» (doit), contre 42 fois le mot «should» (devrait). Pour autant, rappelle-t-on, à la Fondation Nicolas Hulot, 5 points restent soumis à des options et 48 crochets s’accrochent toujours. «Leur nombre a toutefois été divisé par 7 par rapport à la précédente version», note Jennifer Morgan, madame climat au World Resource Institute (WRI).

 

Les objectifs

 

L’objectif à long terme est de stabiliser le réchauffement «bien en deçà des 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels et de poursuivre les efforts visant à limiter la montée de température à 1,5°C.» Cette dernière clause étant, de l’avis de climatologues, totalement irréaliste. D’autant que le texte est peu précis sur les moyens d’y parvenir: l’article 3-1 propose aux parties de plafonner leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) aussi rapidement que possible. Un plafonnement, est-il précisé plus loin, qui sera plus long à atteindre pour les pays en développement et qui nécessitera, au moins pour les pays les plus industrialisés, d’atteindre la neutralité carbone dans la seconde moitié du siècle. «Cela me paraît conforme aux scénarios du Giec», estime Jenniger Morgan.

 

La révision

 

A des rythmes différents, selon qu’ils sont développés ou non, les pays devront continuer de publier, plus ou moins régulièrement, des contributions nationales qui, à chaque fois, devront voir leurs objectifs revus à la hausse. Gros sujet de discussion : l’audit de ces héritières des INDC. Les premiers travaux devront démarrer en 2019 et précéderont d’un an la remise à jour des contributions. Par la suite, ces révisions (à la hausse, forcément) devront intervenir tous les 5 ans (2025, 2030, etc.).

 

Les financements

 

Grande évolution: ce n’est plus désormais aux seuls pays inscrits dans l’annexe 1 du protocole de Kyoto de financer l’atténuation et l’adaptation des pays moins nantis. Tous les pays sont invités à mobiliser des financements climat en fonction de l’évolution de leur capacité et responsabilité. L’objectif de rééquilibrer les financements climat pour l’atténuation et l’adaptation est inscrit dans l’article 6-5 de façon qualitative et non chiffrée.

 

A noter que les fameux 100 milliards sont désormais considérés comme un niveau plancher de financements. Ce qui devrait inciter les pays émergents (qui ne contribuent pas au pot des 100 milliards) à mettre la main à la poche. «Cette fois, les efforts devront vraiment être partagés», veut croire Monica Araya, experte auprès du Climate Vulnerable Forum.

 

Pour pallier les éventuels manques des pays, la COP s’apprête-t-elle à donner un prix au carbone ? Nous n’y sommes pas encore. Toutefois, la décision 145 «reconnaît le rôle important que la fixation d’un prix au carbone peut apporter pour inciter au financement d’activités bas carbone.» Tel quel, le prix semble avoir disparu, mais les mécanismes de marché sont là.

 

Sans les désigner comme tels, les articles 3-Bis et 3-Ter créent des systèmes de flexibilité. Le premier semble pouvoir générer des crédits pour la préservation des puits de carbone forestiers. Vous avez dit Redd+ ? Le second promeut le développement durable et ressemble furieusement à un avatar du mécanisme de développement propre (MDP) du protocole de Kyoto.  

 

Les pertes et dommages

 

Sujet d’affrontement, les pertes et dommages sont l’un des chapitres qui restent à écrire. «Tout reste possible avec plusieurs options présentes. Aucune n’est satisfaisante mais en les mélangeant il reste possible d’obtenir une formulation ambitieuse», dit-on à la Fondation Nicolas Hulot. Selon Michael Jacobs, le texte «ne crée pas de responsabilité en matière de compensation», point de friction entre les pays vulnérables et les Etats-Unis, mais il n’empêche pas sa création.

 

Ce texte sera-t-il adopté samedi en fin de journée, comme escompté par la présidence française? Si la totalité des experts consultés par le JDLE s’accordent à reconnaître de grandes avancées, Jennifer Morgan rappelle que «tant que tout n’est pas bouclé, rien ne l’est définitivement.»



[1] Soit deux pages de moins que la version présentée le 9 décembre.

 



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