Convention citoyenne: la bataille de la communication commence

Le 10 janvier 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Emmanuel Macron doit s'exprimer devant la Convention citoyenne pour le climat.
Emmanuel Macron doit s'exprimer devant la Convention citoyenne pour le climat.

 

Ministres et associatifs se sont affrontés par médias interposés, avant l’audition, ce 10 janvier, du président de la république devant la Convention citoyenne.

En jargon de communicant, on appelle cela du déminage. A quelques heures de l’audition du président de la république par la Convention citoyenne pour le climat, le Réseau Action Climat (RAC) avait prévu d'évaluer la politique climatique mise en oeuvre par l’équipe d’Edouard Philippe.

Craignant les effets d’une critique probablement trop acerbe à son goût, le gouvernement leur a répondu par anticipation. «L’écologie sera un thème très important en 2020», a indiqué la ministre de la transition écologique, sur les ondes de France Info. Élisabeth Borne ajoutant que les propositions de la convention citoyenne seraient reprises «sans filtre» par le gouvernement. Au même moment, sa secrétaire d’Etat, Emmanuelle Wargon, confirmait à l’AFP la fermeture de la centrale au charbon du Havre pour le 1er avril 2021.

La France est dans le rouge

Maigre défense face aux tombereaux de critiques formulées par les écologistes. «La France est dans le rouge sur l'ensemble des objectifs qu'elle s'est fixés», a martelé, lors d'une conférence de presse, Morgane Créach, directrice du RAC, estimant que le gouvernement avait pourtant eu l'occasion de faire plus lors du vote des lois mobilité, alimentation ou climat-énergie. Ce que ne démentirait pas le Haut conseil pour le climat

Dénonçant les tentatives gouvernementales de défiscaliser une partie de la production nationale d’agrocaburant à base d’huile de palme (au mépris des deux dernières lois de finances et de la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée), Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, a estimé «qu'Emmanuel Macron et le gouvernement mettent plus d'énergie à protéger les intérêts de certains industriels qu'à défendre l'intérêt général.»

Vincent Destival a regretté l’abandon de la lutte contre la précarité énergétique: «nous devrions rénover 500.000 logements par an, or nous n’atteignons que 10% de cet objectif», estime le délégué général du Secours Catholique.

Une convention sans effets?

Saluant le travail réalisé par la Convention citoyenne, les ONG craignent néanmoins que cette énième consultation du public ne soit pas suivi d’effets immédiats. «Elle ne doit pas servir d'alibi pour repousser des mesures qui s'imposent aujourd'hui», a insisté Morgane Créach. «Les citoyens ont compris la nécessité d'un changement de modèle (...) et c'est encourageant», a renchéri Cécile Duflot.

La directrice générale de la branche française d’Oxfam a toutefois dénoncé une «opération de communication» d'Emmanuel Macron devant les citoyens de la Convention. «Les retards pris sont chaque jour plus irrattrapables», a ajouté l’ancienne ministre du logement.

Selon le Giec, la stabilisation du réchauffement à +1,5°C, premier objectif de l'Accord de Paris, impose de réduire de 7% par an les émissions mondiales de CO2. En 2018, ces rejets ont progressé de plus de 2%, rappelait récemment le bilan du Global Carbon Project. «On peut commencer à dire que la stabilisation du réchauffement à 1,5 °C  est chose impossible», avait conclu le climatologue Philippe Ciais.